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Equateur (Episode VI)
Etrange pays baigné par deux hémisphères où les papillons sont plus gros que les oiseaux.
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L'autre Laguna Verde

Dimanche 1er août

La ville qui nous semblait sans intérêt au prime abord, se révèle être une jolie bourgade aux coquettes arcades et aux parcs ombragés. Notre chauffeur est à l'heure. C'est un moustachu entre deux âges qui conduit une américaine pas trop décrépie. Il nous confie qu'il faut de trois à quatre heures pour rallier la lagune de Quilotoa. Nous négocions la course pour un demi-million de sucres. Nous prenons plein ouest en direction des montagnes. La route est large et peu fréquentée. Nous dépassons le village de Sasquislii qui lui aussi est réputé pour son marché. A cet endroit nous avons la surprise de découvrir notre premier lama du voyage ! Les camélidés sont beaucoup moins nombreux dans cette partie des Andes que voudrait bien faire croire une imagerie populaire. Les paysages sont très différents de ceux que nous avons eu l'occasion d'admirer auparavant. Ils nous rappellent irrésistiblement la Bolivie. Le climat est beaucoup plus sec, des cactus et des plantes grasses poussent au milieu de la rocaille. Les nuages de l'Amazonie sont arrêtés par la chaîne des volcans, ce qui explique que la cordillère occidentale soit beaucoup plus aride.

Le véhicule est équipé d'un lecteur de cassette. Fred en profite pour nous faire écouter le premier album de Manu Chao aux consonances très latinos. La musique sied particulièrement bien à l'humeur du moment. J'ai l'impression d'être le héros d'un road movie à la sauce sud américaine. La montagne est superbe, les paysages de sierra défilent pour le plus grand bonheur des yeux. L'état de la route se détériore et notre chauffeur doit slalomer entre les nids de poule. L'altimètre indique 3200 m lorsque nous pénétrons dans Zumbahua. C'est un petit village perdu sur un escarpement rocheux de la cordillère. Quelques rares masures dessinent une rue principale et une place centrale. La route n'est plus goudronnée depuis quelques kilomètres. Deux, trois gamins nous dévisagent, même notre chauffeur semble mal à l'aise. Le temps semble s'être suspendu dans ce hameau qui rappelle irrésistiblement un spaghetti western. Je me félicite d'avoir pris un taxi pour la journée, depuis ce matin nous n'avons pas doublé ou croisé un seul bus. Nous faisons une pause au sortir du village. Deux lamas paissent dans un pré à l'herbe rare, une profonde faille taillade le sol, probablement le vestige d'une puissante secousse tellurique. Notre chauffeur en profite pour se renseigner auprès d'un campesino du chemin à prendre pour la lagune.

Finalement après une demi-heure de montée nous touchons au but. Nous gravissons quelques marches pour embrasser un panorama d'exception. Assis sur la lèvre du cratère nous dominons les eaux d'une bonne centaine de mètres. La lagune de Quilotoa est un volcan, dont la caldeira inondée forme un lac d'altitude. Les couleurs sont incroyables. La lagune verte émeraude semble suspendue entre terre et ciel. Dans le lointain l'on distingue nettement deux des plus hauts volcans d'Equateur, les Ilinizas nord et sud. Le ciel est limpide, mais le vent violent, la température est fraîche à 4000 mètres d'altitude. Il semble qu'un étroit sentier descende de la falaise jusqu'au lac. Il n'est pas conseillé de musarder dans le fond du cratère, car les eaux volcaniques sont susceptibles de rejeter d'importantes quantités de dioxyde de carbone sans prévenir. Nous restons quelques instants à contempler en silence ce spectacle grandiose. Il est curieux qu'une telle merveille de la nature ne figure pas en bonne place dans les attractions touristiques d'Equateur. Le peu de publicité faite autour de cet endroit est surprenant. Même notre chauffeur, qui réside à moins de cent kilomètres de la lagune, n'y avait jamais été.

Le retour se fait à grande vitesse, d'une part parce que le dénivelé est plutôt descendant et d'autre part parce que notre chauffeur est pressé de rentrer avant la fin du déjeuner dominical. Nous sommes de retour à Latacunga vers 13h30. Une chicane de dernière minute vient ternir nos rapports avec notre aimable chauffeur, il nous réclame un surplus de sucres eut égard à sa diligence. Nous refusons, à son grand désarroi. Ce qui est dit est dit, nous maintenons le prix initial. Sincèrement je ne pense pas que nous l'ayons floué avec 500 000 sucres pour mettre du beurre dans ses épinards. Nous nous retrouvons dans la même situation que quelques jours plus tôt lorsque nous descendions du Cotopaxi : Fâché avec guide local, nous voilà assis en bord de route, attendant un bus en direction du sud. Notre prochaine étape sont les ruines Incas de Ingapirca, non loin de Cuenca. Elles se trouvent dans le sud du pays à près de 350 km d'ici.

Il n'y a pas de bus directs, nous sommes obligés de faire des sauts de puces. Nous changeons de bus respectivement à Ambato puis Riobamba. Le sommet du Chimborazo est toujours couvert. La route est longue, une fois la nuit tombée on a même plus la distraction de regarder le paysage. Chose incroyable, le bus n'est pas équipé de vidéo. Les virages succèdent aux virages, les chaos succèdent aux chaos. Au bout de la nuit, le bus passe à Ingapirca sans que nous nous en apercevions, puis termine sa route à Cuenca. Il est 22h30 et nous sommes vraiment fatigués par le long trajet. Un taxi nous dépose sur une petite place où se trouve "l'hôtel del norte" à la gueule d'atmosphère. Nous prenons deux chambres pour 30 000 sucres par personne.

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