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Bolivie-Pérou (Episode III)
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Fin du Périple

Samedi 28 septembre

Christian se réveille avec une forte migraine, après cette nuit passée à une altitude de 4800 m, malgré plusieurs jours d'acclimatation que nous croyions suffisants pour être immunisés à toute manifestation du terrible Soroche. Pour soigner l'otite d'Alain, Clemente achète des médicaments à 0,50 bolivianos l'unité qui semblent agir bénéfiquement sur son état. Mais Alain ingurgite à présent à chaque repas une quantité effroyable de cachets de toute taille et de toute couleur. Vivement le retour dans notre paisible France! Jacques profite de ce temps libre dans le village de Alota pour discuter avec une indienne de 9 ans portant sur son dos sa petite soeur de 6 mois à peine; déjà les pieds bien sur terre, Naïssa (prénom bolivien inhabituel, il me semble), après avoir répondu à quelques questions, lui propose de la prendre en photo. "Comme ça, tu me donneras un boliviano ou deux", lui explique-t-elle. Jacques est à la fois choqué et déçu de la tournure que prend cette conversation qu'il croyait désintéressée, et abandonne la partie, nous rejoignant avec un air encore marqué par la perplexité.

Nous visitons encore le site de Los Tres Gigantes, trois immenses blocs rocheux dominant une vallée un peu moins désertique que celles que nous avons traversées jusque là. Ici aussi, Jacques et moi découvrons quelques Viscachas fort dodues mais tout aussi lestes que celles de la veille. Non loin de là, surplombé par une montagne sur laquelle est dessinée à l'aide de cailloux blancs la carte de la Bolivie, le village de San Cristobal, 300 habitants tout au plus, offre au voyageur en quête de traditionnel la possibilité d'une photo digne de la couverture d'un calendrier. Tout dans les tons naturels de la roche et terre locales, avec à l'entrée sa vieille église en adobe dont le sol est marqué par de nombreuses fréquentations, il se dégage du village un sentiment d'infinie tranquillité.

Notre périple s'achève par la visite du cimetière de locomotives absolument sans intérêt. Le retour est épuisant, en raison des cahots spectaculaires et de la poussière étouffante sur les dernières centaines de kilomètres. Je respire à travers mon T-shirt. Même sans migraine, j'ai hâte d'être arrivée. Alain ne dit plus mot. Je n'ose imaginer les souffrances qu'il doit endurer. La cassette de Genesis sur une face et Police sur l'autre que Alain avait pensé à emporter et que nous avons écoutée pendant une bonne partie du trajet semble plaire tellement à Irineo que nous décidons de la lui céder. Il nous en remercie vivement. Uyuni paraissant à l'horizon, nous sentons le moment des au revoir approcher et les langues se délient. Nous nous fondons en remerciements pour ce merveilleux périple que nous avons effectué dans leur si agréable compagnie, pour toutes les informations qu'ils nous ont données, les légendes qu'ils nous ont racontées, les délicieux repas qu'ils nous ont préparés et l'excellente conduite sur plus de 1000 km en terrain parfois très difficile.

Nous quittons Irineo et Clemente avec mélancolie, tant ces derniers jours furent agréables. Nous rentrons vers la Paz par le train de nuit — l'"Expreso del Sur" — chichement chauffé bien que nous ayons choisi un billet en première classe. Nous sommes encore abasourdis par le faible coût de ce périple de quatre jours et, faisant les comptes, avons même du mal à comprendre comment le circuit peut être rentable à l'agence. La marge de bénéfice est certainement très faible. Dans le wagon, un film passe sur l'écran. Je m'endors avant même d'avoir eu le temps d'en deviner le style.

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