




Faial
Mercredi 02 mai
Nous disposons dune demi-journée pour Sao Miguel, puisque nous quittons la plus grande île vers larchipel central et la délicieuse île de Horta. Nous roulons vers louest vers la troisième caldeira de lîle, la plus importante, celle de sete cidades. La route de ce côté est excellente. Après quelques kilomètres de monté, un virage en épingle surmonté dun palace entrevoit un paysage dune vallée circulaire suspendue, au centre de laquelle repose un lac séparé en deux par une jetée. Leau y semble de couleur différente, bleu dun côté, vert de lautre. Nous nous baladons une heure le long dun chemin qui semble faire le tour. Le fond est habité. Nous distinguons une route et un village. Les gens dici semblent les rescapés dun monde perdu. Sur la route de Ponta Delgada, nous tournons à gauche vers ce qui semble le haut dun col. Cest sur larrête centrale que nous parvenons à saisir la singularité géographique de cette île toute en longueur. Un rapace nous survole nous rappelant que larchipel au nom de rapace (Açores veut dire vautour) serait né dun malentendu dun des découvreurs qui aurait confondu un milan et un vautour.
Nous rendons la voiture à laéroport et prenons le vol comme prévu pour Horta. Si Sao Miguel se trouve isolée tout à lest avec la minuscule île de Santa Maria ; Larchipel central à cent kilomètres à louest regroupe cinq îles relativement proches : Terceira la fière, Pico la grande, Sao Jorge lallongée, Graciosa lélégante et Faial la coquette, destination de notre vol. Le temps est nuageux et nous voyons émerger le Pico, sommet éponyme de lîle, et futur objectif, dune mer de nuages. A larrivée nous prenons un taxi pour le Peters Bar à Horta. Qui ne connaît pas cet endroit mythique, point dancrage de tous les loups de mer en provenance de tous les coins de lAtlantique ?
La voiture sarrête au port devant lenseigne du dit bar, une silhouette grise de cachalot de profil. Côté océan, les flancs imposants du volcan Pico se découvrent progressivement de leur ceinture de nuages. Lîle de Pico se trouve en effet en face à une distance que nous estimons à deux milles nautiques. Dans la marina, un ketch Néo-Zélandais arbore fièrement ses couleurs.
La taverne semble sortie de lîle au trésor où plane lombre de Long John Silver, le pirate à la jambe de bois. Les murs sont recouverts de fanions et drapeaux, haubans, gréements de tous ceux qui un jour ont accosté dans ces eaux hospitalières. Des Anglo-Saxons bruyants vident des pintes de bière dans un nuage de fumée acre. Dans un coin, entre une carte de météo marine, et un bout de voile dédicacée, officie Peter le maître des lieux, un monsieur aux cheveux blancs et aux yeux de ceux qui ont regardé trop longtemps lhorizon. Peut importe son vrai nom, tous les propriétaires semblent se faire appeler Peter pour des raisons biens compréhensibles. Il ny a plus de chambres, mais il nous indique un lieu où en trouver. Un jovial barbu, la trentaine, sexprimant avec bonheur en Français coloré, se tient à côté de Peter. Il sagit de José Acevedo, le fils de Peter qui gère létablissement. Le courant passe. Nous réservons un tour en mer avec le bateau du Peters Bar pour demain matin.
Nous trouvons notre bonheur à vingt minutes à pied sur le front de mer. Les parpaings, murs et pavés de la jeté sont décorés, peinturlurés de dessins naïfs de tous les navigateurs ayant fait escale ici. On y lit des bonjours dans toutes les langues, des signatures, des noms descales prestigieuses, des pavillons, des drapeaux formant une fresque internationale. Après avoir sonné un bon moment à la réception, nous héritons de deux bungalows. Un peu fourbu pour revenir au bar, nous dégustons du poisson grillé arrosé dun vin de Pico dont les ceps croissent entre des murs protecteurs de lave.