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Cap à l’est

Le temps est à la pluie. Les précisions de la chaîne météo à la télé ne sont pas particulièrement optimistes. D’ailleurs il pleut un peu partout vu les images humides du cinquantenaire du débarquement de Normandie sur CNN. Après un copieux brunch nous mettons le cap à l’est. Notre destination est le parc national du Prince Albert dans le Saskattchewan. C’est une zone de transition entre la prairie, les forêts claires de trembles et la forêt boréale, bref un lieu idéal pour la pratique du canoë. Personnellement je trouve dommage de tourner le dos aux cimes enneigées des Rocheuses, ces montagnes ont l’air si belles. L’autoradio nous gratifie d’un bon «Breakfast in America»(titre de circonstance à une demi-heure rès) suivi d’un non moins excellent « I’ve seen all good people » de Yes : décidément ce voyage démarre sous les meilleurs auspices. Vaste, immense, à perte de vue s’étend la grande prairie. La surface unie, légèrement bosselée, coupée ici et là par une vallée, semble écrasée sous un ciel trop grand, surhumain, sans cesse frissonnant sous la brise, sans cesse balayé de nuages changeants. Dans cette uniformité la vision d’un panneau annonçant « canyon 500 m » nous semble incongru. Pourtant quelques hectomètres plus loin c’est bel et bien un canyon qui s’offre à nos regards incrédules. La nature a toujours le don de nous émerveiller lorsque nous nous attendons le moins.

Nous arrivons dans les fameux Badlands de l’Alberta, succession de plaines effondrées et de reliefs imprévisibles, qui doivent leur nom au fait qu’au siècle dernier c’était le repère de tous les outlaws de la province. Les eaux de fonte des derniers glaciers ont creusé une vallée profonde, très large par endroits, maintenant occupée par la rivière Red Deer. Cette érosion a mis au jour des roches formées durant la fin de l’ère secondaire, créant un fantastique paysage de falaises striées, de buttes ravinées par les eaux de ruissellement. Aujourd’hui la région est surtout célèbre en raison de fabuleux gisements de fossiles de dinosaures (le film de Jurassic Park, ne commence t-il pas ici?). A Drumheller, capitale des Badlands, nous visitons le musée Tyrell l’un des plus grands au monde qui soient consacrés avec la paléontologie. Un peu plus loin nous pénétrons dans un sanctuaire sioux : ce sont les Hoodoos . Les âmes des guerriers des plaines errent, dit on, au milieu des cheminées de fées à la recherche du repos éternel. Pas de fantôme en vue, mais nous en profitons pour effectuer quelques contre plongées spectaculaires pour nos albums photos.

Nous quittons l’Alberta pour passer dans le Saskatchewan. Le paysage est toujours aussi vierge de relief hormis les élévateurs alignés le long de la voie de cemin de fer. Les lignes droites s’étendent à perte de vue. Comme notre voiture a une boite de vitesse automatique le rôle du chauffeur se limite à chercher sur les ondes radio Classic Rock, notre station préférée, au milieu de nombreuses fréquences Country. Monotone les prairies? Plutôt théâtre permanent d’un grand spectacle de lumière, d’espace et de vent. Il est difficile d’imaginer que jadis des hardes de bisons y erraient librement dans un océan d’herbes. Seule la présence d’une pierre à bisons sur le bas coté rappelle ce prestigieux passé. Aujourd’hui le quadrillage régulier des champs a recouvert la plaine, mais la vie sauvage n’a pas perdu ses droits et l’on peut voir le long de la route une troupe de proghorns ou se dresser, attentifs, puis fuir prestement, des dizaines de spermophiles, petits rongeurs peu farouches.

Après 800 km de routes nous dépassons Saskatoon, ville relativement importante mais sans grand intérêt. La physionomie du paysage change sensiblement, les champs laissent place à des parties boisées de plus en plus importantes. Il est déjà 22 heure et il est temps de penser à trouver un endroit pour la nuit. Ce sera un petit hôtel sympa juste avant Prince Albert.

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