L'épais brouillard matinal étouffe en partie les cris de rage de Marco. En effet un "zorro" s'est introduit dans la tente voisine lors d'un raid nocturne, et a dévoré tout le fromage et une bonne partie du pain. Ce vandale nous prive d'un petit déjeuner qui aurait pu être plus copieux. Autre sujet de déconvenue, notre bosquet sert de lieu d'aisance pour les campeurs d'en face, le démantèlement du bivouac se fait donc avec un luxe de précautions. Le programme d'aujourd'hui comprend l'ascension du Ruminahui
et la digestion des 4700 m d'altitude correspondant.
Il est 8h30 lorsque nous attaquons les premières pentes du volcan éteint. Le temps est froid et la visibilité réduite. La végétation rase et sèche contraste avec celle rencontrée lors du trek du condor. Après une heure de marche nous émergeons de la brune et apercevons enfin devant nous les trois pics rocheux qui forment le sommet du Ruminahui. Contrairement au Cotopaxi l'arrête sommitale est vierge de neige. Le nom du volcan vient d'un illustre général inca qui s'est battu jusqu'à la mort pour mettre en l
ieu sur les richesses du roi Atahualpa. Depuis, la cache de ce fabuleux trésor n'a toujours pas été découverte.
Une petite descente permet de se relâcher un peu. Au fond de la compression, la présence inattendue d'un couple de chevaux, nous étonne. Voilà des bêtes qui ne doivent pas manquer de globules rouges. Vu d'en bas, la voie vers le sommet semble toute tracée. Il faut gravir l'éperon situé au nord, puis suivre la crête jusqu'au point culminant. La montée ne présente pas de difficulté particulière, il faut dire que la marche sans sac à dos est beaucoup moins éprouvante. A 11 heures nous atteignons la première l
igne de crête située à 4100 m . La vue sur les deux vallées adjacentes est magnifique. Une ombre passe sur la sierra, le vol du condor n'est jamais chose anodine. En levant les yeux nous apercevons, haut dans le ciel, l'oiseau sacré. D'une envergure démesurée le rapace poursuit sa trajectoire circulaire avec une majesté rare.
L'assaut final se révèle plus difficile. Il s'agit d'une pente sablonneuse d'une déclivité de 45 degrés. Les bâtons télescopiques se révèlent fort utiles sur ce sol meuble. Les 50 derniers mètres sont une paroi rocheuse qui nécessite une attention soutenue. Nous atteignons le sommet vers 13 heures. Les 4712 m constituent un nouveau record d'altitude pour Delphine et Fred. Au loin la panaméricaine paraît minuscule. Nous ne nous attardons pas en haut car un vent glacial se lève. La descente est rapide. Nou
s pique-niquons sur un belvédère à 4300 m. En face, le Cotopaxi ne veut toujours pas dévoiler son extrémité. Marco nous montre un minuscule point jaune à la limite du glacier : le refuge où nous dormirons ce soir.
Une fois descendus jusqu'à la lagune nous embarquons derechef dans la voiture afin de rejoindre le refuge. La piste qui monte vers le camp de base est jalonnée de terribles virages en épingle. La route se termine à 4500 m d'altitude sur une plate forme qui sert de parking. Le refuge se trouve 300 m plus haut. Nous déchargeons nos affaires sur le sol noir. C'est lourdement chargé que nous entamons la monté finale. Marcher dans la cendre volcanique après une dure journée équivaut à un chemin de croix. Nous a
rrivons fourbus à la limite des neiges éternelles.
Le refuge est une grande bâtisse en pierre au toit jaune. L'intérieur est comparable aux refuges alpins. Il se décompose en une grande salle commune qui sert de réfectoire et d'un dortoir à l'étage. Le confort est sommaire mais il ne manque rien. Le prix de la nuitée est de dix dollars. Une vingtaine de grimpeurs occupe les lieux. Le français est la langue la plus représentée. Il y a là trois suisses romans, un couple de Français d'un certain age et un groupe de Québécois à la bonne humeur communicative. D
es Allemands et des Autrichiens sont également présents. Tous rêvent d'accrocher le Cotopaxi à leur palmarès. Nous ingurgitons un repas chaud puis partons nous coucher, épuisés que nous sommes par cette dure journée. Le réveil est fixé à minuit trente pour ceux qui tentent l'ascension. Delphine et Fred pourront dormir pendant que nous serons sur les parois enneigées du volcan.
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