Le mystère des deux hémisphères
Equateur (Episode VI)
Etrange pays baigné par deux hémisphères où les papillons sont plus gros que les oiseaux.
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Mas Piquante ?

Mercredi 21 juillet

La brume se dissipe lentement sur les flancs du Pinchicha. La silhouette menaçante du volcan représente une épée de Damoclès pour la ville de Quito. Ce doit être une sensation étrange que de vivre ici, même si la dernière éruption date du temps des conquistadors. Victor nous quitte de bonne heure avec ses deux équidés, car il doit rentrer chez lui à pied. Vers dix heures notre véhicule apparaît, il est conduit par un jovial barbu que nous avions déjà aperçu à l'agence Agama. Après un petit conciliabule avec Marco il décide de nous mener à Quito avant de relier le Cotopaxi. En effet ce dernier semble vouloir passer chez lui afin de prendre des affaires. Sur la route Fred nous fait écouter sa cassette de Manu Chao, le chanteur français étant paraît-il très apprécié en Amérique Latine. Seul le nom de la Mano Negra semble évoquer quelques souvenirs pour le chauffeur, mais guère plus.

Arrivés à Quito, Marco s'invite au domicile de son patron et nous confie à une jeune femme dont je ne sais si c'est la femme ou l'employée de maison de Eduardo. Le champion du Cotopaxi habite une coquette petite villa au pied du Pinchicha. Nous sommes autorisés à utiliser la douche, ce qui est un vrai bonheur. Dès lors nous sommes plus présentables pour un rapide déjeuner. Marco est de retour avec des habits propres et le matériel de haute montagne (crampons, cordes et piolets). Eduardo étant retenu sur l'Iliniza, Il nous annonce qu'il sera notre guide pour l'ascension du Cotopaxi. Christian et moi sommes déçus de ne pas avoir Eduardo en chef de cordée, comme initialement prévu. Ce eut été un honneur de suivre le célèbre andiniste sur les pentes enneigées du volcan.

Nous quittons la capitale en début d'après midi. Sur une bretelle d'autoroute , nous sommes arrêtés par la police pour excès de vitesse. Après moult palabres Marco se voit malencontreusement obligé d'acquitter une amende de 10$ ; ce qui est une somme rondelette pour un équatorien. Bientôt nous circulons sur la fameuse panaméricaine, cette route mythique qui traverse le continent de part en part. De Panama City à Valparaiso de Lima à Santiago, c'est à la fois une ligne de vie, un pan d'histoire, et une frontière qui a excité l'imagination et les fantasmes les plus fous. Les rêves d'or ou de gloire ont guidé les plus pauvres et plus puissants au travers ces montagnes , foulant ce sol volcanique qui a donné son nom aux Andes. Cette portion fut baptisée "l'avenue des Volcans" par l'explorateur Alexander Von Humboldt. En effet on recense une cinquantaine de cratères le long de la partie équatorienne cette artère. Ainsi nous dépassons successivement le Pinchicha, le Pasochoa, le Corazon, Le Santa Cruz, Le Ruminahui, l'Iliniza.

Après une heure et demie de route, nous tournons à gauche pour entrer dans le parc national du Cotopaxi. Les portes sont closes et Marco doit discuter ferme avec des fonctionnaires à l'haleine éthylique afin de pouvoir passer. La route poussiéreuse part à l'assaut des pentes boisées du volcan. Nous doublons, dans un grand nuage blanc une bétaillère transportant une cargaison de jeunes écoliers en uniformes bleus. Le ramassage scolaire semble moins confortable mais beaucoup plus amusant qu'en Europe. Nous faisons halte quelques instants au musée du parc. Une série d'animaux empaillés permet d'apprécier la diversité de la faune locale. On apprend ainsi que "el lobo" désigne le renard et "el zorro" le skons, mais le plus majestueux reste ce condor à l'envergure impressionnante.

Le soleil est déjà bas dans le ciel lorsque nous pénétrons sur le plateau du Cotopaxi. Le sommet du volcan est couvert par la masse nuageuse, cependant nous pouvons apercevoir les premières neiges. La base de la montagne est un cône parfait aux dimensions gigantesques. A ce moment je réalise l'ampleur de la tâche qu'il nous reste à accomplir. Il faudra de la sueur et des larmes pour venir à bout de ce géant. Nous campons non loin d'une lagune dans un bosquet à l'abris du vent. Nous sommes à 3800 m d'altitude à égale distance du Ruminahui et du Cotopaxi. Le soir venu, pour nous donner du courage, Marco nous sert de grandes rasades d'un alcool local qu'il a rebaptisé sobrement " piquante". Dès lors les étoiles de la Croix du Sud me passent une à une au travers de la tête puis regagnent leur firmament dans un grand éclair d'argent.

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