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Les nuées éclatent
Le temps est aussi humide, voire plus encore, que la veille. Il pleut, ce genre de pluie qui est bien plus mouillée que la pluie ordinaire ; celle qui tombe en grosses gouttes qui claquent, celle qui est en fait une mer verticale percée de fentes. Néanmoins, notre décision est déjà prise, ce soir nous dormirons dans la montagne. Nous commençons par nous acheter des ponchos et, au grand dam de Jacques un réchaud . Puis, nous passons à la maison des rangers pour leur annoncer nos intentions et recueillir des informations sur la North Boundary Trail. La randonnée mesure 180 km de long, elle commence à Celestine Lake à 43 km a lest de Jasper et se termine en Colombie Britannique dans le parc régional du mont Robson. Le point culminant en est la Snake Indian Pass à 2020 m daltitude qui est actuellement enneigée daprès les dernières informations disponibles. Les rangers nous autorisent à entreprendre le trajet mais nous conseillent la plus grande prudence. Dailleurs ils examinent nos chaussures à la manièree dun maquignon pour les fers dun cheval. Contre la pluie, ils nous suggèrent dapposer des sacs plastiques entre la chaussette et la semelle.
Le problème majeur de cette randonnée est que le départ se situe à une quarantaine de km dici et larrivée se trouve encore plus loin dans la direction opposée. Une navette peut nous déposer à Celestine Lake mais il faudra laisser la voiture sur le parking darrivée. Christian et Jacques se portent spontanément volontaires pour acheminer le véhicule jusquau mont Robson, puis revenir par leurs propres moyens à Jasper, avant le départ de la navette. Un rapide coup doeil sur la documentation locale, nous indique que la région est très giboyeuse. Les environs de Jasper sont un lieu de mise à bât des wapitis, et, des baribals et des grizzlies sont signalés chaque jour. Etonnamment il apparaît quil y a plus daccidents avec les belliqueux wapitis que les placides ours.
En attendant le
retour de Jacques et Christian, Nathalie et moi flânons dans la
bourgade montagnarde. Un magasin dart Inuit a notre
préférence, hélas les prix sont prohibitifs hormis peut être
les mocassins. La gare a lair dêtre assez active du
point de vue du fret. Une vielle locomotive à vapeur, sûrement
témoin jadis de la conquête de louest ou de la ruée ver
lor est exposée à coté des voies. Malgré deux millions
de visiteurs annuel, Jasper a su garder un certain cachet. Je me
demande où sont nos chauffeurs et sils ont eu
loccasion de profiter du paysage malgré la pluie. Après
cinq heures dattente la vue de Jacques et Christian est un
vrai soulagement. Ils ont laissé la voiture au point
darrivée comme prévu. Ils sont rentrés en stop, dans un
énorme camping-car. Un couple de locaux, très sympathique, leur
a fait la conversation pendant le voyage. Ils étaient
très fier d'appartenir au plus grand pays du monde
depuis l'éclatement de l'URSS (affirmation erronée
comme je l'apprendrai plus tard à mes dépends en perdant
un pari). Mais ce qu'aura retenu Christian du trajet, c'est
surtout la vue de deux mooses, dont un mâle "aux bois
énormes". Il me fait bisquer en déclarant qu'il a aperçu
deux fois plus d'orignaux que moi.
Il est déjà sept heure lorsque la navette vient nous prendre.
C'est en fait un gros 4x4 conduit par un Québécois plein de
gouaille. Quelque kilomètres de routes bitumées puis nous
bifurquons sur la gauche pour emprunter un petit chemin
serpentant dans le forêt. Notre chauffeur nous laisse
au milieu de nul part, là où la route se termine, là où
commence la vie sauvage. Des amas de buées grises alignées
comme les rides au front d'un vieillard défilent au
dessus de nos têtes. Ponchos sur le dos, sacs autour de
nos chaussures, la randonnée ne s'annonce pas sous les
meilleurs auspices.
Nous empruntons une route forestière en direction de
Celestine Lake, notre bivouac. La pluie et le froid
nous incitent à ne pas traîner en chemin. Nous traversons
la Snake Indian River, rivière que nous allons remonter
jusqu'à sa source. Sa largeur présente nous donne une
idée de l'ampleur de la tâche. Les sept kilomètres jusqu'au
lac ont vite été avalés. La pluie a cessé mais c'est le froid
qui prend le relais. Une dalle de béton surmontée d'une
charpente va nous permettre d'installer nos tentes au
sec. Le campement est équipé d'une pompe à eau et de
genre de consignes métalliques pour emmagasiner la
nourriture hors de portée des ours. C'est à l'équipement
que l'on mesure la distance qui sépare un camp de la
civilisation. Visiblement nous somme plus proche du
pays des trappeurs que celui de leurs gibiers.