




Deuxième surprise
Vendredi 04 mai
La sortie en mer se faisant laprès-midi, la bande se sépare en deux groupes. Un groupe mono cellulaire composé de Jacques va explorer les fonds sous-marins avec le club de plongée de Horta. Pendant ce temps Nathalie, Alain et moi, prenons un taxi pour visiter la caldeira de lîle. Nous passons devant des moulins à vent restaurés de rouge flamboyant. En grimpant, on aperçoit, outre Pico lîle de Sao Jorge toute en longueur, et plus loin dans un nuage de brume, Graciosa. Nous pouvons aussi admirer Faial en sa quasi-totalité qui une petite île circulaire. Un chemin, puis un curieux tunnel permet de considérer le cratère volcanique dun promontoire. Il doit bien faire deux kilomètres de diamètre. Un chemin en fait le tour, mais nous manquons de temps pour la chose. Le fond doit se situer trois cent mètres en contrebas.
Nous engloutissons des crêpes au Peters Bar qui est devenu notre repère. Outre les marins de passage qui en font une escale obligatoire, la clientèle se compose de gens cossus qui consomment plutôt le café que la bière. Le premier étage, aux allures de cabinet de curiosités, se compose dun petit musée dédié aux scrimshaws, ces sculptures sur dents de cachalot. Passe temps des marins, cette activité sest muée en un artisanat de qualité. Les thèmes des miniatures puisent leur sujet dans la pêche et les marins. Deux de nos plus illustres navigateurs, Le commandant Cousteau et Eric Tabarly figurent au panthéon des sombres héros de la mer.
José est sorti hier soir et a vu aussi la baleine bleue. Nous sommes vraiment heureux pour lui. Il nous confie que son père lui conseille de soccuper de son commerce au lieu daller en mer, mais il ne regrette son choix pour rien au monde. Il nous présente les quatre autres passagers que nous saluons avec plaisir, vu quils subventionnent notre sortie : deux jeunes françaises de Lille et un couple de retraité anglo-saxon tiré à quatre épingles, tout droit sortis dun roman dHemingway. José et Peter nous souhaitent bon vent.
Nous repartons dans la même zone que hier. Très vite ; la vigie nous signale des jets deau. Nous nous rallions au panache blanc et observons un rorqual déambuler majestueusement. En me perchant en haut de la cabine, je distingue la masse sombre glisser sous la surface.
Bientôt nous voguons le long de Faial à la recherche dun mystérieux gibier. Plus rien nest visible, pas même le moindre delphinidé. Quelle est la raison de cette désertion ou plutôt qui inspire une crainte à toute créature marine ? Nos pilotes échangent des informations radio avec dautres embarcations Puis soudain, filant 12 nuds daprès le GPS, un aileron effleure les flots tel un périscope ; Laileron grandi jusquà atteindre un demi-mètre de haut dévoilant la livré noire et blanche dun épaulard ou orque, la baleine tueuse, le plus gros prédateur marin se nourrissant de tout ce quil trouve de la sardine à la baleine, de la tortue à lotarie. Deux, trois, quatre nagent à grande vitesse exécutant parfois des bonds en sortant complètement de leau. Le bateau stoppe les machines. Un cétacé, curieux se rapproche, frôle le navire, passe dessous. Il fait bien six ou sept mètres de long. Il est très rare den voir ici. Le male se distingue de la femelle par la taille de laileron dorsal. Nous nous attardons avec eux pendant plus de deux heures, sachant que nous ne pourrons pas voir dautres cétacés aujourdhui.
Au retour à Horta, nous fêtons ça dans notre taverne favorite. José doit nous prendre pour des porte-bonheur car il na jamais vu non plus dépaulard. Nous faisons nos adieux, car nous partons demain pour Pico avec la ferme intention de nous revoir dans deux jours. José nous montre les derniers relevés météo qui ne sannoncent pas fameux pour une ascension du Pico.
Nous dînons de calmars au restaurant Lima, le plat favori du cachalot en une cérémonie totémique car notre ami odontocète ne sest pas encore dévoilé à nous. Peut être sera ce à Pico, la grande île baleinière ?