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Vingt-Cinq Siècles d'Histoire

Dimanche 29 septembre

Pour la deuxième fois, nous vivons l'interminable descente des flancs de La Paz, plus haute capitale du monde. Que ce soit en micro (cf. chapitre 16) ou en train, il faut près d'une heure pour atteindre le centre ville depuis les quartiers extérieurs. Nous déposons nos sacs au Residencial Copacabana, hôtel un brin plus chic qu'à nos habitudes car nous comptons y laisser nos affaires pour toute la journée et ce sera plus confortable de pouvoir se doucher avant de reprendre l'avion pour près de 30 heures de voyage et préparer nos sacs dans un endroit propre. De plus, et ce n'est pas là le moindre de ses charmes, Le Che y aurait séjourné clandestinement en 1966 pour préparer la révolution en Bolivie. Nous optons pour DEUX chambres doubles (le luxe!) et partons à la recherche d'un microbus pour notre dernière visite : le site précolombien de Tiwanaku, à 70 km au sud de La Paz.

Semblant errer sur les terrasses cérémonielles de l'antique ville, des colosses de pierre dessinent depuis des siècles leur silhouette insolite découpée sur le ciel andin. Siège de civilisations qui connurent toutes leur heure de gloire à diverses époques, du cinquième siècle avant notre ère jusqu'à l'arrivée des Incas, Tiwanaku garde en témoignage de son brillant passé des monolithes mystérieux, des murs d'enceinte d'une remarquable rectitude, des arches splendides. La majeure partie des ruines que l'on visite actuellement date des ans 900 à 1200, lorsque Tiwanaku connut son apogée. Cette ville abritait alors la capitale d'un empire Aymara qui s'étendait au delà du lac Titicaca, empiétant sur les territoires huari au Pérou. C'était également un centre culturel très important, dont les habitants connaissaient le traitement des métaux, les mathématiques, l'astronomie, l'ingénierie hydraulique et agronomique. Le temple de Kalasasaya , ou temple du Soleil, est constitué d'une immense plate-forme ceinte de murs de 5 à 10 mètres de haut, construits de pierres volcaniques aux teintes multiples — blanches, ocres ou rouges — emprisonnant à intervalle régulier des monolithes gigantesques. En haut du majestueux escalier conduisant à la terrasse principale, se tient un des fameux colosses , face tournée vers le levant. Derrière lui, d'autres géants de pierre surveillent la scène et, au fond, se dresse la célèbre porte du soleil, taillée dans un unique bloc d'andésite et couverte de gravures représentant des hommes-condors ou des divinités, dont le dieu Viracocha.

Semi-enfoui à deux mètres de profondeur, légèrement à l'écart devant l'entrée de Kalasasaya, se trouve un temple bien plus petit mais indiscutablement digne d'intérêt : ses quatre murs intérieurs sont recouverts d'une centaine de gravures de têtes anthropomorphes. Un profond mystère entoure ces sculptures. Comment expliquer en effet les traits typiquement européens de certaines têtes alors que la dernière des civilisations ayant régné à Tiwanaku avait disparu bien avant l'arrivée des conquistadores? Que dire, qui plus est, de cet autre faciès de pierre — un homme aux yeux globuleux, dont l'imposante barre des sourcils lui dessinent comme un nez en forme de T, et à la moustache épaisse qui contourne une bouche lippue pour rejoindre ce qui ne pourrait être autre chose qu'une barbe — quand on connaît le caractère imberbe des amérindiens? Malgré de nombreuses fouilles et études, Tiwanaku est encore loin d'avoir livré tous ses mystères.

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