La faune australienne
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Témoignage du pisteur:
Bond Spring, un soir de mars 2002. Dans la douceur d'une nuit de l'automne austral, nous voilà les hôtes de cette ferme en plein outback australien. Un feu projette des ombres énigmatiques sur les troncs blancs des gommiers et la quiétude du bush ne semble dérangée que par le coassement des grenouilles au lointain. Nous venions de débusquer un grand kangourou roux que lon nomme ici boomer après une brève marche nocturne. Je songeais alors aux paroles de Bruce Chatwin "Le mieux est de marcher. Car la vie est une traversée du désert". La marche, le désert, un feu dans la nuit qui séteindra à laube, et si cétait ça la vie ? Nous venions de déguster un steak de boeuf grillé accompagné d'un Cabernet de la Barossa Valley de facture tout à fait honorable pour les girondins que nous sommes. Je m'apprêtais à orienter la conversation, chose que des aboiements nocturnes de dingos faisaient surgir de ma mémoire, vers le mythe de lincroyable faune australienne. Nous avions là comme convives Matt le ranger (M) et Peter le fermier de Kangaroo Island (P) qui se firent un plaisir de nous conter la tragique fable de la terra australis .
- Quel est le premier animal importé sur le continent?
(A) Probablement le dingo, ce chien sauvage apporté par les aborigènes de Nouvelle Guinée quand les eaux étaient plus basses, il y a longtemps. Il prit la niche écologique du loup de Tasmanie qui ne survécu quen Tasmanie pour disparaître en suite sur lîle exterminé par les éleveurs de mouton. Le dernier est mort en 1936, une triste date car Extinction is forever
- Cela remonte à 10000 ans. Les autres invasions sont beaucoup plus récentes ?
(A) Elles remontent à lhistoire moderne de lAustralie, depuis sa découverte par Cook et sa colonisation par les Britanniques. On connaît lhistoire des couples de lapins qui se sont multipliés pour atteindre des millions. Mais il y a aussi les animaux domestiques échappés devenus sauvages comme les dromadaires des explorateurs mais aussi les chats et les ânes et les chevaux.
- Quels sont les impacts de chacuns ?
(A) - Les lapins se sont imposés partout mais leur nombre a diminué. Les dromadaires et brumbies sont de grands herbivores et ont un impact limité dans un territoire si vaste. Le grand danger vient des harets, ces chats redevenus sauvages car ils sont carnivores. Ils chassent les petits marsupiaux qui sont en grands danger comme les bilbies et les bandicots.
- Quels sont les remèdes envisagés?
(P) - Pour les dingos, on a érigé une clôture incroyable qui est sensée protéger les pâturages de lest des prédateurs. Pour les lapins, on connaît tous la myxomatose qui a décimé la population. Quant aux chats, on dissémine des boulettes empoisonnées à leur effets. Dautre part des mesures conservatoires sont appliquées dans les îles. Elles constituent autant de sanctuaires pour la faune native qui a été épargnée par les animaux féraux. De là un programme de reconquête pourra sappliquer sur certaines zones du continent. On implante aussi dans ces îles des espèces menacées comme les koalas et les ornithorynques sur Kangoroo Island. Mais les effets peuvent être pervers. Ainsi les koalas pullulent désormais (ils sont plus de 10000) et menacent les plantations deucalyptus qui les nourrissent. Rien nest simple.
- Toutes les populations sont en régression
(P) - Les effets peuvent être inverses. Pour les grands kangourous qui prospèrent actuellement. Ils profitent du défrichage pour pâturer dans les prés des moutons. Dans ce cas là les fermiers peuvent les tirer. Savez vous quil y a un million de marsupiaux et autant de moutons sur notre île de Kangaroo island ? Les kangourous de chez nous on évolué. Ils sont plus petits avec une fourrure plus sombre et épaisse et nombreux sont ceux avec une tache blanche sur le front.