Toujours un peu plus loin
Bolivie-Pérou (Episode III)
Si Usted es capáz de tremblar de indignación cada vez que se comete una injusticia en el mundo, somos compañeros
Carnet de bord
La carte
Les photos

Le chemin de l'Inca
Voir Cuzco
Les chansons
Bestiaire

Telex
Le coup de coeur

Write / Escribir / Escrieben Ecrire

Récits/Home

Free counter and web stats

Le Froid du Désert

Vendredi 27 septembre

Nous nous réinstallons dans la Toyota vers 5h du matin, bien avant le lever du soleil. Le froid extrême nous empêche même de parler. Nous ne déjeunons pas et partons au plus vite. Régulièrement, Christian jette un coup d'oeil à l'altimètre et nous traduit en signe la marque : 4600 m ... 4800 m ... 5000 m! Et notre progression continue. L'aube pointe à l'horizon.

Soudain, sortant des entrailles de la terre, d'immenses jets de fumée aux couleurs du soleil levant jaillissent devant nous. A moitié endormis, nous ne nous étions pas rendus compte que nous arrivions aux pieds de fabuleux geysers! Nous sommes à 5100 m d'altitude. L'eau sort à des températures avoisinant les 80° et produit sur plusieurs mètres de haut d'immenses volutes de fumées. Tel un enfant espiègle, l'aube s'amuse à refléter ses lueurs rouges tantôt dans l'un tantôt dans l'autre des multiples panaches de vapeur qui s'échappent des geysers . Le spectacle est saisissant, et c'est le froid intense qui une fois de plus nous oblige à quitter le site pour nous contenter de le contempler depuis l'intérieur du 4x4, ainsi abrités du vent.

A quelques kilomètres de là, des sources thermales nous réconfortent divinement. Alors que Clemente et Irineo préparent un copieux petit déjeuner, nous nous réchauffons dans les eaux délicieusement chaudes de la Laguna Polques. Notre parcours continue, toujours plus vers le Sud. Nous franchissons le "Paso del Condor", des monts colorés, puis atteignons la lagune la plus au sud de notre périple : la majestueuse Laguna Verde. Elle doit probablement sa couleur vert-émeraude à une importante concentration d'oxyde de cuivre. Au dessus de ce véritable bijou trône le Licancabur , volcan vénéré par les Incas. S'élevant à plus de 5900 m, il marque la frontière entre la Bolivie et le Chili, ses faces Sud et Nord appartenant chacune à l'un des deux pays. Son sommet triangulaire couvert de neige se détache nettement sur l'azur immaculé. Quel merveilleux paysage!

A partir de là, nous rebroussons chemin et nous dirigeons plein Nord. Nous dépassons une caravane d'ânes arrivant probablement du Chili pour apporter des fruits frais de San Pedro de Atacama, à plusieurs heures de marche de là. Roulant encore quelques heures, nous laissons à notre gauche la superbe Laguna Colorada et nous enfonçons dans l'immensité du désert. Je me demande comment Clemente parvient à ne pas se perdre, parcourant plus d'un millier de kilomètres sur l'Altiplano sans piste et avec si peu de repères, une fois quittés les sommets enneigés et les lagunes les plus remarquables. La traversée d'un río un peu plus important que les autres ne se fait pas sans peine, et nous descendons tous afin d'alléger le véhicule. Notre chauffeur franchit brillamment l'obstacle et nous pouvons continuer. La faim se faisant sentir, nous tentons de préparer quelques sandwiches à l'arrière de la Toyota, mais ce vent d'Ouest glacé est une véritable calamité. Impossible de manger dans de telles conditions. Nous décidons donc de ne faire escale qu'un peu plus loin, chez des gens que Clemente connaît visiblement, où nous nous abritons derrière un mur de pierre. Le mari est fier de nous présenter le rouet qu'il a confectionné pour que sa femme puisse filer plus facilement la laine de lama, seul animal qui se soit acclimaté au rude climat de ces altitudes.

Passant aux abords d'une entreprise d'extraction de Bore, la Tierra Sociedad Anónima, Clemente tente de leur acheter un peu d'essence, afin d'aborder en toute sécurité les 600 km environ du trajet retour. Le circuit complet nécessite 220 litres de carburant, que nous transportons depuis Uyuni dans un immense container rangé sur le toit du 4x4 à côté des sacs à dos et des cageots contenant la nourriture. Après de longues discussions, il parvient à leur acheter quelques litres. Laissant derrière nous l'entreprise, Clemente nous explique que nous avons mangé notre pain blanc et qu'à partir de là, la piste n'est plus entretenue et que le chemin sera donc bien plus mauvais. Nous nous rendons rapidement compte de l'extrême justesse de ses propos : nous mangeons de la poussière à chaque tour de roue et sommes sans cesse catapultés d'un bord à l'autre de la Toyota, malgré la conduite de qualité de notre chauffeur. Je suis admirative devant l'importance des irrégularités de terrain que nous parvenons à franchir avec le véhicule. En fait, nous apprenons, sans grande surprise, que le travail de Clemente, quand il n'est pas en expédition, consiste à réparer le 4x4...

Nous faisons un détour par Villamar connu pour ses peintures rupestres. Le site est assez décevant : quelques marques rouge et bleu sur la roche, rien de bien extraordinaire. Plus intéressant, par contre, sont les momies que nous voyons un peu loin. La légende que nous rapporte avec sérieux Irineo, transmise de bouche à oreille au cours des générations, raconte que ce sont des personnes qui vivaient à l'époque où ni le soleil ni la lune n'existaient, bien avant l'arrivée des Incas. Lorsque le soleil s'est levé pour la première fois, ils ont eu peur et n'ont pas osé sortir des grottes dans lesquels ils séjournaient, et y sont morts, laissant les momies que nous découvrons aujourd'hui. C'est la première fois que je peux en voir de si près en dehors de dans un musée. Elles possèdent encore habits et cheveux, mais ont été dépouillées au fil des ans de toute parure ou bijoux, et la visite est assez lugubre. Je suis surprise de réaliser que Irineo croit fermement à cette légende, et est effectivement persuadé que des gens ont vécu à une époque antérieure à l'apparition du soleil. Tenant l'explication de l'existence de ces momies de son grand-père lui-même, il ne comprend pas la raison de nos doutes.

La journée se termine par une partie de chasse-photo aux viscachas dans la Valle de Piedras. Alain, trop malade pour bouger même dans le but de chercher ces animaux au corps de lapin, pattes de gerboise et queue d'écureuil, reste dormir à l'arrière de la voiture. Pendant ce temps, nous nous lançons à corps perdu dans notre entreprise, suivant les conseils éclairés d'un spécialiste, Irineo, qui nous avoue avoir passé son enfance dans cette vallée à chasser les Viscachas. Il a le regard beaucoup plus perçant que nous et parvient à découvrir le premier de ces animaux furtifs dans une anfractuosité du rocher qui se dresse devant nous. L'appareil photo armé, Jacques tente de s'en approcher mais la Viscacha plus rapide s'enfuit en sautant tel un kangourou. Nous traînons sur le site jusqu'au coucher du soleil, avec une demi-douzaine de Viscachas dépistées. Lorsque les derniers rayons passent sous l'horizon, nous regagnons le véhicule, frigorifiés mais heureux.

Précédent/Back Suivant/Next

Equateur | Patagonie | Canada