La balade de la mer salée
Les Açores
Un cachalot, s'élève peu à peu du fond de la mer, et montre sa tête au-dessus des eaux, pour voir le navire qui passe dans ces parages solitaires.
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Cachalots ?

Samedi 10 août

Nous laissons nos bagages chez Peter Ze. Les moutonnements au sommet des vagues laissent présager une mer agitée. Néanmoins, nous insistons pour tenter l’aventure. Pas de chance, le catamaran est toujours en cours de réparation, suite à un problème de boite de vitesse. José,  désolé, doit commander des pièces à Lisbonne. Néanmoins, un mince espoir subsiste pour demain en une connaissance qui pourrait avoir la pièce de rechange. Nous embarquons à trois sans autres passagers. Cela veut dire que le zodiaque part à perte puisque nous sommes invités. Un noir au physique de liane, du nom de Moses prend les commande. A peine sorti du môle, le pilote enclenche la seule allure qu’il semble connaître «en avant toute » ! Nous voilà frénétiquement agrippés aux boudins dans un chaos aqueux, fendu par un sillon bouillonnant. Chaque impact nous fait sursauter, et nous redoutons le moment où l’esquif reprend contact avec les vagues dans un fracas terriblement inconfortable. Nous esquissons un sourire de circonstance pour lui signaler que tout va bien. Le pneumatique gouverne sur bâbord, en longeant la côte nord de Faial, puis met cap sur Sao Jorge, à l’emplacement d'insondables fosses marines.

La radio crépite. Moses reçoit des instructions de ses yeux, à savoir un guetteur professionnel situé sur une falaise de Faial. On dit que Manuel Vargas, un authentique ancien baleinier se trompe rarement. Ses yeux d’aigle ont repéré des cachalots ! « Cachalote » souffle Moses dans le hurlement de son moteur. Cela nous donne du baume au cœur et l’occasion d’enfin stopper les machines à leur approche. Des petits dos gris émergent des flots agités, précédées d’un jet buissonnant. Ce jet unique et oblique, dirigé vers l’avant caractérise le Physeter macrocephalus car son évent est situé sur le côté gauche de son « front ». Il nous semble apercevoir d’après leur taille, un jeune accompagnée de sa mère. D’autres jets se signalent régulièrement. Trois ici, puis d’autres plus loin, neuf en tout par petits groupes. Les vaguelettes vineuses, l’instabilité de notre coquille de noix, rendent l’observation difficile. Cependant les flots respirent de la présence de ces seigneurs de l’océan, et c’est avec respect que je me souviens des mots de Melville qui en connaissait sur le sujet : “ Et parmi de nombreuses raisons, je suis poussé à conclure ainsi par des considérations touchant la grandeur et la sublimité du cachalot ; je ne le considère point comme une créature commune, superficielle …Il est à la fois pondéré et profond. » 

Une petite prière à Poséidon ne sera pas de trop pour revenir en bon état. Moses qui converse au poste, nous signale que Tania vient de nous trouver un logement. Sur le retour un banc de dauphins tachetés de l’Atlantique escorte le zodiaque. Les plus rapides surfent sur la vague d’étrave. Au moment de l’accostage, Moses dévoile une autre facette de son talent en  manœuvrant toute en douceur avec maestria.

Encore un peu secoués, nous déjeunons de crêpes chez Peter, puis montrons à Manu le musée de Scrimshaws à l’étage, ces dents de cachalots sculptées. Le logement est à deux pas d’ici, à côté de la capitainerie dans une pension tenue par Olivia Tavares au 31 de la rua nova. Pour 35 €, nous avons droit à une petite chambre avec deux lits. Le temps reste couvert, aussi faisons-nous les boutiques en achetant des articles estampillés du cachalot de Peter. Pour nous éviter une longue marche, nous dînons d’espadons et coquillages sur des tables aménagées sur le port. 

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