La balade de la mer salée
Les Açores
Un cachalot, s'élève peu à peu du fond de la mer, et montre sa tête au-dessus des eaux, pour voir le navire qui passe dans ces parages solitaires.
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Sao Miguel

Dimanche 29 avril 2001

Le soleil pointe sur un nispéros chargé de nèfles du Japon. Celui que nous possédons à Bordeaux ne donne des fruits qu’en juillet, ce qui est significatif de la douceur du climat d’ici.  Nous décidons de rallier directement la Marina pour l’accomplissement des trois objectifs de ce périple : des cachalots, des cachalots, des cachalots. En effet le maître cétacé est réputé fréquenter ces eaux. Depuis notre voyage en Equateur, et notre rencontre avec les baleines à bosses du Pacifique, l’opportunité de croiser de nouveau le regard des habitants du grand océan nous a véritablement hanté depuis ce temps. Le petit local de l’agence est fermé le dimanche. Ce sera partie remise pour le lendemain.

Nous prenons des renseignements à l’office de tourisme sur le front de mer. Les rues sont étroites et pavées et du fait de leur largeur sont pour la plupart à sens unique, un cauchemar pour un touriste en véhicule. Les bâtiments les plus remarquables sont les églises dont le noir des colonnes de basalte tranche avec le blanc des murs blanchis probablement à la chaud, pensons nous. Les trottoirs également pavées proposent des motifs bicolores. Pas de feux de circulation, pas de Mac Donald’s. Ce coin devient de plus intéressant…Des passants tranquilles parcourent le pavé d’un pas mesuré. La jetée du port semble disproportionnée par rapport au nombre de bateaux à quai. Dans l’enceinte même du port, un homme d’un certain age descend les degrés d’une échelle de fer pour se baigner dans des eaux  que je suppose plus chaudes que propres…

L’île de Sao Miguel s’étale en longueur sur soixante dix kilomètres. Une chaîne montagneuse d’un millier de mètres sépare les côtes sud et nord. Nous optons pour la visite du lagoa do fogo, une caldeira au centre de l’île. Dès la sortie de Ponta Delgada, la route serpente à travers des près à vaches séparés par des petits murets. Dès que la route s’élève, la végétation quasi tropicale, d’aloès, de palmiers, et d’arbres fruitiers laisse place à des forêts de conifères. Le vent omniprésent se fait plus fort. Nous doublons un établissement géothermique reconnaissable aux gros nuages blancs qu’il expulse dans un bruit de cocote minute géante. La route atteint l’arrête centrale de l’île d’où nous pouvons admirer les deux côtes découpées. Sao Miguel ? Prenez des côtes irlandaises, le vert et les murets ; ajoutez le massif central et ses cratères, saupoudrés de la flore et du bouillonnement tellurique des Antilles, et vous obtiendrez une vision objective des lieux.  

C’est ici que se trouve le site du lagoa do fogo. Il s’agit d’une caldeira (cratère géant) abritant en son fond un lac aux reflets verts. Un petit sentier zigzague deux cents mètres plus bas pour atteindre l’eau douce. L’endroit est agréable, et la plage que nous empruntons au grand dam d’une colonie de mouettes, doit être une des seules de l’île.

Nous repartons vers le versant opposé et Ribeira Grande, la deuxième ville du pays. La localité nous apparaît sans charme et aussi sans hôtel. Une agglutination de maisons blanches et austères fait face à une barre écumeuse qui doit faire la joie des surfeurs. Nous flânons un peu en observant une procession d’éleveurs de vaches. Le retour sur la côte sud s’impose par l’autoesdrata de Sao Miguel. La route s’avère être en travaux et se mue sur la moitié du trajet en une piste de terre parsemée de nids de poules de la taille de nids d’autruches. Au lieu de plonger sur Ponta Delgada, nous tournons vers la gauche pour emprunter la voie côtière vers la capitale. Finalement nous échouons à l’hôtel Barracuda qui trône sur la seule plage de sable digne de ce nom, de l’île. La chambre double à 10000 escudos dispose d’une cuisine et d’une terrasse avec vue imprenable sur la mer. La canonnade assourdie des vagues encourage la rêverie en feuilletant les pages de Moby Dick, un livre de circonstance pour ce voyage. Le navire du capitaine Achab mouille justement aux Açores pour embarquer quelques solides marins du cru. En soirée nous nous délectons de poulpe grillé en sauce, puis prenons le pouls du championnat portugais à la télévision par un emblématique Sporting-Benfica ponctué par un cinglant 3-0 pour les joueurs au maillot blanc cerclé de vert.      

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