Le jour se lève sur le Grand Océan . Je le contemple pour la première fois de ma vie. Il m'apparaît tel que Balboa l'avait admiré à son époque, vaste et ...pacifique. Nous faisons connaissance avec Ernesto notre guide naturaliste pour cette excursion. C'est un petit homme moustachu à l'allure affable. L'embarcation est une barque à fond plat équipée de deux gros moteurs. Deux américains âgés, un couple d'équatoriens ainsi qu'une zoologue allemande spécialisée dans les baleines, nous accompagnent. La mer es
t d'huile. Le bruissement des vagues sur la coque est largement couvert par le vacarme des moteurs. Lorsque nous quittons le rivage protecteur de la baie quelques vaguelettes apparaissent à la surface des flots. Une tache sombre se détache à l'horizon, ce doit être la fameuse île. Soudain Enersto change la trajectoire du navire vers le grand large : il a vu une baleine ! Effectivement à plusieurs centaines de mètres un puissant jet d'eau émerge largement au dessus des vagues. La séquence se répète
plusieurs fois. Notre bateau réduit son allure et va à la rencontre des cétacés.
Nous distinguons désormais les baleines. Il y a une grande femelle et son petit. La partie supérieure de leur long corps émerge lentement des flots, laissant entrevoir leur dos massif et leur petit aileron. Bientôt Ernesto abandonne nos doux géants, la radio annonce qu'il y a d'autres spécimens un peu plus loin. Lorsque nous arrivons sur place un autre bateau est déjà sur les lieux. Soudain un énorme "splash" retentit à l'avant du bateau. Des gerbes d'eau retombent devant l'autre embarcation. Nul doute
que la baleine a effectué un saut vertical juste devant l'autre bateau ! Seul notre pilote situé dans l'axe a pu voir le spectacle, j'aurai donné cher pour immortaliser la scène. Le cétacé, visiblement très joueur, nous frôle et laisse hors de l'eau une de ses longues nageoires pectorales. Il passe sous le bateau pour réapparaître de l'autre coté. Nos moteurs sont coupés, la bête ne risque rien. Elle est si proche que nous l'entendons respirer. Les baleines à bosses sont coutumières de ce genre de comporteme
nt extraverti, même en présence des humains. Il est émouvant de constater qu'après une telle persécution dont elles ont fait l'objet, les baleines sont restées des géants si dociles. Tout à coup le mégaptère sort complément sa tête hors de l'eau, je peux le regarder droit dans les yeux, c'est absolument magique. Sans doute lassé notre compagnon arque son dos pour plonger. Avant de sonder il nous montre sa queue dans une dernière ondulation d'une grâce insoupçonnée pour un animal de cette taille.
Désormais le continent n'est plus visible. Ernesto nous fait bondir, encore une fois, en apercevant l'aile d'une raie manta. Dans ce clapot, difficile de différencier le bout d'une nageoire d'un morceau d'écume. Le bateau se rapproche de la terre ou plutôt de l'îlot. L'accès se fait par une plage. L'île semble toute droite sortie d'un film de pirate. Contrairement à son nom elle n'a rien de plate, c'est un énorme rocher au sommet plat, posé sur l'océan. Les oiseaux marins et notamment les frégates, avec
leur seyant jabot rouge, abondent. Nous partons à l'abordage de ce sanctuaire. Nous ne mettons pas longtemps avant d'apercevoir nos premiers spécimens extraordinaires. D'étranges oiseaux blancs et à pattes bleues nichent au milieu d'un chemin. On dirait que ces fous de Bassan ont trempé leurs pattes dans un pot de peinture ! L'éclatante couleur de leurs palmes est incroyable. Ernesto nous distille un petit cours d'ornithologie. Ces oiseaux sont endémiques des Galápagos et de la Isla de la Plata. Ce sont des
fous de bassan appelés ici piqueros patta azules. Une variété tout aussi étrange cohabite sur l'îlot, il s'agit des fous à pattes rouges, malheureusement nous n'aurons pas l'occasion d'en croiser. En continuant le chemin nous découvrons d'autres nichés de pattes bleues. Les bêtes sont peu farouches et se laissent photographier sans broncher. Au détour d'un rocher deux albatros nous font face. Ils sont énormes ! Fred, en grand admirateur de ce seigneur des océans, ressent une émotion particulière.
Il n'imaginait un jour rencontrer pour de vrai, l'oiseau dont il avait jadis si souvent récité l'ode beaudelairienne. Singulier destin que celui de ce grand oiseau. Dès qu'il est en mesure de décoller, il s'envole pour un périple de trois ans dans les mers du grand sud, pour ne revenir sur terre que pour s'accoupler. Finalement il n'a pas l'air si pataud que ça, nous nous éloignons de peur d'un coup de bec. La féerie continue sur ce petit rocher, du haut de la falaise nous apercevons un couple de lion de mer qui
se prélasse sur la plage. La densité de la faune sauvage nous laisse sans voix. Nous terminons cette enhivrante visite par un bain de mer, bien sur les poissons muticolores abondent. Cet endroit est décidemnt unique.
Nous rentrons à toute vapeur vers Puerto Lopez sans même nous arrêter à proximité des nombreux jets d'eaux qui parsèment la surface de l'océan. De retour à l'hôtel Pacifico seule la fatigue atténue notre euphorie. Ah, les baleines, les baleines, et dire que la télé du restaurant passe "Moby Dick", ça ne s'invente pas !
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