Le mystère des deux hémisphères
Equateur (Episode VI)
Etrange pays baigné par deux hémisphères où les papillons sont plus gros que les oiseaux.
Carnet de bord
Travelogue
La carte
Les photos

Le trek du Condor
El Ruminahui
Le Cotopaxi

Voir Quito
Telex
Les chansons

Le coup de coeur

Bestiaire
La Fable andine
Liens

Write / Escribir / Escrieben Ecrire

Récits/Home

Free counter and web stats

Quito

Vendredi 17 juillet

Les aboiements des chiens errants, le vrombissement d'hélicoptère du ventilateur, et la tuyauterie chantante de la chambre ont gâché notre nuit. Après un petit déjeuner frugal, Fred, le plus hispanophone d'entre nous tente d'appeler un contact à Cuenca. Il s'agit d'un guide avec lequel ses parents avaient fraternisé lors de leur dernier séjour en Amérique Latine. Bonne surprise, le téléphone fonctionne et la personne répond dans un français impeccable. Malheureusement les nouvelles ne sont pas fameuses. Le réseau routier du pays est paralysé par une grève des routiers et des taxis, de plus des cohortes d'indiens armés marchent sur Quito.

La voie terrestre nous étant interdite nous rallions l'aéroport dans l'espoir d'une solution aérienne. La vue du tableau d'embarquement égrenant de nombreuses destinations nous conforte dans notre choix. Nous avons de la chance, l'avion vers Cuenca part dans une heure. Le guichet de la TAM est pris d'assaut par une foule de locaux aux impressionnants bagages. Au moment ou venait notre tour un jeune resquilleur accompagné d'une hôtesse nous brûle la politesse. Sous nos yeux médusés, le gamin règle cash, à grands renforts de billets soigneusement roulés en liasse. Cet avorton fortuné nous prive de la dernière place disponible sur ce vol. Il est difficile de garder son calme dans de telles circonstances d'autant plus que c'était le seul vol de la journée. Dépités, nous bouleversons nos plans initiaux pour prendre le prochain avion vers Quito.

Nous quittons l'aéroport Simon Bolivar de Guayaquil pour nous retrouver, une heure plus tard, sur la piste de l'aéroport Marichal Sucre de Quito. Les deux Libertadores ont laissé une trace indélébile dans la toponomie latino américaine , tant il est vrai que tout ce qui ne s'appelle pas Sucre s'appelle Bolivar . Le soleil, les collines boisées d'eucalyptus, la douceur du climat : Quito l'équatorienne rappelle Cuzco la péruvienne.

A la sortie de l'aérogare une file impressionnante de taxis bloque la circulation. La réalité de la grève nous rattrape brutalement. Un jeune étudiant jouant au taxi pirate nous propose une course pour deux dollars. Nous acceptons devant le manque de solution. Le chauffeur nous confirme le blocus de la sierra par les mouvements sociaux. Il nous propose gentiment de nous servir de guide dans Quito, mais "pas aujourd'hui, à cause des manifs". Les gardes boue de sa voiture, comme de nombreux autres véhicules, sont garnis de branches d'arbres. Ce stratagème permet de débarrasser la chaussée de la multitude de petits clous semés par les grévistes mécontents. Le taxi nous dépose sur la calle Amazonas, l'artère la plus dynamique du nouveau Quito. Les rues larges et aérées, les bâtiments modernes, les nombreux parcs confèrent à ce quartier un cachet occidental.

