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Bolivie-Pérou (Episode III)
Si Usted es capáz de tremblar de indignación cada vez que se comete una injusticia en el mundo, somos compañeros
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Douche en flammes

Lundi 23 septembre

Lorsque nous nous rendons de nouveau vers l'aéroport, au petit matin, la ville a une autre allure. Les mendiants et ivrognes qui jonchaient les trottoirs ont disparu. La capitale a l'air moins misérable, même dans les hauts quartiers (ville unique où la bourgeoisie vit à une altitude plus basse que le peuple!). Avec plus de deux heures de retard, l'avion de l'Aerosur nous emporte vers Sucre, ville coloniale, ancienne capitale de la Bolivie et déclarée patrimoine mondial de l'Unesco. Nous enquêtons rapidement sur les moyens de transports pour nous rendre au centre ville. Après avoir choqué un chauffeur de taxi en lui déclarant que ses services étaient trop onéreux (20 bolivianos), nous optons pour le colectivo, qui, pour 0,70 boliviano par personne démarre en première et maintient son rythme de croisière à près de 10 km/h pendant les dix premières minutes. Puis, une fois tous les voyageurs potentiels récoltés sur le bord de la route (nous finissons à 24 personnes dans le mini-bus!), nous poursuivons à vitesse plus raisonnable.

La ville est paraît-il superbe mais dans la grisaille qui tourne rapidement à la pluie, nous ne sommes guère enthousiastes. Nous commençons par nous restaurer décemment. Comme le fait judicieusement remarquer Jacques, "ça fait tout de même quatre jours sans repas à part quelques biscuits de-ci de-là, un peu d'infâme porridge ou un sandwich assez maigre avalé à la hâte"! Au son de The Wall, nous dévorons donc une bonne pizza, accompagnée de jugo de plátano con leche pour les uns, thé pour les autres. En raison du temps maussade, nous courons les musées : le museo antropólogico, le museo colonial, la galería de arte moderno et le museo eclesiástico que nous visitons dans le seul but de contempler la virgen de Guadalupe devant laquelle nous fantasmons un bon moment (plus précisément jusqu'à ce qu'un gardien commence à s'impatienter et nous fasse comprendre qu'il était largement temps de faire place aux suivants). C'est en effet une peinture couverte d'or, de diamants, d'émeraudes, perles, pierres précieuses, bijoux, montres... valant au bas mot 50 millions de dollars! La sécurité entourant un si précieux trésor paraît bien piètre, mais nous décidons néanmoins de ne pas l'emporter avec nous, réalisant que nous aurions du mal à caser nuestra señora de Guadalupe dans l'un de nos sacs à dos. Griffonnée sur l'un des murs de la ville, une citation attire l'oeil d'Alain qui ne cessera ensuite de nous rappeler que le sol que nous foulons fut en son temps parcouru par notre héros :


"Si Usted es capáz de tremblar de indignación cada vez que se comete una injusticia en el mundo, somos compañeros."

Che Guevarra

Nous achevons la journée par une bonne douche à l'hôtel "Bolivia". Comme toujours en Bolivie, la salle de bain et les toilettes, quand ils existent, ne forment qu'une seule et même pièce dont le sol est creusé au centre pour permettre l'écoulement. Seule l'eau froide est courante, même en ville, et le chauffage de l'eau est assez original : sous une pomme de douche ordinaire arrivent deux fils électriques à moitié dénudés, branchés sur le 220V, et alimentant une grosse résistance. L'ouverture du robinet d'eau déclenche simultanément le chauffage de la résistance. L'eau de la douche étant évidemment d'autant plus chaude que le débit demandé est faible, seuls beaucoup de patience et de doigté permettent, au valeureux considérant primordiale son hygiène corporelle, de se rincer après un sérieux savonnage avec une eau à température respectable. Aujourd'hui, étant quasiment les seuls touristes, nous avons la chance de pouvoir profiter seuls des deux salles de bain de l'étage. Christian et Alain se précipitent, prenant chacun la leur, mais Alain ressort de la sienne en un temps record, visiblement terrorisé. A son teint livide, nous comprenons qu'il vient de mettre hors d'usage l'une des deux douches de l'hôtel. En effet, comme il nous l'explique lui-même une fois remis de ses émotions : "Non sans mal, je venais enfin de trouver une température I-DE-A-LE, malgré un débit extrêmement faible, quand des éclairs ont subitement jailli de la résistance! Tout s'est mis à flamber et j'ai bien cru ma fin venue, mort électrocuté!"

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