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Le mont Robson

Au petit matin, la tente rouge a disparu. Seules les braises ardentes nous rappellent le souvenir de la rencontre d’hier. Le superbe trône taillé dans une souche doit appartenir au roi de la forêt. Qui est il ? Les avis divergent, le grizzly, le carcajou, le moose? Mais que dire du pèse personne que Christian découvre, il n’appartient sûrement pas au roi de la forêt mais plutôt au bourreau de celle ci, l’homme. Il y a tout autour du camp une multitudes de petites crottes ovales remarquablement calibrées, ce sont les déjections d’un orignal nous ont appris nos randonneurs d’hier. Le ciel est bleu et la journée s’annonce superbe. Aujourd’hui nous devrions pouvoir admirer le mont Robson le point culminant des Rocheuses canadiennes avec ses 3954 m dont 3000 dominent directement la vallée, tout en sachant que les sommets de la chaîne côtière dépassent les 4000 et que le toit du Canada se trouve dans le Yukon en la personne du mont Logan fier de ses 6050 m au dessus du niveau de la mer. C’est sans doute la proximité de la Civilisation qui nous fait avancer si rapidement. Le pas est aussi léger que celui de nos sacs à dos libérés du poids des encombrantes boites de conserve.

Au sortir de la forêt nous apercevons un pic tout de blanc vêtu. Il semble peu impressionnant mais la neige qui l’habille est la garantie de son altitude. Le mont Robson pensons nous a tord. Quelques kilomètres plus loin le doute n’est plus permis. Une immense silhouette miroitante se détache de l’horizon. Bien plus haute que le contrefort que nous imaginions roi, alors que ce n’était que le valet (en fait le mont Cinnamon 2735 m), le mont Robson, le but ultime de notre voyage, le voilà enfin, l’objet de notre souffrance. Je dois admettre qu’il est magnifique. Il a la forme d’une gigantesque molaire acérée. Ses flancs coniques, creusés de ravinements symétriques, semblent gaufrés. La neige qui le recouvre presque en sa totalité le rend invisible sous certains angles tant la réverbération du soleil est importante. C’est un spectacle dont on ne se lasse pas. Le plus remarquable reste cependant qu’aucun nuage ne vienne assombrir ce panorama, une tempête de ciel bleu sublime sa majesté Robson. Lorsque l’on sait que cette montagne n’est visible seulement douze jours par an l’on peut mesurer la faveur dont elle nous fait grâce. Il est simplement regrettable qu’elle porte le nom d’un obscur fonctionnaire canadien au lieu de son nom indien.

Nous faisons halte au campement d’Adolphus non sans s’être accordé quelques frayeurs lors du franchissement d’un torrent sur deux troncs de bois flexibles. Le camp est très coquet avec ses nombreuses fleurs de pissenlit. Christian se met à rêver d’une randonnée en automne où nous nous nourririons de saumons frais, de champignons et de salades de pissenlit. Le camp est doté de « privy trois étoiles » avec vue imprenable sur le mont Robson. Qu’il est difficile d’abréger une sieste si bien entamée au soleil. mais le devoir nous appelle, une longue route reste à parcourir. Un gros coq de bruyère traverse devant nous sans grand émois, on voit bien qu’il n’a jamais vu un chasseur de sa vie celui là. Au détour d’un petit lac nous retrouvons nos Français de la veille en train de pêcher. Malgré le fait que l’un d’entre eux soit obliger de marcher en mocassins (un porc-épic ayant pris ses chaussures pour un amuse-gueule) nous estimons que leur rythme de marche est plus qu’honnête. Après quelques mots d’encouragements réciproques nous reprenons nos chemins respectifs. La piste est facile à suivre, elle nous mène directement au pied du mont Robson. Nous atteignons un vaste plateau caillouteux qui sert de glacis à la forteresse de glace. On se sent tout petit devant ce géant menaçant. Nous franchissons la frontière de l’état d’Alberta pour entrer en Colombie Britannique. Le sommet du col affiche la cote 1652 m d’altitude. A cet endroit le parc régional du mont Robson succède au parc national de Jasper. Le point de vue est exceptionnel. Le glacier du versant nord du Robson vient se déverser dans un lac bleu azur en formant d’éphémères icebergs. Improbable spectacle que cette fusion élémentale digne de la création du monde. La glace, l’eau, la roche et le ciel immaculé ainsi confondus pour créer une symphonie picturale d’une pureté rare. Nos huit jours de marche se trouvent enfin récompensés par ce spectacle .

Le chemin contourne le lac Berg par la droite pour s’enfoncer dans des bosquets de résineux. Nous croisons nos premiers randonneurs venus de l’autre coté de la North Boundary Trail a quelques kilomètres d’ici. A partir de cet instant les rencontres s’accélèrent pour devenir quasi continues. La descente est vertigineuse, le petit sentier poussiéreux s’est transformé en un périlleux escalier de pierre. Nous franchissons de larges piémonts rocailleux, traversons d’impétueux torrents sur des ponts suspendus, contournons des petits lacs croquignolets, admirons les imposantes chutes de l’Empereur, pour enfin arriver dans un campement la nuit. tombée. Bien que préparés par notre rencontre d’hier aux prémices de la civilisation le choc est difficile à gérer. Il faut chercher un emplacement de libre pour nos tentes, partager le foyer ou attendre son tour pour faire la vaisselle. Les trente kilomètres d’aujourd’hui ont éprouvé les organismes et notre patience. C’est ainsi que nous avalerons une soupe tiède à cause d’un énorme four en fonte incapable de se réchauffer malgré les grandes quantités de bois consumé.

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