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Riobamba

Samedi 24 juillet

Cette journée doit nous permettre de joindre deux contacts que nous avons dans la région : Sœur Thérèse et Ruben Nuñez.

C'est Delphine qui est en contact avec la religieuse française par le biais d'une amie commune impliquée dans une association humanitaire lyonnaise. Cette sœur, Thérèse, ou Marie-Louise Duvignaud de son nom civil, ou encore Teresita pour les intimes et les indiens, est installée depuis une trentaine d'années dans le village de Flores, à une demi-heure de route de Riobamba. Elle aide les indiens de son village et des villages alentours à vivre au quotidien.

Ruben Nuñez est un étudiant de Baños qui milite pour la cause écologiste et plus particulièrement celle du très rare tapir andin. Christian a établi une correspondance avec lui dans l'espoir qu'il nous serve de guide afin de débusquer le plus gros mammifère de ce continent. Nous tentons d'appeler, sans succès, ces personnes depuis notre hôtel. Nous laissons cependant des messages à nos interlocuteurs afin de signaler notre arrivée dans le conté du Chimborazo.

Riobamba est la capitale de la province la plus indienne du pays. C'est de là qu'est partie la révolte du début de notre séjour. Bénéficiant à 2800 m d'altitude d'un climat froid et sec la ville porte le surnom de "sultane des Andes". Cernée par de majestueux volcans dont le célèbre Chimborazo (6315m) la ville vit avec une épée de Damoclès au-dessus d'elle. Le temps brumeux de ce début de matinée ne nous permet pas d'admirer ces montagnes. Les rues, droites et larges, les bâtiments imposants du centre et les parcs arborés donne un air noble et prospère à la cité. C'est aujourd'hui jour de marché à Riobamba et tous les indiens des environs affluent vers la ville pour vendre leur maigre production. De petite taille, la peau cuivrée, les cheveux noirs et raides, vêtus du fameux poncho et toujours coiffés d'un couvre chef, les indiens sont facilement reconnaissables. Chaque groupe se différencie par la couleur du poncho et du châle. Les femmes arborent dans le dos, deux tresses serrées dans un ruban de couleur rouge.

Moins touristique que celui d'Otavalo, le marché semble plus authentique. Ce ne sont pas des babioles ou des colifichets qui sont ici exposés mais des objets de la vie courante comme des bassines en plastiques, du combustible, des produits d'entretiens ou des chaussures. Coté alimentation nous avons la surprise de découvrir un étal remplis de cuys! Devant nos yeux médusés un client tâte le ventre d'un cochon d'inde afin de voir s'il est assez dodu pour le repas dominical; Ce qui a pour effet immédiat de nous couper l'appétit. Je m'amuse du spectacle d'un éleveur qui attache son cochon à un réverbère avant d'entrer dans une boulangerie. Le marché vaut plus pour son animation que par son contenu marchand. C'est une succession de scènes de la vie de tous les jours, des tranches de vie qui forment un véritable spectacle à elles seules : C'est une procession de la Vierge précédée par un orchestre de type mariachi, c'est un camelot qui vends des fœtus de lama et des carapaces de tatous, c'est un indien qui transporte une bonbonne de gaz sur son dos. Un attroupement attire notre attention. Un homme à la queue de cheval hypnotise la foule avec un discours visiblement très militant. C'est en fait un chanteur qui présente le contenu de sa dernière cassette avec conviction et véhémence. Au bout de dix minutes de propagande il entonne enfin ses premiers refrains. Malheureusement son talent musical ne semble pas à la hauteur de son talent d'orateur et la foule se disperse.

A propos de hauteur, bien que n'étant pas des géants nous dominons les locaux d'une bonne tête. Sur un mur, en lettres rouges, un slogan résume le mal être social du moment : "solo la revolucion es solution". Nous finissons notre visite par des emplettes, Christian achète un poncho pour 72000 sucres et Fred deux figurines de lama qu'il compte bien offrir à son futur neveu. Il est midi et nous remontons vers la place de l'église. Un joli petit parc, où l'on peut admirer de nombreux colibris en train de butiner, domine la colline. De ce belvédère nous apercevons la base du Chimborazo sans en deviner le sommet. A deux pas du lieu de culte une fresque murale représente un inca pratiquant un sacrifice. Etonnant résumé d'une société complexe et métissée.

L'après midi Christian et moi décidons de nous rendre dans un village réputé pour son artisanat et ses tapis ; Delphine et Fred préférant rester flâner dans Riobamba. Nous prenons un taxi en direction de la sierra. La localité de Guano est une bourgade perdue sur un flanc de montagne rocailleux. Les tapis en laine de lama n'ont rien de commun avec les ouvrages orientaux. Le trait est ici nettement plus grossier et les coloris simplistes (noirs et blancs), seuls les motifs naïfs sauvent l'ensemble. Au loin nous distinguons la silhouette enneigée de l'Altar (5310 m) point culminant du parc Sangay. Nous ne nous attardons guère et redescendons dans la vallée.

De retour à l'hôtel nous avons plus de réussite avec nos coups de fil. Delphine arrive enfin à joindre sœur Thérèse. Elle nous attend dans la mission de Flores pour le déjeuner de demain. Delphine nous confirme que la religieuse à l'air aussi chaleureuse que dans ses courriers et quelle est impatiente de nous voir. De son coté Christian arrive à joindre Ruben Nuñez, après une courte conversation Christian annonce notre arrivée à Baños pour dans deux trois jours, ce qui semble réjouir notre interlocuteur. La nuit est tombée sur Riobamba, les premiers frimas sont là et nous ressortons les polaires du Cotopaxi. Nous dînons dans la modeste pizzeria qui jouxte l'hôtel, l'établissement attend que nous finissions notre repas pour fermer ses portes, il est alors à peine huit heure…

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