Nous choisissons un hôtel coquet dans la rue Juan Léon Mera. La "Tortuga Verde" avec son patio et ses fresques murales sera un parfait camp de base pour nos excursions quiteènnes. Nous prenons une chambre pour quatre. Le prix est modéré, 40000 sucres (un franc = 2000 sucres) par personne.
br> Selon notre plan initial nous devions terminer notre voyage par la capitale, du coup nous devons revoir notre programme de A à Z. La Sierra étant bloquée il nous reste la solution des Galápagos ou de l'Amazonie. La première éventualité se révélant hors de prix nous recherchons un tour vers "l'Oriente". Les possibilités ne manquent pas mais nous nous heurtons à un problème technique. Christian et moi n'avons pas suffisamment de traitement antipaludéen pour l'ensemble du séjour, car nous avions prévu cette excursion pour la fin de notre périple. Après avoir écumé trois pharmacies, nous constatons que la savarine n'est pas un médicament courant en Equateur. Un coup de téléphone au médecin de l'ambassade de France s'avère également infructueux. Reste la solution du South American Explorer Club (SAEC), ce mythique lieu de rencontre de tous les aventuriers du nouveau monde. A l'évocation de ce nom le visage de Fred s'illumine, ah le SAEC dont les membres les plus fameux se nommèrent Ernest Hemingway ou Thor Ordeval, l'homme qui a traversé le Pacifique sur le Kon Tiki. Voilà bien un endroit où nous pourrons trouver assistance.

Le siège du SAEC se trouve à deux blocs d'ici dans une maison bourgeoise. Nous sommes accueillis par un jeune américain déluré. Barbu, cheveux décolorés , affublé d'un T-shirt moulant orange fluo il semble tout droit sorti d'une rave party. Il nous installe dans un vestibule où nous attend une américaine au visage bouffi. A peine avons nous décliné notre identité, que la mégère vient à pester contre ces maudits français qui rechignent à payer la modique cotisation de 40 $ (soit beaucoup plus que le prix du médicament que nous recherchons !). Devant notre insistance elle daigne demander à ses collègues, dans un beuglement inintelligible, s'ils ont de la savarine. Réponse négative, nous comprenons que le moteur de ce bureau est bien le fric et non pas l'entraide entre baroudeurs. Christian, qui a contacté un défenseur des tapirs sur Banos, tente d'intéresser notre interlocutrice au problème de la protection de l'environnement. Peine perdue, ne nous écoutant même pas elle nous montre, toute fière, une photo qui selon elle symbolise le mieux l' Equateur. On peut y voir deux enfants déguisés en clown : consternant ! Le grotesque succédant à l'incompétence nous quittons sans un regard ce ramassis de briseur de rêves.

Les options se réduisent comme peau de chagrin, serons nous contraints, comme les touristes belges que nous avons croisées tout à l'heure, à un séjour plus long que prévu à Quito ? Sur le chemin de l'hôtel nous passons dans une agence de trek. Initialement nous avions prévu de faire la randonnée du camp de base de l'Altar. Le gérant nous confirme que ce trek n'est actuellement pas faisable à cause du blocage de la panaméricaine, cependant il nous propose une alternative : le trek du condor. D'une durée de quatre jours, il relie deux des plus prestigieux volcans d'Equateur : l'Antisana et le Cotopaxi. Cet itinéraire reste possible car la route qui mène au point de départ reste praticable. Le contact passe particulièrement bien avec la personne de l'agence. Toujours à l'écoute, Eduardo Agama, nous trace l' itinéraire et adapte ses prix en fonction de nos objectifs. La négociation s'avère fructueuse, puisque nous passons de 65$ à 40$ par jour, tarif comprenant la location de deux chevaux et de deux guides. Christian et moi incluons une option, pour l'ascension du Cotopaxi pour 110$ par personne. Eduardo, andiniste confirmé, sera notre guide vers le sommet. Le départ est fixé pour le surlendemain, comme ça nous aurons le temps de visiter la ville. C'est la première bonne nouvelle depuis que nous sommes arrivés en Equateur !

La nuit, le nouveau Quito est très animé surtout les calle Amazonas et Juan Léon Mera. Souvent décrite comme dangereuse, à cause de la récession économique qui frappe le pays, la cité quiteniene n'est pas le coupe gorge annoncé (contrairement à Guayaquil !). Cependant la présence de gardes armés aux alentours des banques et des hôtels incite à la prudence. Le soir nous dînons dans un restaurant à la décoration kitsch pour 72000 sucres par personne.

Précédent/Back Suivant/Next

Bolivie-Pérou | Patagonie | Canada