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Retour à la civilisation

Moment rare que celui de profiter d’une grasse matinée. Au réveil, presque toutes les tentes et leurs occupants ont déserté le campement en route vers les cimes. Il fait toujours aussi beau et c’est un vrai bonheur pour nos corps meurtris. N’ayant pas la patience d’attendre que l’énorme four en fonte daigne se réchauffer nous décampons avec un porridge incomplètement cuit dans l’estomac. Le sentier est moins pentu que la veille ce qui facilite notre progression. Le chemin de montagne d’hier s’est changé en une autoroute qui charrie des flots de randonneurs formant une caravane hétéroclite. Jeunes, vieux, hommes, femmes, petits et grands affrontent la terrible montée, apparemment inconscients des difficultés qui les attendent. Nous sommes surpris de croiser de nombreux enfants portant des sacs presque plus gros qu’eux. Enfin vers dix heures du matin nous atteignons le parking, kilomètre 180 de notre randonnée.

L’exploit n’est pas mince et je dois dire que notre performance m’étonne encore. Christian et Jacques sont ravis de retrouver la voiture là où ils l’avaient laissée. Mon premier geste d’homme civilisé est de troquer mes lourdes chaussures de marche contre de légères tennis, tandis que Nathalie et Jacques discutent avec un couple de Québécois amateurs d’ornithologie. A la première station service rencontrée nous nous procurons une bouteille de Coca bien fraîche ainsi que quelques friandises. Nous rentrons prestement à Jasper, il est d’ailleurs décourageant de revenir à notre point de départ en à peine une heure de trajet. Au passage nous franchissons le fuseau horaire qui sépare la Colombie Britannique de l’Alberta. Sur le bas coté trois wapitis broutent nonchalamment, visiblement insensibles au trafic routier. Ironiquement nous rencontrons la faune au bord de la route et non au fin fond de la montagne.

A Jasper, où nous avons nos habitudes, nous retournons à l’hôtel Athabasca. Le prix des chambres a augmenté, presque par enchantement, de quelques dollars depuis notre dernier passage. Laissant l’usufruit de la salle de bain à Nathalie, les hommes se réunissent au bar afin de prendre des nouvelles de la World Cup 1994 aux U.S.A. Devant une Ice beer ou une Black Wolf (sur les conseils de la serveuse) nous découvrons les premières images d’un match Suisse-Suède tout en mâchonnant des ailerons de poulet offert par la maison. Après une douche régénératrice nous arpentons les rues de la cité montagnarde à la recherche de souvenirs à ramener. Les boutiques sont légions et le choix est vaste. Sur les conseils de Nathalie et Jacques nous choisissons des mocassins de fabrication iroquoise. Il est dommage que la boutique d’art inuit soit si onéreuse, sinon j’aurai bien ramené quelques statuettes d’ours.

Christian et moi rendons une visite de courtoisie aux rangers du parc. La femme qui avait enregistré notre départ est heureuse de nous voir. Elle avoue qu’elle a eu un peu peur pour nous à cause des conditions climatiques. Elle nous étonne par sa faculté de localiser l’endroit exact de notre rencontre avec le porc-épic, ça doit être une ranger de niveau élevé. Pour finir nous effectuons une déclaration de perte concernant le k-way de Nathalie et la gourde de Christian. Le soir venu nous nous offrons un bon repas composé de saumon arrosé de vin californien. De retour à notre chambre nous avons la surprise de capter le journal de Bruno Masur sur une chaîne québécoise.

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