Les lacs Kolsay
Samedi 26 juillet 2200m
Un
bruit d'hélicoptère nous tire désagréablement de notre
sommeil. Tel un énorme bourdon, un appareil civil blanc, tourne
autour du lac et se pose dans la prairie pour quelques brèves
minutes. Sans doute des "New Russians" comme les
appelle Askar, ces nouveaux riches qui étalent leur argent d'une
manière révoltante. Nous contournons le lac pour entamer une
solide montée avec vue imprenable sur ce petit joyau aquatique.
Je repense à Sergei qui disait que les loups rodent ici en
hiver.
Lors
d'une pause, Elmira nous explique un art de vivre russe prôné
par l'énigmatique Ivanov du début du siècle. Sa méthode
repose sur une existence en harmonie avec la nature, associée à
un spiritisme très asiatique, codifié en douze règles de vie.
Il ne faut donc pas manger de viande, comme le fait Elmira (tant
que ce n'est pas le chocolat ...) mais méditer, avoir des
pensées positives, échanger des flux avec les arbres par
impositions des mains, se baigner dans l'eau froide etc.. Tout
cela renforce notre respect pour la taïga. Nous échangeons avec
Askar des rudiments de nos langues respectives non sans surprise.
Ainsi notre expression "Ca va ?" veut dire hibou en
Russe. Askar, hilare, nous imitera le hibou et son hululement à
chaque fois pour nous demander si tout va bien. Sa mémoire
auditive nous confond, surtout quand il nous répète les mots
appris la veille sans hésitation. Son expression française
favorite semble être "Pas de problèmes" qu'il
pourrait prendre pour devise. En me faisant écouter la musique
de son baladeur, j'ai la surprise de reconnaître du "Deep
Forest" : une musique vraiment internationale.
Pour
l'instant, les journées sont tranquilles, et les pentes assez
raides, compensent le faible temps de marche. Nous n'avons qu'à
nous occuper des somptueux paysages. Askar connait la route et
nous le prouve :
"- Il n'y a qu'une seule voie, le communisme" nous
proclame t-il avec humour en nous montrant le chemin.
Nous
atteignons déjà le lac Verknij, site plus sauvage que les
précédents. La taïga semble plafonner, pour laisser place aux
alpages. Le désormais traditionnel orage de l'après midi nous
fait se hâter dans l'établissement du camp. Sur un promontoire
face au lac, Askar récite une ode héroïque d'un air
grandiloquent :
"- Pouchkine " dis je tout à fait au hasard en citant
le poète Russe.
"- Da!" me répondent Askar et Elmira qui n'en sont
toujours pas revenus. Depuis ce moment là, Askar déclarera à
qui voudra l'entendre ma connaissance intuitive de la langue
Russe !
La
baignade de Askar, Jacques et Elmira dans les eaux claires et
froides ne me laisse aucun regret. Nous avons pour seule visite,
un groupe de trois personnes en provenance du Pakistan. Comme
cela fait étrange d'entendre parler de contrées tellement
différentes d'ici mais si proches. Nous dînons rapidement entre
deux averses. Il n'y a plus de vodka. On commençait à s'y
habituer. Nous nous couchons tôt car la prochaine journée
risque d'être longue.