La maison dorée de Samarcande
Asie centrale : Kazakhstan - Kirghizistan - Ouzbékistan (Episode V)
Qu'y a t'il de plus beau que les montagnes ? Peut être les montagnes...
Carnet de bord
La carte
Les photos

Treks et ascensions
Kolsaï Lake
Tian Shan
Khan Tengri

Les chansons
Visitez Samarcande
Telex
Travelogue
Le who's who

Le Kazak Quizz ?


Write / