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Moustiques et maringoins
Le réveil au sec est la première bonne nouvelle de la journée. Le porridge chaud accompagné de glu sera la dernière. Un rapide coup doeil à lhorizon nous incite à la prudence. Les nuées sombres et les inélucables averses seront encore de la partie aujourdhui. Les 32 km dhier ont marqué les organismes et les jambes sont encore lourdes. Il faudra du courage pour boucler les 27 km du programme. Après une demi-heure, nous atteignons le camp de Willow Creek où Christian découvre dénormes bois dorignal . Nous quittons momentanément le cours de la Snake Indian River pour couper au plus court. Un sommaire pont de rondins enjambant un large ruisseau permet de tester notre équilibre. A partir de là, le paysage devient plaisant. Nous traversons une large plaine dépinettes bordée en ses extrémitéés par une forêt de sapins que surplombent des cimes enneigées. Avancr en file indienne dans ce décor de western est plutôt agréable et les manches courtes font leur apparition pour la première fois. Quelques km plus loin nous sommes témoin des ravages causés par une tornade dans les années 1980. Cest une large cicatrice de 300 m de long, formée de troncs couchés les uns à coté des autres, à la manière dune chapelle ardente. Comme quoi, les dommages infligés à lenvironnement subsistent de longues années. La nature a la rancune tenace.
A la
mi-journée, nous pénétrons dans une forêt de conifères. La
forêt devient boréale, là où finissent les arbres qui portent
des feuilles, ceux que rouille lautomne et que lhiver
dénude. Elle finit là où aucun arbre ne peut pousser, où
commence le royaume de lours blanc. A mesure que nous
progressons, nous retrouvons les terrains fangeux et quelques
connaissances désagréables : les moustiques. Ces maudits
insectes, nullement impressionnés par notre dégaine de
baroudeurs intrépides, nous agressent de toute part même en
mouvement. Ce sont des sortes de kamikazes, préférant mourrir
sur place, plutôt que de laisser passer l'opportunité de se
gorger d'une seule goutte de sang français. Face à leur
détermination, nos armes sont dérisoires : du Muscol en
pommade, et du Deep wood en vaporisateur. Une averse pour une
fois bien venue, nous évitera de devenir exsangue.
Une martre
sifflante et vociférante nous bloque le passage. Elle a
réellement l'air menaçante et nous ne sommes qu'à moitié
rassurés malgré l'avantage du nombre. D'où nous vient une
telle marque d'hostilité? Nous comprenons, lorsque nous
apercevons un écureuil terrorisé sur l'arbre d'en face. Notre
présence empêche le prédateur de descendre et de poursuivre sa
proie sur l'autre tronc. Notre intervention indirecte a donc
sauvé la vie d'un jeune écureuil, et privé une martre d'un bon
repas.
La pause
casse-croûte sera la bien venue, pain, saucisson auvergnat pur
porc, thé, et nous voilà comme neufs. Nous nous payons de
surcroît le luxe d'une petite sieste, malheureusement en partie
gâchée par une cohorte de vampires ailés. L'après-midi est
rythmée par le bruit de nos pas sur le sol spongieux et les
exclamations blasphématoires de Nathalie, à chaque fois qu'elle
macule ses chaussures de boue. Au km 52, la piste longe un coquet
petit lac aux reflets azurs dans lequel se réfléchit le sommet
escarpé des 2786 m du mont Simba.
Cette fois ci nous arrivons avant la nuit au campement de Blue Creek. Le paysage sauvage nous donne des frissons. Une large montagne tabulaire décorée dune nappe blanche domine une ample plaine alluviale au sein de laquelle serpente paresseusement la Snake Indian River. La découverte dune petite lame de scie nous transforme pour quelques instants en bûcherons. Tandis que lhomme-eau va recueillir le précieux liquide, lhomme-feu immole, dans un brasier incandescent, dinnocentes bûchettes en lhonneur de quelques divinités païennes. Cérémonie qui, je lavoue, peut paraître incongrue aux yeux du profane, sagissant tout simplement de la préparation de spaghettis bolognaises. Le repas englouti, nous avons toutes les peines du monde à accrocher nos provisions au sommet de larbre prévu à cet effet (minimum 4 m de haut et avec une branche distante de 3 m du tronc). Nathalie saperçoit quelle a oublié son k-way lors dune pause, personne na le courage dévoquer un retour en arrière.