La balade de la mer salée
Les Açores
Un cachalot, s'élève peu à peu du fond de la mer, et montre sa tête au-dessus des eaux, pour voir le navire qui passe dans ces parages solitaires.
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Surprise de taille

Jeudi 03 mai

L’excitation nous gagne à l’idée d’apercevoir enfin des cétacés. Jacques et Nathalie, qui n’étaient pas en Equateur avec nous pour admirer les baleines mégaptères, ont entraperçu à la lueur de nos yeux et au tremblement de notre voix ce que ce spectacle avait d’unique. 08h15- José nous salue cordialement et nous indique que nous avons le temps, car nous sommes les seuls passagers du jour. Nous discutons tout en commandant notre petit déjeuner. José laisse entrevoir que beaucoup de cétacés croisent en ce moment dans les eaux açoriennes et qu’il ne serait pas étonnant de…Nous n’en savons pas plus. Ce bavard invétéré se tait comme s’il ne fallait pas conjurer le mauvais œil. Nos deux pilotes sont des jeunes gens au look de surfeur. Première surprise, en traversant la rue pour atteindre le quai, notre embarcation n’est pas du genre petit-zodiaque-d-où-je-ressors-trempé mais un solide catamaran. Nous appareillons et sortons du chenal qui sépare Faial de Pico. L’onde est calme, un vrai temps à baleine. Il suffit d’une demi-heure pour sortir du pertuis et se trouver au large. Le Pico se découvre presque entièrement comme un bon présage. Soudain, le navire stoppe puis met machine arrière. Un des deux jeunes se précipite à l’arrière en guidant le pilote pour une manœuvre qui exige précision et doigté. Rejoignant la poupe, nous distinguons une masse marron qui flotte entre deux eaux : une tortue marine que notre mousse tire par la nageoire pour la monter à bord. L’animal est de la taille d’un gros plat et gesticule sur le dos, un cordage dans le bec pour l’empêcher de mordre. Serait ce là le souper dont raffolaient les frères de la côte ? Nos amis qui participent à un programme scientifique prennent des mesures et la bague à une nageoire. Ils nous apprennent que cette race de tortue naît dans les Antilles et la Floride et voyage parfois fort loin. On n’en a même retrouvé au large de la Sicile.

Mais bientôt surgit sur bâbord, un jet d’eau vertical accompagné d’un souffle sonore qui ne laisse aucun doute. Balieas nous dit-on. Nous compulsons notre guide naturaliste pour constater qu’il s’agit vraisemblablement d’un rorqual. Une baleine et une grosse ! Bientôt un dos gris au reflet d’écume sort de l’onde pour replonger du néant d’où il est venu. L’endroit d’où il semble avoir surgit semble garder sa trace un peu comme une tâche d’huile sur de l’eau. La magie semble avoir investi les lieux. D’autres jets blanchâtres, comme des geysers marins percent le mur aqueux. Le rorqual est une baleine énorme au corps oblong. Il est peu démonstratif au contraire de la jubarte qui aime sauter et jouer avec les embarcations, et semble vaquer à ses énigmatiques occupations avec tout le sérieux dont il convient. Certains nagent de conserve, peut être une mère et sa progéniture. Le bateau, respectant les règles internationales, garde ses distances et n’approche que par l’arrière moteur au point mort, sur son erre. Le soleil qui glorifie l’instant, fait briller l’épiderme du géant marin.

Un jet d’une hauteur phénoménale brise l’horizontalité. Azul, Azul exultent les marineos qui en quittent leurs lunettes de soleil pour voir si c’est bien vrai. Une baleine bleue, le plus gros animal ayant jamais existé sur terre et sur mer, plus grand qu’un dinosaure, une géante de 30 mètres de long, de 65 tonnes soit la masse d’un troupeau d’éléphants ! Son dos interminable émerge en une ondulation majestueuse et finit par la petite éminence de sa nageoire dorsale qui tromperait le novice qui voudrait en déduire la taille de la bête. Sa peau squameuse semble tachetée de fauve plutôt que bleue. L’idée que des navires usines aient pu de leur harpon mécanique s’attaquer au roi de l’océan me donne la nausée. L’excitation est à son comble, quant au moment de sonder, le rorqual bleu laisse apparaître sa queue comme pour nous dire adieu, moment rarissime nous assure t’on.

Nous épuisons les dernières onces d’émerveillement lors du retour en accostant un groupe de dauphins Tursiope. Ils sont plus grands que les dauphins communs, d’une robe grise unie et se reconnaissent à leur rostre allongé. Ils ont été popularisés par les films Flipper et le Grand Bleu.

Le temps s’est suspendu et nous revenons à quai longtemps après l’horaire convenu et seulement pour faire le plein. Nous vidons un gin tonic en contant l’aventure à José qui nous avoue n’avoir jamais vu de baleine bleue ! Il va de ce pas quitter l’établissement pour répondre à l’appel du large. Jacques lui montre un extrait probant sur le moniteur de sa caméra. Alain négocie déjà ces clichés pour des cartes postales. Les photos serviront aussi à identifier l’animal car il ne reste que 250 spécimens dans l’atlantique nord, tous répertoriés et fichés avec leur tache de peau comme empreinte digitale par un laboratoire canadien.

Nous réservons un tour pour le lendemain. José constatant avec plaisir notre amour des baleines nous exonère du prix du bateau s’il trouve quatre autres personnes pour payer le fuel nécessaire.

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