Une énorme masse blanche émerge de la mer de nuages que nous survolons.
Tel un iceberg au milieu d'un océan glacé, un sommet déchire le ciel.
" Chimborazo " laisse échapper Christian. Cette montagne à la stature
imposante sera notre juge de paix, serons-nous capable de franchir la barre
mythique des six milles pour vaincre ce prestigieux sommet ?
Quelques minutes auparavant c'était le Cotopaxi que nous admirions.
L'Equateur et ses volcans nous attendent et nous sommes impatients de se mesurer à eux.
Guayaquil 18h30, la nuit tombe sur la cité portuaire. L'air poisseux
et la chaleur humide du Pacifique nous souhaitent la bienvenue.
Pour des raisons d'acclimatation à l'altitude nous aurions bien souhaité
atterrir à Quito, seulement le vol était complet. Nous tirons quelques
dizaines de milliers de Sucres, la monnaie nationale (1 Franc=2000 Sucres),
au distributeur automatique, puis nous hélons un taxi. Les guides
touristiques sont relativement peu élogieux vis à vis de Guayaquil,
ils la qualifie même de " ville dangereuse à éviter ". Le premier hôtel
sur notre liste est l'hôtel " Ecuador ". Delphine et moi descendons afin
de jauger les chambres. C'est vite vu. La prolifération de la micro faune
dans la chambre défraîchie nous donne la nausée. Fred et Christian nous
accueillent avec des sourires nerveux. Juste le temps pour eux de se
dégourdir les jambes qu'ils sont rattrapés par la réalité criminelle.
Fred apercevant des pieds dépasser du coffre de la voiture s'est vu
obligé de jouer les vigiles de banlieue afin d'expulser un voleur au
visage d'adolescent. Le ton est donné, il faudra rester vigilant. La
mauvaise réputation de Guayaquil n'est donc pas usurpée.
Un tube de néon bleu à la lueur blafarde indique l'emplacement de notre
deuxième choix : "le California" qui n'a de californien que le nom. La chambre est sensiblement plus propre
et nous concluons l'affaire pour 14 $. Une petite cafétéria nous permet un
premier contact avec la cuisine équatorienne, soit disant délicieuse. Je
commande un "cebiche", plat typique à base de poisson bouilli, les autres
se contentent de "frittas papas". Echaudés par l'incident de tout à l'heure,
las du long voyage, l'ambiance est morose d'autant plus le pays semble en
pleine crise sociale. A en croire les coupures de journaux, une grève des
routiers paralyse le pays depuis deux jours, et une révolte indienne est
sur le point d'éclater. Le gérant de l'hôtel nous confirme les faits sans
pouvoir nous fournir d'informations plus précises. Christian lie conversation
avec un couple de touristes allemands qui revient de Quito.
Selon eux les routes sont coupées et la seule alternative de bon sens
serait de rejoindre la capitale par la voie des airs. Nous décidons
d'attendre demain pour faire des choix. Fred pense contacter l'agence
de voyage que ses parents avaient utilisée lors de leur séjour en Equateur.
Dans notre parcours idéal nous devions rejoindre paisiblement la ville de
Cuenca au sud du pays puis faire un trek dans le parc national de Sangay
qui nous préparerait à une ascension du Cotopaxi (5897m) et surtout du
Chimborazo (6316m). Ensuite nous devrions visiter une mission tenue par
une religieuse française avec laquelle Delphine est en contact, rallier
Quito puis terminer en Amazonie. Il est clair qu'une arrivée anticipée à
Quito bouleverserait nos plans.
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