




Ecrire
Sucre ou Salar ?
Mardi 24 septembre
Nous ne
nous attardons guère à Sucre et embarquons dès le lever du
soleil dans un bus en direction de Potosí pour enchaîner
ensuite vers le Salar d'Uyuni. Saturant légèrement de ces longs
trajets (le voyage de Sucre à Potosí dans une véritable
charrette est particulièrement éprouvant), nous passons le
temps à des jeux de mots plus ou moins spirituels (comme par
exemple sur le fait que nous aurions pu tenter un parcours
"allégé" sans Sucre) ou à discuter de perspectives
diverses. Christian échafaude petit à petit un projet
d'investissement dans le Pantanal. En effet, il n'existe aucune
infrastructure adaptée à l'exploitation touristique, et nous
imaginons déjà les possibilités qui s'offrent à quiconque
souhaiterait se lancer dans une telle aventure. Nous
commencerions par établir au coeur du Pantanal un campement
digne de ce nom, 4 étoiles au moins, avec une véritable
Hacienda. Une piste d'atterrissage pour hélicoptères
permettrait aux touristes de luxe que nous accueillerions de
parvenir sur les lieux sans avoir à souffrir les 6h de transport
fort pénibles à bord d'un camion sur un chemin cahoteux et
boueux.
Un autre
projet envisageable, suggéré par Jacques, cette fois, serait de
monter une entreprise locale de bacs à douche, soit en les
fabriquant effectivement en Bolivie, soit en les important. A
condition de pouvoir lancer ce nouveau produit et d'en justifier
l'intérêt aux yeux de la population, il est clair que nous
aurions, pour un certain temps au moins le monopole du marché!
Alain propose l'installation en parallèle de systèmes
hydrauliques permettant l'eau chaude courante. Nous remémorant
les propos de Raoul et les salaires qu'il nous mentionnait, il
nous semble que l'entreprise doit pouvoir se faire à moindre
coût. Entre deux meetings de travail sur nos projets futurs,
nous chantonnons sur l'air de Ave de Cristal qui passe
régulièrement à la radio du bus. Nous nous sentons déjà
intégrés, connaissant les musiques à la mode et presque les
paroles. Précieuse Carola qui nous a ainsi formés à la culture
bolivienne!
L'orgueilleuse
Potosí est en vue. A 4000 m d'altitude, cette ville impériale
qui comptait plus d'habitants que Paris ou Séville au XVIIIè
siècle n'est plus que l'ombre d'elle-même. Déclarée
Patrimoine national et culturel de l'humanité depuis 1987,
joyaux de l'art baroque grâce à la formidable richesse
apportée par le Cerro Rico montagne d'argent aux filons
inépuisables elle représente aujourd'hui l'un des plus
pathétiques témoignages de l'histoire en raison des dizaines de
milliers d'indiens qui furent réquisitionnés sur l'ensemble du
continent pour venir mourir chaque année d'épuisement ou
d'intoxication dans ses mines. Bien qu'il reste à exploiter dans
la montagne devenue sacrée autant de minerai que ce qui a été
extrait depuis quatre siècles, celle-ci a fini par être
abandonnée, victime comme tant d'autres mines de l'éternelle
course à la rentabilité. Témoins silencieux d'un passé
évanoui, des balcons de bois finement sculptés et de splendides
demeures espagnoles continuent à attirer les regards.
Je suis
saisie d'émerveillement, de retour dans le bus, à la
contemplation des paysages andins qui défilent sous nos yeux.
Toujours plus vers le Sud, nous découvrons des contrées
désertiques au sable rouge. Seuls quelques cactus verts se
dressent sur les flancs des sommets dominant l'Altiplano, pour
rompre l'équilibre de cette uniforme palette aux couleurs plus
chaudes les unes que les autres.
Nous
arrivons à Uyuni au coucher du soleil. Au centre de cette ville
fantôme aux larges avenues balayées par les vents de
l'altiplano se dresse une statue d'inspiration soviétique,
évoquant le riche passé industriel de la cité perdue. Nous
déposons nos affaires à l'hôtel Avenida (le seul pouvant
offrir de l'eau chaude courante) qui ressemble fort à une
prison, avec sa cour intérieure et ses passerelles métalliques.
Quasiment les seuls touristes en cette saison, nous n'avons que
l'embarras du choix quant à l'agence avec laquelle nous
envisageons de parcourir le Salar et le Sud Lípez : une rue
entière n'est constituée que de baraques d'agences de voyage.
Nous nous mettons finalement d'accord avec les deux indiennes de
Delta Tour : pour $84 tout compris, nous partirons, Alain,
Christian, Jacques et moi, avec un chauffeur et un cuisinier (le
rêve!), à bord d'une Jeep 4x4, pour quatre jours d'aventure
dans le Sud. Nous sommes excités à la perspective de ce tour et
avons hâte de partir.