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L'antre du Jucumari
Samedi 14 septembre
Le
soleil filtre à peine dans la forêt que nous explorons,
appelée el bosque de los hellechos. La végétation n'a ici pas
évolué depuis le quaternaire. Tout autour de nous, s'élèvent
des troncs de plusieurs mètres de haut dominés par de jeunes
pousses de fougères du vert le plus tendre. La consistance de
ces troncs est surprenante : ils semblent formés par les
feuilles des années précédentes agglutinées les unes sur les
autres constituant ainsi ce pilier si droit et pourtant si
friable, au travers duquel la machette s'enfonce facilement. Fin
août, malheureusement, un gel tardif a brûlé la majorité des
premières pousses de l'année et celles que nous avons sous les
yeux commencent à peine à éclore. Toutefois, nous pouvons
aisément imaginer l'aspect que doit prendre ce bois plus tard
dans la saison, avec un tel toit de fougères. Un panorama idéal
pour tourner Jurassic Parc! L'important dénivelé du site ne
fait qu'ajouter à sa beauté, nous permettant à l'occasion un
coup d'oeil sur l'ensemble de la forêt primaire. La descente
dans un vallon s'effectue à quatre pattes tant la pente est
raide. Quelle incroyable diversité de paysages à si courte
distance du campement! Du maquis dense et épineux de la veille
à cette forêt du quaternaire fraîche et aérée, le contraste
est saisissant.
Nous
effectuons gaillardement le chemin du retour vers la Yunga où
nous attend le taxi. Le garde à la moto vient à notre rencontre
pour nous donner à nouveau un coup de main avec les sacs (sans
encombre, cette fois). Comme d'habitude, Jacques monte à l'avant
du taxi tandis que Alain, Christian, Carola et moi nous entassons
sur la banquette arrière. Un peu surpris, Jacques nous fait
constater que tous les compteurs de la voiture se trouvent de son
côté, ainsi qu'un formidable trou que comblait probablement, à
l'origine, l'axe du volant! On se demande tous comment cette
Toyota trafiquée atteignant les 271000 kilomètres au moment où
le compteur a cessé de fonctionner (à quand donc cela peut-il
d'ailleurs remonter? "Une dizaine d'années environ"
nous répond le chauffeur) et qui cale toutes les quelques
minutes parvient à monter et descendre les pentes à plus de 10%
du sentier en épingles à cheveux, alternativement sablonneux ou
caillouteux, avec à son bord six personnes et cinq sac à dos...
Aux
Correos de Samaipata, nous laissons deux cartes postales. La
femme à qui nous les remettons nous promet d'appeler le facteur
quand elle aura suffisamment de lettres pour justifier son
déplacement, mais pas avant la semaine prochaine de toute
façon. Ce sera une véritable aubaine si ces cartes parviennent
un jour à leurs destinataires! Sur le trajet, Carola nous
enseigne une coutume locale : pour signaler une maison où l'on
peut acheter du pain, les propriétaires placent devant chez eux
une chaise recouverte d'un linge blanc. Ils la rentrent dès
qu'ils ont épuisé leur stock de la journée. Bien commode pour
repérer de loin une "boulangerie" ouverte!
Pour 80
bolivianos de plus, le taxi nous conduit jusqu'à Santa Cruz, où
nous retournons fidèlement à l'hôtel Bibosí. Suivant les
conseils du futé, nous dînons à la crêperie de Santa Cruz.
Bien que n'ayant rien à voir avec des crêpes telles que l'on se
les imagine en France, le repas est délicieux et le cadre du
restaurant très chic par rapport à tout ce que nous avons vu
jusqu'ici. Le service est impeccable et l'absence de
l'omniprésente télé fort appréciée.