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Cap au Sud
Mercredi 25 septembre
Tout
est prêt pour le départ. Clemente, notre chauffeur
quinquagénaire, et Irineo, notre guide et cuisinier d'à peine
20 ans, ont déjà chargé le 4x4 du carburant et de la
nourriture dont nous aurons besoin pour les 4 jours et plusieurs
milliers de kilomètres que nous allons parcourir ensemble. A
10h30, nous quittons la piste et entamons la traversée du
célèbre Salar de Uyuni, ancien lac aujourd'hui asséché. C'est
indiscutablement la meilleure route que nous ayons rencontrée
dans toute la Bolivie!
Dix mille
kilomètres carrés de pureté d'une blancheur extrême
s'étalent à perte de vue. Horizontalité absolue, géométrie
parfaite des polygones nés de la cristallisation du sel au fond
de ce lac disparu, le
Salar
est un lieu magique. Quel autre
paysage au monde serait suffisamment plat et dépourvu
d'aspérité pour permettre de distinguer à l'horizon la
courbure de la Terre?
Le Salar
nous présente plusieurs visages. Après quelques kilomètres,
nous atteignons l'hôtel de sel, entièrement formé à partir de
blocs que des ouvriers extraient du lac à la hache. Ce sel n'est
pas iodé et ne peut être utilisé pur que pour saler les routes
en hiver. Un traitement supplémentaire est nécessaire avant sa
consommation par des hommes ou des animaux. Le travail ici est
rude, les conditions climatiques extrêmes. Les ouvriers portent
des lunettes noires pour tenter de se protéger de la
réverbération et des U.V. que si peu d'atmosphère ne peut
filtrer. Sans parler du froid, inévitable à de telles altitudes
(3660 m, précise Christian), été comme hiver. Au dessus de nos
têtes, l'azur impitoyable est aussi pur que la blancheur du lac
desséché.
A quelques
kilomètres de là, Irineo nous montre les ojos del Salar, de
petites sources d'eau chaude sulfureuse. Puis, nous commençons
à apercevoir ici et là des îlots de terre ocre qui percent
l'immense croûte de sel. A la saison des pluie, une fine couche
d'eau recouvre le lac et ces monticules forment de petites îles
isolées. A la saison sèche, comme c'est le cas en ce moment,
nous pouvons les atteindre en voiture. Nous déjeunons sur l'un
d'entre eux, surnommé isla del pescado en raison de la symétrie
que lui procure son reflet dans le miroir de sel qui l'entoure.
Entre les cactus géants (près de 15 m!) qui hérissent sa
surface, nous découvrons des
lamas
dont l'air de supériorité
condescendante nous exaspère. Ils s'enfuient cependant à notre
approche, et malgré la petite taille de l'île, nous ne
parvenons pas à les retrouver. Depuis ce petit promontoire
rocheux, nous ne pouvons que davantage encore admirer
l'immensité de ce désert albâtre. Dans quelque direction que
se porte le regard, transpire une sensation de blancheur, calme
et pureté sans défaut.
C'est à
regret que nous quittons le Salar, en fin d'après-midi. La route
est redevenue cahoteuse, et nous sommes heureux de n'être partis
qu'à quatre et non six comme le préconisaient les agences (le
coût du voyage étant partagés entre les touristes,
indépendamment du nombre de convives), car nous avons ainsi plus
de place à l'arrière de la Jeep et pouvons chercher à nous
accommoder au mieux des soubresauts du véhicule. Nous roulons au
son de Ave de Cristal que Christian s'est acheté récemment. Des
cultures en terrasses de pommes de terre ou céréales diverses
(dont la célèbre Quina très nourrissante) agrémentent les
paysages le long de la piste.
Nous
faisons halte pour la nuit au village de San Juan, dont la petite
église en torchis est de loin le bâtiment le plus significatif.
Deux terrains de foot, symboles du modernisme malgré leur aspect
rudimentaire, contrastent avec l'impression d'isolement extrême
qui nous envahit. Quatre couchettes d'une simplicité spartiate
dans des murs en torchis constituent notre chambre. Nous y
ajoutons une table brinquebalante sur laquelle nous dévorons
l'excellent repas préparé par Irineo: une riche soupe de
légumes et un pollo dorado con arroz y papas, luxe absolument
inimaginable en un lieu pareil. C'est le meilleur dîner depuis
longtemps.