La balade de la mer salée
Les Açores
Un cachalot, s'élève peu à peu du fond de la mer, et montre sa tête au-dessus des eaux, pour voir le navire qui passe dans ces parages solitaires.
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Un cours de cétologie

Dimanche 06 mai

Pico est la deuxième île par sa superficie, derrière Sao Miguel, mais sa population n’est que 16000 habitants. En effet le volcan Pico par ses dimensions repousse les zones habitables le long des côtes déchiquetées. Pico et notamment le village de Lajes de Pico fut le centre baleinier des Açores. Cette activité a cessé tout récemment lors de l’entrée du Portugal dans la communauté européenne en 1984. De ce fait un secteur économique s’est subitement arrêté et ce ne sont pas seulement que des vieillards qui ont pratiqué cette pêche. En fait de baleine les habitants chassaient le cachalot. Ce cétacé possède l’avantage d’être sédentaire et de croiser non loin de l’île ou gisent des fosses marines sans fond où seul le cachalot et l’hyperodon, un autre cétacé plus petit semble pouvoir aller pour se délecter de calmars. Brillat-Savarin disait « Montre-moi ce que tu manges et je dirai qui tu es » Pareille question détermine le physique du macrocéphale. Comme son nom l’indique, sa tête qui représente un tiers du corps renferme un liquide visqueux, le spermaceti (d’où le nom anglais de sperm whale) qui se solidifie en sondant et qui agit comme un ballast pour la descente et la remonté du cachalot. Il sonde une quarantaine de minutes et réapparaît à l’endroit où il a disparu, une aubaine pour l’homme, son seul prédateur. Deuxième particularité physique, c’est le seul mammifère marin avec la baleine franche à flotter une fois mort ce qui fait qu’il pouvait être remorqué à terre pour être dépecé. Enfin soulignons que le cachalot, comme le dauphin et l’orque fait partie de l’ordre des odontocètes s'opposant à celui des Mysticètes. Les premiers, ont un évent simple, des dents, utilisent les ultrasons. Les seconds comme les baleines, ont un évent double, des fanons et utilisent les infrasons.

Les açoriens pratiquaient une chasse à l’ancienne comme dans un livre d’écolier. Les mariniers américains faisaient souvent escale aux Açores recruter des marins rompus aux techniques cynégétiques. Comment procédaient ils ? Tout commençait à terre ou des vigies surveillaient les flots dans des tours de guets. Leur œil exercé évaluait la distance et la position exacte du cétacé. Le cachalot se distingue des autres cétacés par son jet unique et oblique à 45 degrés. Le signal lancé ameutait les populations. Les paysans lâchaient bêches et pioches pour leur embarcation, de solides barques mues exclusivement à la rame. Un harponneur faisait sa lourde tâche à la force du bras. Remorqué à terre, l’infortuné mastodonte était dépecé à l’aide de scies et de couteaux géants. On y extrayait le lard pour en faire de l’huile. Les dents d’ivoire servaient de passe temps aux amateurs de gravure. Telle était la rude vie de ces marins paysans.

A Lajes, nous rejoignons l‘établissement Espaço Talassa dirigé par un français Serge Viallelle. Nous arrivons au beau milieu d’une conférence d’information à un groupe de français qui doivent rester une semaine. Au programme, un menu alléchant sortie en mer, plongée avec les dauphins et observation des cétacés. Il dirige également une fondation incluant des programmes d’éducation afin de remplacer le vide laissé par l’arrêt de cette activité.

Renseignement pris, il n’y a plus de place pour une sortie. De plus, la mer est forte et Jacques ne tient pas à ce que Nathalie prenne des risques sur les zodiaques de l’organisation. Un groupe qui revient trempé vient de voir un groupe de cachalots nous met pourtant l’eau à la bouche

Nous remontons le temps par la visite du musée baleinier. Nous pouvons admirer des outils particuliers dont un couteau géant. Une mâchoire de cachalot laisse présager de sa taille. Quelques scrimshaws qui sont loin de valoir ceux du Peters Bar ornent une vitrine poussiéreuse. Serge déconseille l’achat des statuettes en arguant que c’est de l’ivoire, dont le commerce est en principe prohibé à l’échelle planétaire.

Nous revenons en doublant un terrain de football d’un autre temps juché sur un promontoire. Nous prenons la navette pour Horta, passons au Peters pour réserver un tour pour le lendemain. José n’est pas reparti en mer pour des raisons professionnelles. Nous dînons de nouveau au Tino Lima qui nous avait donné satisfaction.

Sur la jetée se trouve une mosaïque pavée représentant un cachalot. Nous la foulons des pieds comme un présage pour le lendemain…  

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