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Pèlerinage à Beaver lodge
Aujourdhui nous avons décidé de laisser le campement ici, à North End, et de nous accorder une journée de répit. Les organismes sont marqués et ce jour de repos nous sera bénéfique. Une excursion en canoë au lac Ajawaan est au programme. Nous choisissons lembarcation la plus légère (cest à dire celle de Nathalie et Jacques) afin de rendre le long portage moins pénible. La distance est denviron dun kilomètre entre les lacs mais celui dAjawaan est situé à une altitude légèrement supérieure. La mise à leau du canoë est rendue délicate par la raideur des berges. Nous tentons une première en essayant de nous asseoir à quatre dans le frêle esquif. Pas de doute, nous flottons plus que convenablement. La stabilité est au rendez- vous, il n'en est pas de même pour le confort. Le lac est un écrin bleuté au milieu dun océan vert foncé de vieux sapins. La première chose que nous remarquons, est une hutte à castors de taille respectable. Sans doute le logis de celui que nous avons aperçu hier. Peut être est-ce là un descendant de Rawhide et Jellyroll, les deux castors orphelins quavait recueilli Grey Owl en son temps. Un grand héron bleu parade pour nous montrer que son élégance na rien à envier à celle des pélicans blancs. Laissant négligemment traîner une ligne derrière le canot Jacques réussit à attraper un brochet. La mise à mort nest pas des plus facile à cause de lexiguïté des lieux. Au moins nous naurons pas à nous creuser la tête pour le repas du soir.
La cabane de Grey Owl se détache sur la rive opposée. Cest un amour de petite maisonnette en bois toute droite sortie dun conte pour enfants. Ce fut pendant près de dix ans la demeure dArchibald Stansfeld Belaney, plus connu sous le nom de Grey Owl. Cet anglais de naissance a eu une vie tumultueuse mais son engagement dans la protection de lenvironnement le rendit célèbre dans les années trente. « Noubliez pas que cest vous qui appartenez à la nature et non la nature à vous », ce fut là son message. Sil existe un endroit où Grey Owl put connaître la joie de vivre, il est bien possible que ce fut à Ajawaan, tant le lieu dégage une impression de tranquillité rustique. La cabane porte le nom de Beaver Lodge tant il est vrai quil vécut en symbiose avec les castors. Sa maison est dailleurs conçue à cet effet, la pièce principale communiquant directement avec le lac. Je me demande ce quils pouvaient bien se raconter lors des longues soirées dhiver. En feuilletant le livre dor de la cabane nous avons la satisfaction de noter que nous sommes quasiment les seuls Français à être passés par ici. La plupart des visiteurs étant du cru, de Saskatoon ou Regina. La lecture est très instructive. Nous y apprenons que le mois dernier des touristes ont encontré deux baribals sur le chemin! Lannée dernière cétait une carcasse dorignal à moitié dépecée par une bande de loups.
Un peu plus haut nous nous recueillons quelques instants sur la tombe de Grey Owl, celle de sa femme Anabéro et sa fille Shirley Dawn. Nous essayons en vain de trouver le passage vers le lac de Lone Hand qui se situe un peu plus loin. La forêt boréale primitive est ici beaucoup trop touffue pour quon puisse la traverser. Chemin faisant Christian repère des traces géantes dorignal dans la boue. Nous parvenons à quitter Beaver Lodge juste avant larrivée dune troupe de jeunes randonneurs. Ils nous rappellent la désagréable omniprésence de la civilisation, même ici, au coeur de ce sancttuaire. Quelques coups de pagaies plus loin Jacques réussit lexploit de pêcher un brochet. Le retour au campement est presque une formalité, même si certains passages du livre dor nous inquiètent un peu. Après le désormais tradtionnel brochet spaghettis nous nous offrons une balade pré-crépuspulaire sur le lac Kingsmere. Nous ne reverrons hélas pas nos originaux amis orignaux de la veille mais le soleil nous offrira un somptueux coucher jaune citron.