Le mystère des deux hémisphères
Equateur (Episode VI)
Etrange pays baigné par deux hémisphères où les papillons sont plus gros que les oiseaux.
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Et la terre trembla

Mardi 3 août

La lumière du jour nous réveille vers les six heures. Un généreux soleil semble briller à l'extérieur. Fidèles à notre promesse nous plions bagages avant le premier service. Nous remercions le gérant pour sa gentillesse et réglons notre note de restaurant qui s'élève à 165 00 sucres par personne. Quel plaisir de voir un beau ciel bleu sans un nuage. Une bonne nouvelle en appelant une autre, ma cheville a légèrement désenflé et je suis capable de marcher sans l'aide d'une personne. Le site archéologique se trouve juste en contrebas. Le ticket d'entrée est à cinq dollars. Pour celui qui a connu la vallée sacrée au Pérou, Ingapirca lui semblera moins majestueux et moins évocateur. Cependant les ruines sont bien conservées et l'ensemble est bien mis en valeur. Ce centre politico-religieux était une halte avant d'arriver à Quito. Les restes des appartements des religieux et des soldats occupent un large plateau qui domine une verdoyante vallée. Deux lamas paissent tranquillement au milieu des vieilles pierres, il n'y a pas de meilleurs préposés à l'entretien que ces camélidés. Les Incas avaient l'habitude de construire, à intervalles réguliers, le long de leurs fameuses routes, des relais fortifiés qui servaient de lieux de repos et de recueillement. Construit sur l'ordre de Huayna Capac en 1490, ce centre est le mieux conservé d'Equateur. Le souverain inca y séjournait lors de ces déplacements dans l'empire. Mais le bâtiment le plus étonnant reste cette construction de forme elliptique, sans aucun équivalent dans le monde inca. Haut de trois mètres sur une surface de treize mètres de large sur trente sept de long, ce vaisseau de pierres constitue une énigme. Les archéologues ont longtemps hésité quant à sa fonction exacte, lieu de culte ou forteresse ? Il semblerait que ce soit un temple dédié au soleil. Une superbe porte, typique de l'architecture inca en protège l'entrée. Les blocs de pierre sont ajustés au millimètre pré sans mortier ni ciment. Aucun interstice n'est visible sur les jointures, c'est véritab lement un travail d'artiste. Le site d'étend sur la colline voisine, on y trouve une pierre étrange en forme de baignoire puis une tête d'inca sculptée dans le rocher.

En redescendant vers l'entrée des ruines, Delphine et Fred nous interpellent vivement :"Vous avez senti le tremblement de terre ?". Nos amis étaient à l'intérieur du petit musée, lorsqu'ils ont nettement senti le sol bouger. Les murs, comme poussés par une force invisible, ont plié comme un roseau soufflé par une rafale, puis le gardien du musée s'est signé et a poussé un grand "ouf" de soulagement. A dire vrai, tout occupés que nous étions à marcher aux alentours, Christian et moi n'avons rien éprouvé. Deux minutes après la secousse les statues suspendues au plafond des vitrines par un fil, sont encore en train d'osciller. Il est étrange qu'au même endroit nos sensations aient été si différentes. Je suis curieux de connaître l'amplitude de cette secousse tellurique.

Nous quittons Ingapirca à bord d'une camionnette blanche. Entassés à l'arrière du véhicule la poussière nous empêche de profiter pleinement du paysage. Le chauffeur nous dépose au village de Tembo d'où nous attendons le passage d'un bus pour Guayaquil. Nous souhaitons quitter les montagnes pour nous rendre sur la cote. Nous avons entendu parlé d'une île qui a pratiquement la même faune extravagante que les Galápagos et qui est beaucoup plus accessible. Cette perspective nous incite à tenter l'aventure. En cette fin de périple, les plages et la douceur de l'air marin nous feront le plus grand bien. Après une heure d'attente, un bus s'arrête enfin sur le bas coté. La direction est celle de l'ouest, de la Costa, de l'océan Pacifique. Echaudés par notre premier séjour à Guayaquil nous ne voulons pas dormir dans cette ville si peu accueillante. Suivant notre horaire d'arrivée dans la grande ville nous déciderons de notre lieu de couchage. La route descend abruptement. En seulement quelques dizaines de kilomètres, l'altimètre n'indique que 400 mètres d'altitude. Les passagers du bus ont troqué leurs ponchos contre des chemises à manches courtes et des lunettes de soleil. Le paysage a lui aussi changé radicalement. A perte de vue s'étendent des bananeraies. Grâce à son GPS, Christian suit notre progression au mètres près. Le bus franchit l'estuaire du Guayas pour arriver à Guayaquil en milieu d'après midi. Le terminal terrestre se trouve à proximité de l'aéroport. La cité portuaire ne nous paraît pas plus digne d'intérêt que lors de notre première visite. Après un rapide coup d'œil sur la carte et les horaires, nous optons pour la destination Jipijapa (ne pas prononcer les "j"). Le bus est équipé de la vidéo. Nous avons droit a un authentique navet avec De Niro et Jean Reno en tête d'affiche. Tourné à Paris, le film Rônin, nous donne un peu la nostalgie du pays. L'été bat son plein en France, le soleil doit sûrement briller haut dans le ciel. Il fait déjà nuit lorsque le bus pénètre à Jipijapa. Une foule de taxis guette le voyageur à la descente du véhicule. Nous choisissons un hôtel propre pour 130 000 sucres par personne. Au journal télévisé, le tremblement de terre occupe la une. L'épicentre se trouve à 150 km au sud de Cuenca le long de la frontière péruvienne, et la magnitude est de 5.8 sur l'échelle ouverte de Richter.

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