




Ecrire
Amazonie
Lundi 16 septembre
Levés
à 5h30, nous retournons à l'aéroport où notre Finlandais et
un de ses collègues péruviens tentent de nous acheter des
places sur le premier avion en direction de Puerto Maldonado. Le
vol Americana de 7h15 est annulé faute d'un nombre suffisant de
passagers, mais étrangement le vol AeroContinente prévu à 9h20
est lui déjà complet! Pour tromper l'attente et calmer à la
fois notre faim et nos nerfs, nous allons négocier un petit
déjeuner à la cafétéria de l'aéroport pour 6 sols par
personne. Cela fait bientôt trois heures que nous tournons en
rond, alors que les organisateurs nous maintiennent dans
l'ignorance la plus totale de ce qui se passe vraiment.
Finalement,
après bien du retard, nous arrivons à Puerto Maldonado. A 11h
du matin, une chaleur humide et oppressante nous enveloppe
déjà. Nos vêtements nous collent à la peau dès l'ouverture
des portes de l'avion et nous sommes instantanément couverts de
sueur. Le dit aéroport n'est constitué que d'une vieille cabane
bordée d'une palissade en mauvais état. Pour sortir légalement
de cette frêle enceinte, il nous faut cependant exhiber nos
carnets de vaccination : plusieurs affiches expliquent en effet
les conséquences de la fièvre jaune et quiconque ne pouvant
justifier de son immunisation est guidé sur le champ vers un
coin de la cahute où est improvisé un centre de vaccination.
N'ayant pu obtenir que des informations contradictoires, Alain et
Christian entament leur réserve de Nivaquine et Paludrine tandis
que Jacques et moi comptons sur la justesse des dires d'un
employé du centre de vaccinations internationales d'Air France
qui nous a affirmé que nous pouvions nous en passer.
En
attendant l'arrivée du "micro", nous buvons chacun
plusieurs grands verres de jus de carambola (fruit dont la
section a la jolie forme d'une étoile à cinq branches) sans
nous soucier des conséquences potentielles. Mais l'air
étouffant rend inutile toute tentative de résistance à
l'attrait de cette boisson si rafraîchissante. La soif
momentanément apaisée, nous contemplons avec effroi les
pouvoirs d'un insecticide sur-puissant qu'un serveur répand à
même les tables : quelques mouches se posent sur la notre, se
mettent déjà à tituber et tombent, mortes; l'agonie n'aura pas
duré plus de quelques secondes.
Nous
joignons le camp en pirogue à moteur, descendant pendant deux
bonnes heures le Río Madre de Dios. A une heure de pirogue
d'ici, à la frontière bolivienne, ce Río prend le nom de Río
Beni, puis deviendra le Río Maderia au Brésil, avant de se
jeter dans l'Amazone. Un bien long parcours! Nos compagnons de
route sont également des Français, venus là par
l'intermédiaire de Nouvelles Frontières. C'est un peu décevant
de voyager si loin pour se retrouver au milieu d'un groupe de
compatriotes, mais déjà le camp Ecoamazonia Lodge est en vue et
tout regret vite oublié. Nous avons hâte de découvrir cette
région palpitante répondant au doux nom de Amazonie.
Jouant
entre nos jambes, sur nos sacs, se jetant sur notre dos ou
glissant le long d'un bras, voici John, le singe apprivoisé du
lodge. Christian nous apprend qu'il appartient visiblement à la
race des singes laineux. Chacun le taquine tour à tour, avant de
s'installer confortablement dans le pavillon grillagé servant de
salle à manger. Un délicieux repas nous y attend, composé de
morceaux de viande, riz et nombreuses épices inconnues, le tout
enveloppé dans une feuille de bananier. Ce plat traditionnel est
préparé en Amazonie à l'occasion de la fête de la Saint-Jean,
mais souvent servi aux touristes en signe d'accueil. Le village
est constitué d'une douzaine de pavillons, reliés entre eux par
un chemin de bois surélevé d'une trentaine de centimètres par
rapport au niveau du sol afin d'éviter les rencontres nocturnes
avec les tarentules et autres habitants des lieux. Est-ce là un
excès de protectionnisme envers les honorables touristes où une
technique couramment utilisée y compris par les indigènes?
Remis
d'aplomb par une courte sieste dans les hamacs du porche de notre
pavillon (le Toucan), nous partons visiter l'île aux singes, à
quelques centaines de mètres du lodge. En fait, ce sont là
aussi des singes apprivoisés et l'intérêt de la visite est
tout autant due au premier contact avec la végétation
démesurée qui nous environne qu'aux singes eux-mêmes. Alors
que nous avancions encore inconscients des dangers qui nous
entourent, Christian se fait piquer par une sorte d'abeille assez
dangereuse. Sa main enfle rapidement. Afin d'éviter qu'il y ait
plus de victimes, le guide taille un raccourci à coup de
machettes dans la forêt pour contourner le nid, placé au beau
milieu du chemin que nous empruntions.
De retour
sur la plage en bordure du Río, le guide se dirige subitement
vers un petit tas de sable et se met à creuser, exhibant sous
nos yeux un nid de tortue encore rempli d'oeufs! J'espère que
cette intervention n'empêchera pas la portée de se développer
et d'atteindre un jour l'eau du Río, où les bébés tortues
pourront alors être plus aisément protégés de leurs
prédateurs.