La balade de la mer salée
Les Açores
Un cachalot, s'élève peu à peu du fond de la mer, et montre sa tête au-dessus des eaux, pour voir le navire qui passe dans ces parages solitaires.
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Nage avec les dauphins

Dimanche 11 août

Nous embarquons cette fois ci avec deux jeunes portugaises du continent. Nuno et Luis forment l'équipage de choc. Nous nous agrippons fermement aux boudins en prévision d’un départ musclé. Si la mer reste toujours un peu agitée, nous constatons que notre pilote anticipe la vague, et préfère couper l'élan là où Moses accélérait en faisant décoller le pneumatique. Nuno est bavard et un brin charmeur, explique aux demoiselles tout ce qu'il faut savoir. Il nous confie qu’il y a trois semaines les conditions étaient idéales avec une visibilité dans l’eau de plus de dix mètres, le rêve pour une observation de la faune aquatique. Le navire tourne à l’abri dans les eaux de Faial à la recherche de dauphins, car aucun cachalot n'a été encore signalé, par les vigies de la côte.

Cette fois ci nous nous éloignons résolument du rivage pour atteindre les fosses au large de Sao Jorge. Les trois réservoirs ne vont pas être de trop. Au crépitement de la radio, deux gros bateaux partent vers l'infini et nous lâchent irrémédiablement. L'un d'eux nous coupe la priorité royalement sous les signes de fureur de Nuno.

Nous avons navigué plus que d'habitude. Cinq bateaux se sont regroupés en arc de cercle, la face concave faisant face à un groupe de cachalots. Nous sommes plus proches que la dernière fois et sur une mer plus calme. Néanmoins, nous regrettons la panne du catamaran, car sur notre petite embarcation au ras des flots, nous n'avons pas la vue plongeante qui permettrait d'apprécier au mieux le spectacle. Trois dos gris et ridés ondulent entre deux eaux, laissant apparaître parfois la minuscule nageoire dorsale, signe d'un sondage imminent, où l'on voit les flots rouler jusqu'à la nageoire caudale qui surgit telle un V avant de plonger dans les fonds connus d’eux seuls. Parfois après une telle séquence, de jeunes spécimens se plaisent à sauter entièrement hors de l'eau. Quand ils se nourrissent, comme cela semble être le cas, les cachalots plongent généralement quarante minutes pour resurgir au même endroit. Malheureusement le temps nous manque, car nous nous sommes éloignés plus que de coutumes. Et comme les rotations de zodiaques sont plus fréquentes pour palier la panne du catamaran, nous retournons au port.

Soudain, des nageoires dorsales émergent des flots tourmentés et se dirigent vers nous. Un groupe d'une dizaine de dauphins tachetés de l'Atlantique nous escorte. Un petit, plus fougueux que les autres exécute, les figures les plus excentriques sous nos yeux admiratifs. Frénétiquement, les deux passagères se débarrassent de leur gilet de sauvetage pour s'emparer de masques de plongées qu'elles avaient apportés. Au signal de Nuno elles ne tardent pas à plonger, aussitôt imités par Manu et moi. Le groupe de dauphins a plongé et Manu jure les avoir vu évoluer sous elle. Pour ma part, je me sens irrémédiablement médiocre nageur, devant ces ailerons qui continuent leur fluide course. L'impression la plus forte provient du bleu intense dans lequel nous plongeons. Jamais je n'avais nagé avec plusieurs centaines de mètres de liquide sous mes pieds. Une douzaine de sensations dont certaines pas très rassurantes parcourent mon échine au moment où je m'aperçois m'éloigner du zodiaque. “Considérez la malice de la mer et comme ses créatures les plus redoutables glissent sous l’eau, invisibles pour la plupart et traîtreusement cachées sous les plus belles teintes d’azur. Considérez le cannibalisme universel de la mer, dont les créatures s'entre-dévorent, se faisant une guerre éternelle depuis que le monde a commencé. » Nuno a plongé également et clame que rien ne pourrait lui faire quitter ces îles. Nous revenons en séchant sur les boudins, heureux de la surprise.

Au centre nautique nous voyons une option "Nager avec les dauphins" qu'avaient dû choisir les deux passagères, pour la modique somme de 40 euros. Petite surprise, Nuno nous distribue également un bon pour une consommation gratuite chez Peter, nous qui n'avons pas payé la sortie ; le beurre et l'argent du beurre en quelque sorte ! Nous consommons nos gin tonic en attendant qu'une place assise se libère enfin chez Peter. Nous parvenons en fin de compte à déguster des crêpes jambon-fromage que l’attente d’une heure a rendu plus savoureuses.

A terre, la fête de la mer bat son plein avec un défilé folklorique. Un orchestre rock fait la balance sur la marina dans un fracas de décibels qui ne sied pas à Horta. Un équipage français immortalise son passage, pinceau à la main, en barbouillant les parpaings d’un blason à l’effigie de son voilier. A un stand artisanal, des vertèbres d’un cachalot servent de tabourets originaux. Le Quebra mar affiche malheureusement complet. Nous réservons pour le lendemain. Nous échouons de nouveau à la sardinade en plein air sur les quais.

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