La maison dorée de Samarcande
Asie centrale : Kazakhstan - Kirghizistan - Ouzbékistan (Episode V)
Qu'y a t'il de plus beau que les montagnes ? Peut être les montagnes...
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Un curieux logis

Mardi 21 juillet 1200m



Nous nous levons à onze heures, décalage horaire oblige. Un regard à la fenêtre permet d'admirer un décor champêtre et escarpé, avec au loin Almaty. Nous logeons à 1200 mètres d'altitude, 400 de plus que le centre ville. Le temps se couvre dans la moiteur matinale. De lourds nuages coiffent les crêtes de montagnes que l'ondevine puissantes, premières marches d'un sublime escalier culminant à plus de 7000 mètres : le Tien Shan que les Chinois nomment " Montagnes célestes "

Comme prévu, nous découvrons une maison vide. Elle s'étage sur trois niveaux. Le premier niveau, où nous avons dormi, se compose de trois chambres. Le rez-de-chaussée abrite un grand salon et une cuisine flambante neuve. Enfin, au sous-sol se trouve, aménagement sublime, le sauna dont nous gouttons aussitôt les vertus curatives. Sur une photo murale, un alpiniste équipé d'un masque à oxygène, exhibe le drapeau kazak sur un géant himalayen. Dans un autre cadre, une dédicace de Reinhold Messner, l'homme au quatorze huit-mille, force notre admiration.

La maison aux allures de chalet vit encore au rythme des travaux. A l'extérieur, deux ouvriers s'affairent à un escalier de pierre. L'intérieur est en bois. La finition laisse à désirer avec un parquet imparfaitement nivelé et des prises de courant à diverses hauteurs.

Vers treize heures, la porte d'entrée s'ouvre. Nous découvrons Elvira, la femme de Rinat. Jacques et Nathalie peuvent s'essayer à leur russe car elle ne parle ni français ni anglais. Jacques, par ses racines polonaises y trouve beaucoup de similitudes et un vocabulaire fourni, tandis que Nathalie, ayant vécu en Russie dans sa petite enfance s'exprime avec un accent unanimement apprécié. Elvira nous prépare une collation à base de saucisses et de gâteaux sucrés que nous arrosons de thé (tschaï). En évoquant Rinat, elle désigne une photo où il pose en compagnie du président Nazarbaev lors d'une escalade très médiatique d'un sommet national. Elle nous conduit ensuite à Asiatour, l'agence de tourisme que dirige Rinat. Nous roulons dans une Peugeot qu'il a ramené de France par la route.... Nous bifurquons à gauche à la caserne, doublons une pièce d'eau où se baignent des gens et plongeons vers le centre d'Almaty. La circulation est fluide. Des Mercedes croisent des modèles locaux et des bus antiques, sur de larges allées boisées se coupant à angle droit. Almaty s'étale en pente douce au flanc des montagnes si bien qu'un randonneur peut gravir dans la journée, une cote de 4000 mètres à partir du centre ville. Le véhicule se gare au cœur de la cité devant une bâtisse proprette surmontée d'une petite enseigne "Asiatour".

Voici le temps d'évoquer le curriculum vitae de notre hôte. Ce Tatar au passeport Kazakh, diplômé de l'institut de l'énergie voue une passion à l'alpinisme. Ce membre de l'équipe nationale d'URSS a vaincu en 1989, le Kanchenjunga, troisième sommet mondial. Fort de son expérience, il profita de la Perestroïka, pour fonder une agence de tourisme de l'Asie centrale. Il transmet également son expérience aux jeunes alpinistes de l'école d'Almaty qu'il co-dirige.

Dans les locaux de l'agence, refaits à neuf, travaillent cinq personnes. Rinat nous reçoit dans son bureau. Nous nous affairons de suite à notre tâche, c'est à dire l'élaboration de notre périple asiatique. Notre ami prend les dispositions pour nous procurer des visas ouzbeks pour le lendemain. Nous optons rapidement pour deux petits treks entre le Kazakstan et le Kirghiztan, suivis de la visite des cités ouzbèkes de la route de la soie. Le trek sera sous-traité par Asiatour; nous nous arrangerons pour le reste avec l'aide d'un providentiel informateur qui nous fournira visas et bons conseils à Tachkent. Nos vieux réflexes nous poussent à discuter du prix des prestations proposées. Le convoyage vers le lieu de départ nous semble onéreux : "Seul un véhicule spécialement affrété peut y aller". Nous réfutons l'offre de trois porteurs. Après un hochement de tête, Rinat ne nous en laisse qu'un pour la partie délicate au Kirghiztan. Il nous faudra porter tout le reste. Néanmoins, un guide et un cuistot nous accompagneront. Une nuit dans une station balnéaire sur le lac Issyk-kûl est également programmée entre les deux treks.

Elvira nous ramène à sa maison. Rinat très affairé, nous rejoindra en soirée. Deux jeunes enfants Sabina et Richart jouent tumultueusement autour de leur mère. L'aînée, Régina, séjourne chez ces grands-parents à Moscou. Nous essayons de nous rendre utile à la surcharge de travail d'Elvira. Le chef de famille arrivé, nous passons à table où nous nous délectons d'un ragoût arrosé de vodka "Taraz". Comme la tradition l'exige, nous portons un toast différent à chaque rasade. Nous réservons le premier à l'amitié Franco-Kazake. Nous apprenons ainsi que le mot modérateur "tchut-tchut" ("un petit peu") a une toute autre signification quand il s'agit de remplir les verres. Nous distribuons nos cadeaux : un livre tout en images de la France vue du ciel, et une boite de chocolats belges pour les enfants. Il ne nous reste plus qu'à écumer le sauna pour éliminer les toxines.


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