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Bonne espérance
Dimanche 27 février
De notre chambre, nous découvrons toute la baie sous un soleil magnifique. Cependant le vent souffle très fort, un vrai mistral qui secoue les feuilles des tamaris et des aloès et euphorbes. Nous partons avec une seule voiture, pour la péninsule du Cap, plein sud. De nombreux cyclistes dans de rutilantes tenues saiguisent les mollets sur les routes vallonnées des banlieues chics. A Simon Head nous observons une étonnante colonie de manchots du Cap qui a envahi les plages de la ville. Les oiseaux ont débarqué dans cette localité il y a une dizaine d'années. Dabord quelques éclaireurs sous lil amusé des plagistes. Depuis, ils ont littéralement colonisé les plages et les jardins des environs. Les manchots sont peu farouches et se laissent facilement approcher. De petite taille, ils m'arrivent à hauteur de genoux. Il faut néanmoins se méfier de leurs coups de bec qui peuvent faire du dégât. Ce sont dexcellent nageurs qui peuvent plonger profond à la recherche de calmars et de poissons. Une ligne de démarcation tacite sépare les baigneurs des sphéniscidés. Un esprit retors pourrait persifler que les baigneurs blancs supportent mieux ces bipèdes que dautres Quelques kilomètres plus loin, Christian et Vincent piquent une tête dans lAtlantique Sud. Leau de la baie provenant de lOcéan Indien est assez fraîche mais bien plus chaude que lautre côté de la péninsule où elle arrive tout droit de lAntarctique. Nos peaux blanches de lhiver français virent rapidement au rouge. Juste avant d'entrer dans la réserve du Cap nous apercevons nos premiers babouins. Les quadrumanes ont visiblement l'habitude des voitures et des touristes.
Nous nous
acquittons de quelques rands à lentré du parc où le
caissier hilare chante à tue tête un morceau dont le refrain
semble être « Zambulu, Zambulu
» que nous interprétons
comme « Zambulu, donne-moi ton zambulu
» La péninsule dévoile
un paysage sauvage et sévère de fin de terre. C'est le royaume
du fynbos, ce maquis sud africain à la richesse florale
exceptionnelle. En effet, il existe de part le monde, six
royaumes végétaux, et la province du Cap en forme un à elle
seule. Dans ces épais buissons qui recouvrent la montagne
poussent plusieurs espèces de protéas. Rouges, roses, blanches
ou jaunes, ces fleurs duveteuses sont devenues l'emblème
national. Nous dominons les falaises de False Bay où lon
peut apercevoir la migration des baleines en automne. La pointe
de l'Afrique découverte par Bartholomé Dias puis doublée par
Vasco de Gama porte bien son nom de "cap des tempêtes",
puisquil fait un vent à décorner un buffle. Un phare
trapu se dresse au sommet de la falaise. La vue sur le Cap de Bonne
Espérance a quelque chose de poignant, la fin dune
histoire qui aurait commencé à Gibraltar.
Sur le chemin du
retour nous observons les très rares antilopes Bonteboks à la
livré bicolore, ainsi que des autruches.
A la bifurcation du Cap siègent des vendeurs de sculptures sur
bois. Certains sont des zaïrois francophones qui fuient la
guerre. Leurs uvres qui se comptent par centaines forment
un surprenant musée en plein air. La taille des objets va du
peigne à la girafe grandeur nature de deux mètres cinquante de
haut ! Des bustes monumentaux doivent peser plusieurs quintaux et
ne peuvent être transportés que par camion.
En soirée nous
profitons de l'absence momentanée de vent pour nous précipiter
à la montagne de la table. Un téléphérique ultramoderne et
panoramique permet d'accéder au sommet de la table 1200 mètres
plus haut. La vue sur la ville et les alentours est unique. On
peut apercevoir "Robben Island", l'île sur laquelle
Nelson Mandela fut emprisonné de longues années. De nombreux damans
occupent le site. Ce petit animal nest pas un rongeur mais
bel et bien un proche parent de l'éléphant. Il vit dans les
rochers à la manière de la marmotte. Nous assistons, sous les
applaudissements, à un inoubliable coucher de soleil sur l'océan,
ou plutôt sur les océans, puisque les eaux de l'Atlantique et
de l'Indien semblent se rejoindre à l'horizon. Nous dînons dans
un restaurant proche de l'hôtel, le Paradisio où nous
poursuivons nos investigations nologiques par un Riesling
Fleur du Cap 1997, tout en bouquet. Nous revenons à pied sous un
magnifique ciel étoilé éclairé par la Croix du Sud.