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Canada (Episode I)
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Les nuages s’amoncellent

Qu’il est dur de s’extirper d’un bon lit douillet après une semaine en forêt. Un solide brunch nous réconcilie avec ce difficile début de matinée. Nous quittons Loydminster, ses larges avenues, ses nombreux hôtels et sa poste d’où nous envoyons de nos nouvelles sur le vieux continent. Une longue journée de transition nous attend. Les paysages sont plus variés qu’à l’aller et les pompes à pétrole remplacent les silos à grain du sud de l’Alberta. Il faut dire que la région d’Edmonton fournit 80% de la production canadienne. Pour tromper l’ennui Christian lance un consternant « tout, tout, tout vous saurez tout sur le grizzly!", inutile de dire que c’est un flop retentissant. Nous faisons halte dans un immense magasin de randonnée. Nathalie cherche des poches latérales pour son sac à dos, Jacques un réchaud pour les prochaines marches. Nous profitons de la présence d’un supermarché pour remplir le coffre de victuailles. La pluie fait son apparition en début d’après-midi pour ne plus nous quitter.

L’approche des montagnes Rocheuses, réputées tellement photogéniques, se fera dans la purée de pois. Ironiquement, la radio nous gratifie d’un affligeant oldy des années cinquante, intitulé Sunny days! C’est bien plus que de la pluie. C’est un véritable déluge qui s’abat lorsque nous pénétrons dans le parc national de Jasper. La visibilité quasi nulle nous empêche de profiter du panorama , paraît-il superbe. Le passe, acheté à Prince Albert nous permet de franchir l’entrée du parc, sans s’arrêter à la guérite. Un panneau de signalisation à l’effigie d’un wapiti nous rappelle que la vitesse à l’intérieur du parc est limité à 70 km/h, ce qui n’empêche pas un monstrueux truck de nous dépasser en trombe. Un peu plus loin, nous enjambons la mythique rivière Athabasca. Mythique, car c’est également le nom d’un fameux personnage d’Arnaud à AD&D. Il se dégage de ce cours d’eau une puissance phénoménale amplifiée par un ciel d’apocalypse. Sa largeur est comparable à celle de la Loire à Tours bien qu’elle ne soit qu’à seulement une centaine de km de sa source. Nous dépassons une silhouette sombre sur le coté droit de la route. A peine le temps de réaliser qu’il s’agit d’un wapiti mâle, qu’il disparaît dans les ténèbres. Nous pénétrons dans la petite ville de Jasper.dans une atmosphère de fin du monde.

Un totem Aïda trône sur la place centrale, comme pour nous rappeler qu’ici, les intrus, ce sont nous. Le village s’étire le long d’une artère principale à flanc de pentes boisées et ce à près de 1058 m d’altitude. L’air est glacial et nous nous attendons à voir surgir un ours polaire de derrière un pâté de maisons. Une rapide étude comparative nous fait choisir l’hôtel Athabasca, pour de mesquines raisons matérielles dois-je confesser. Ce sera notre camp de base. Avec sa devanture vert sapin, il suggère un gros chalet alpestre. Le salon de réception nous impressionne par la taille de ses trophées. Orignal, wapiti, carcajou, grizzly, il n’en manque pas un. S’il n’y avait pas un poste de télévision je me croirai dans un roman de Jack London ou de James Olivier Curwood. Malgré toute la persuasion de Jacques, le réceptionniste refuse de nous accorder une ristourne arguant que nous sommes au début de la pleine saison. Nous tenons un sommaire pow wow dans notre chambre. Jacques et Nathalie nous expliquent qu’ils ont acheté, la veille de leur départ de Chicago, un livre de randonnées et qu’ils n’ont guère eu l’occasion de le feuilleter, si ce n’est dans l’avion. Ils avaient présélectionné deux randonnées assez longues mais la météo risque de rendre les deux parcours difficilement réalisables. Bien être oblige, nous décidons d’abord de nous procurer des vêtements chauds puis de rendre visite aux rangers du parc. Le village regorge de boutiques de souvenirs, toutes plus alléchantes les unes que les autres, et de magasins de camping. Christian craque pour une veste polaire, Nathalie et Jacques sur des laines polaires et moi pour une chemise trappeur à carreaux rouges et noirs.

Ainsi équipés, nous nous rendons à la maison des rangers. C’est une grande bâtisse au dessus de laquelle flotte le drapeau à la feuille d’érable. Une foule de documents sont à notredisposition. De nombreux randonneurs semblent ici en attente d’une éclaircie, pour partir en montagne. Une ranger nous explique que la Jonas Pass, l’un des deux trajets sélectionnés, est impraticable en cette période de l’année. Le choix est vite fait ; il nous reste la North Boundary Trail, un périple de plus de 180 km. Sincèrement la distance me semble insurmontable mais la motivation de Nathalie et Jacques me fait accepter le projet. Un repas chaud dans un restaurant de la ville nous donne un peu de baume au coeur avant de passer notre dernière nuit au sec.

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