La maison dorée de Samarcande
Asie centrale : Kazakhstan - Kirghizistan - Ouzbékistan (Episode V)
Qu'y a t'il de plus beau que les montagnes ? Peut être les montagnes...
Carnet de bord
La carte
Les photos

Treks et ascensions
Kolsaï Lake
Tian Shan
Khan Tengri

Les chansons
Visitez Samarcande
Telex
Travelogue
Le who's who

Le Kazak Quizz ?


Write / Escribir / Escrieben Ecrire

Récits/Home

Free counter and web stats

Montagnes Russes

Mardi 29 juillet 3000m


La difficulté du trek provient des crêtes successives, toutes à plus de 3000 mètres que nous devons franchir. Celle d'aujourd'hui culmine à 3600 mètres. De vraies montagnes russes (que les Russes nomment montagnes américaines) puisque à chaque fois nous redescendons au niveau des vallées vers 2500 mètres. Un troupeau de chevaux noirs et bruns, circule en toute liberté. Où pourrait-il partir d'ailleurs ? La vallée en V, s'achève au fond, par une paroi qui semble infranchissable.

Les pauses, toujours rythmées par la distribution des rations de chocolat et de saucisses, nous permetent l'apprentissage de quelques mots de nos langues respectives. Ainsi apprenons-nous à prononcer "bonjour" en kazakh : "Irletan". Elmira, bien que citoyenne kazake, n'étudie cette langue que depuis peu. Askar s'épanche sur son enfance en Dzoungarie, à la frontière chinoise, où les ours, paraît-il pullulent. Je regrette un peu d'ailleurs, de ne pas apercevoir de faune dans ces contrées giboyeuses, siège des ibex, argalis, et onces.

Après une longue remontée du ruisseau de la vallée, nous voici donc devant cette muraille minérale tout aussi infranchissable que tout à l'heure. En voyant l'infatigable Sacha s'attaquer de front à la difficulté, bientôt imité par Askar, le spectre d'une ascension sportive se confirme. Contrairement au TKZ1, le TKR1 ne suit aucun sentier et trace son itinéraire au plus court. Nous devons donc serpenter parallèlement à la pente à la recherche du meilleur équilibre. La structure gravillonnée du sol qui se dérobe à chaque impact, nous force le plus souvent à progresser à l'aide d'une main, voire à quatre pattes.

Le faîte d'Archa Tor atteint, une véritable arête, une bataille de boule de neige nous permet d'embrasser du regard les deux vallées. Le versant à descendre est encore plus abrupt de ce côté ci. Nous descendons en dérapage permanent, les bras écartés, à la manière d'un surfeur. La traversée d'un névé soulage nos pieds chauffés à blanc par les frottements. Une ondée manque de nous surprendre pendant la pause sans la prescience de Jacques qui avait monté le sur-toit de sa tente. La descente de plus de 1000 mètres fatigue nos articulations, surtout dans les hautes herbes humides. Dans la forêt Askar et Elmira cueillent des champignons inconnus pour le soir mais d'après eux, il n'en existe pas de vénéneux dans ces forêts.

Un autre problème survient au fond de la vallée. Nous devons franchir les innombrables bras d'eau qui se rejoignent en aval en un torrent infranchissable, embryon de la rivière Dzhety Oguz. Après avoir longuement hésité sur quelle rive cheminer, Askar se met à traverser les tumultueux ruisseaux tantôt en déplaçant des troncs d'arbres, tantôt en saut en longueur, tantôt en se déchaussant puis en ne se déchaussant plus du tout. Nous l'imitons par pragmatisme pour vérifier l'étanchéité de nos chaussures GoreTex. Seule Nathalie se refuse à l'insoutenable, et erre à la recherche du meilleur gué.

Nous passons devant une yourte, seule habitation de la vallée où nous salue un jeune Kirghize trônant fièrement sur son ânon. La pluie tombe de nouveau. Askar presse le pas pour atteindre un lieu de campement décent. Ce sera une grève caillouteuse en bordure d'un pont sur ce satané torrent devenu large de plusieurs mètres. Nous faisons du feu pour le soir pour sécher tout ce qui peut l'être, et inaugurons à cet effet une brochette de chaussettes, dont certaines ne s'en remettront pas.


Retour/Previous page Suite/Next page