


Ecrire
Descente en douceur
Une pluie dense arrose le versant ouest des Rocheuses. De lourdes gouttes saccumulent sur le dôme avant de notre tente. Il doit être quatre ou cinq heures du matin. La pluie. Javais oublié ce mot. Les deux deniers jours nétaient ils quun simple répit? Quil est dur de quitter son douillet sac de couchage pour la boue et le froid! Je me rappelle des paroles dune touriste française à Jasper qui me disait quil pleuvait depuis trois semaines en Colombie britannique. Fort heureusement les précipitations cessent à notre lever. Christian trouve une astuce pour allumer le feu malgré lhumidité ambiante. Il vaporise les bûches avec le Deep Wood (lanti- moustique), produit hautement inflammable. Le résultat est plus que satisfaisant si ce nest que la fierté de lhomme-feu soit désormais un peu écornée.
Le relief est plus accidenté que celui de la première partie de la randonnée. Les montées pentues succèdent aux descentes escarpées. Cest plus agréable pour les yeux, un peu moins pour les mollets. En fin de compte, les nuages se retirent plus à lest, ce qui nous promet un temps plus sec. Nous descendons le cours dun torrent qui sappelle Twintree Creek, jusquau lac de Twintree, situé à 1558 m daltitude. Ce charmant petit lac doit son nom aux deux sapins nichés sur deux petits îlots à quelques encablures de la rive. Le site se révélera par ailleurs une excellente aire de pique-nique. Nous dépassons la cabane des rangers et continuons notre route paisiblement. Ces refuges qui jalonnent le chemin, sont inhabités et les portes sont closes. On peut cependant y pénétrer par effraction en cas durgence pour solliciter des secours par radio.
Nous suivons une ligne de crêtes pendant un moment puis dévalons la pente sur plus de huit kilomètres, franchissons de nombreux torrents pour nous retrouver prestement 300 mètres de dénivelé plus bas. Daprès le guide de Jacques et Nathalie cétait la partie la plus difficile de la randonnée. Nous ne partageons pas cet avis, nous avons juste les chaussures un peu humides lors de nos franchissements des ruisseaux. Le fait de ne pas rencontrer de moustiques de ce coté ci de la montagne contribue grandement à rendre notre progression plus agréable.
Je vous avais entretenu à Celestine Lake dun axiome qui disait en substance que cétait à léquipement que lon mesurait la distance séparant le campement de la civilisation. Visiblement celui de Donaldson est plus proche du bout du monde que du bistrot du coin. Il ny a même pas demplacement pour planter les tentes, juste une caisse en fer pour le feu. Nous réussissons néanmoins à trouver un endroit sans souche ni racine pour nous reposer. Il y a un ruisseau qui passe juste à coté, dommage que Jacques nait pas voulu emporter sa canne à pêche, il aurait peu être pu attraper un saumon. Preuve du caractère glacial de ces eaux, échappant une petite cuillère dans les flots, je nai pas le courage de plonger mon bras en entier afin de la récupérer!