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Soeur Thérèse

Lundi 26 juillet

La journée débute par un savoureux petit déjeuner. Thérèse nous a préparé sa spécialité : un délicieux cocktail de fruits à base de tomates arboricoles, d'oranges de citrons et papayes. Elle est ravie d'apprendre que nous avons réussi à faire fonctionner l'eau chaude dans les douches du dortoir. Nous n'avons pas de mérite, c'était le même modèle électrique que nous trouvions en Bolivie, trois années auparavant. Nous partons en 4 x 4 vers le dispensaire de Guantul qui est le lieu le plus important de la mission. Le dispensaire a été construit sous l'impulsion de Thérèse, il est animé par le docteur Joaquim Cevallos qui ausculte gratuitement. Le dispensaire se trouve sur la colline voisine, mais le joindre en voiture demande d'emprunter un long chemin de traverse. La piste est jonchée d'arbres coupés et de reste de récentes barricades. Thérèse, insatiable bavarde continue de nous abreuver d'histoires toutes plus surprenantes les unes que les autres. Ici c'est un lobo qui hante une quebrada, là un campesino a trouvé des ossements de dinosaure. La conversation se fait plus grave. La communauté catholique de Florès doit faire face à l'inimité d'une partie de la population qui est sous l'influence de puissantes "sectes" protestantes made in USA. Comme nous traversons une communauté rivale, nous apprenons que la lutte d'influence prend la forme de menaces et parfois même d'affrontements. Thérèse nous fait arrêter à un endroit pour admirer une chossa, une hutte indienne faite de chaume et de boue séchée.

Guantul est un petit centre social niché à 3500 m d'altitude au sommet d'une colline qui domine les environs. Il y a là, le dispensaire proprement dit, une petite chapelle et deux bâtiments de service. Le docteur est déjà présent. C'est un médecin de Riobamba qui officie bénévolement une fois toutes les trois semaines. Joaquim Cevallos est un homme de forte corpulence et à la voix douce. Sa journée est très chargée. Il doit examiner les nombreux patients et assure le suivi des précédentes consultations. Deux promoteurs José et Manuel l'assistent dans sa tâche, ils servent de relais au docteur et s'assurent que le malade suive bien le traitement. Thérèse assiste aux consultations et prend ainsi des nouvelles de familles qui n'ont pas le temps de passer à la mission. Dehors les patients attendent longtemps, parfois même toute la journée. Nous sommes accueillis par un jeune indien au poncho rouge et aux bottes noires qui nous fait faire le tour du propriétaire. Du haut de la butte, la vue est incroyable. Tous les versants sont cultivés jusqu'au sommet en une multitude de petites parcelles transformant la montagne en un gigantesque patchwork multicolore. La montagne semble brodée par le travail des hommes en d'innombrables pièces festonnées allant du vert au jaune. Notre guide nous signale l'Altar, le Sangay, le Tungurahua, sans que nous puissions les apercevoir, les nuages bas couvrant ces volcans.

Nous discutons de tout et de rien, de la vie en France, du pourquoi de notre visite. A mesure que nous conversons, les gens viennent spontanément nous saluer, nous glisser un mot gentil, ou nous gratifier un sourire. Au début, un peu timide avec nos appareils photo, Fred et moi perdons toute inhibition lorsque Thérèse nous incite à prendre une série de portraits des paysans de la communauté. Une succession de visages rayonnants illumine nos objectifs devant un décor de rêve. Nous finissons par des clichés de la coquette petite église rouge et jaune qui est la fierté des habitants du village. A coté de la chapelle se trouve un élevage de cochon d'indes, les cuys sont calibrés d'après leur taille (de 1 à 7) et répartis dans des sortes de clapiers. Il paraît que leur chair est réservée pour les repas de fêtes.

La journée se poursuit, rythmée par le va-et-vient des visites médicales. Delphine, assiste avec Thérèse aux auscultations. Les garçons restent dehors à contempler les paysages et à converser avec les gens de la communauté. Vers 16h00 nous rentrons tous les quatre, laissant Thérèse et le docteur terminer leurs consultations. Nous revenons à la mission à pied. Notre guide est le fils de José, le jeune enfant nous fait découvrir un raccourci à travers champs qui nous permet un retour rapide. Finalement Thérèse arrive plus rapidement que prévu, elle décide d'aller faire quelques achats à Riobamba en compagnie de Delphine. Les hommes restent tranquillement à la maison, en essayant de concocter un bon repas pour la soirée. La nuit tombe vite dans les montagnes. Un froid vif envahit la demeure. Des ombres inquiétantes vacillent à la lueur de la lampe extérieure. L'atmosphère nous rappelle le scénario d'un film d'épouvante, une grande demeure isolée habitée par des jeunes gens insouciants. Le vieux chien de la mission hurle à la mort. Christian, très en verve, évoque un monstrueux personnage issu des pires passages de notre voyage, il s'agit d'un clown (cf. le South American Club Explorer) armé d'une tronçonneuse vociférant "mas piquante" (cf. l'expression favorite de notre guide de trek). L'idée est jubilatoire et délicieusement effrayante. Seulement, nos amies ne sont toujours pas rentrées et le crépuscule bien avancé. Les récits de Thérèse nous reviennent en mémoire : les enlèvements entre les communautés, la lutte contre les évangélistes, les mèches de cheveux déposées par des sorciers, nous ne sommes pas vraiment rassuré. C'est avec soulagement que nous entendons le 4x4 rentrer dans la cour. Il y a avait du monde en ville, et Thérèse avait beaucoup d'achats à effectuer. Delphine nous fait saliver en nous racontant qu'elle a aperçu la splendide silhouette du Chimborazo dans son intégralité. Des plaques à vent se forment en cette saison, nous ne tenterons pas l'ascension, mais ça nous le savions depuis quelques jours.

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