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Etrange pays baigné par deux hémisphères où les papillons sont plus gros que les oiseaux.
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Cuenca

Lundi 2 août

Cuenca est la troisième ville d'Equateur après Guayaquil et Quito. Elle a le charme et la sagesse des provinciales. Notre hôtel donne sur la place du marché qui est déjà animée à cette heure ci. Malheureusement le temps est pluvieux. La météo capricieuse donne le blues à notre équipe et plus particulièrement à Delphine qui aurait souhaité rester plus de temps auprès de sœur Thérèse.

Nous commençons à parcourir les rues en damier de la cité historique. Cuenca est célèbre pour ses nombreuses églises et couvents. C'est également le principal lieu de fabrication du fameux panama, le roi des chapeaux, qui fit jadis la fortune et la renommée de la ville. Les balcons fleuris, les portes en bois et larges trottoirs contribuent à faire des rues de Cuenca un agréable lieu de promenade. Nous entrons dans un café restaurant sous des arcades pour prendre un petit déjeuner. Le "Raymipampa" ressemble à une brasserie chic parisienne. La clientèle est composée d'un groupe d'étudiants potaches, de quelques rares touristes et de fiers notables ou intellectuels à la moustache grisonnante et au verbe sûr. Viennoiserie et jus de fruits frais nous réconcilient avec ce début de journée maussade. Dehors une manifestation d'indiens trouble la quiétude de l'endroit. Leur slogan est sans ambiguïté : RESPECTO ! Ces temps ci les éruptions sociales sont plus dangereuses que les éruptions volcaniques. La spacieuse place centrale de Cuenca est dominée par la nouvelle cathédrale Immaculée Conception, l'un des édifices les plus imposants de la Chrétienté. L'édifice réunit trois styles, roman pour le bâtiment, Renaissance pour le toit, et gothique pour la flèche. Terminée au XIXème siècle cette imposante cathédrale se signale de loin par ses trois coupoles bleues. L'intérieur est décevant, la décoration sommaire n'est pas au niveau de la façade.

L'après midi, Christian et moi visitons un ancien couvent restauré en musée. Une belle exposition de photos en noir et blanc nous éclaire sur le mode de vie des habitants au début du siècle. Nous retournons à l'hôtel pour prendre nos sacs à dos. C'est en franchissant une passerelle improvisée au-dessus d'une tranchée de travaux publics que l'accident survient : La planche craque sous mon poids et je chute lourdement au fond du fossé. J'arrive à m'extirper seul de la tranchée mais guère plus. Une vive douleur envahit ma cheville gauche. Un énorme hématome défigure le bas de ma jambe. Je souffre et ma cheville est extrêmement gonflée. Les autres me portent dans un taxi. Le chauffeur effectue bénévolement le tour de la ville afin de trouver de la glace pour mon entorse. Finalement, non loin du terminal terrestre une vendeuse de boisson fraîche me fournit une poche de glaçons qui anesthésie la douleur. C'était bien la peine d'escalader le Cotopaxi, de randonner en altitude, d'affronter la jungle des tapirs pour finir au fond d'un trou dans une venelle d'une grande ville !

Nous prenons un bus en direction d'Ingapirca, le site archéologique le plus important du pays. Les ruines incas ne sont pas très nombreuses en Equateur parce que les guerriers du soleil n'ont que tardivement colonisé cette partie des Andes. Le bus nous dépose à Canar, le chef lieu du canton où nous devons patienter pour en trouver un autre pour Ingapirca. Nous arrivons sur place à la tombée de la nuit. Un hôtel récent a été aménagé au-dessus des ruines. Malheureusement "l'Hôtel Posséda Ingapirca" affiche complet. La situation n'est guère brillante : le seul hôtel du coin est complet, il fait nuit, le bus est parti, je ne peux pas poser le pied par terre et par-dessus le marché la pluie commence à tomber ! Il n'y a pas trente six solutions nous sonnons de nouveau à la porte de l'hôtel en espérant négocier l'autorisation de planter une tente dans le pré voisin. Un homme ouvre. Fred fait jouer ses talents de négociateur pour nous faire entrer dans la place. Après moult palabres le gérant de l'établissement accepte de nous faire rentrer. A vrai dire il nous propose de dormir dans la salle à manger, à condition que nous ayons tout remballé avant le service du petit déjeuner : accord conclu. Faisant acte de charité chrétienne, il renonce à nous demander un quelconque paiement ! Je ne savais pas que nous étions dans état tellement piteux que nous inspirions la compassion. Pour bien rester dans le registre "misérable", Christian et Fred me portent dans le salon. Il y a là un groupe d'italiens qui est en train de dîner. A voir le visage tuméfié de l'une des convives, ils viennent juste d'arriver en Equateur. La rétention d'eau étant l'une des premières manifestation du mal des montagnes. Nous sommes à 3200 mètres d'altitude et le feu de cheminé est le bien venu. Comme notre logement est gratis nous décidons de nous offrir un bon repas pour faire honneur à notre hôte. Le dîner est excellent, soupe, viande grillée et salade de fruits réconfortent notre estomac. Seul petit bémol, le vin est glacé, les Italiens partagent notre opinion vu qu'ils placent leur bouteille près de l'âtre. Une fois le repas terminé, nous aidons le serveur à débarrasser puis nous déplions nos sacs de couchage aux abords de la cheminée.

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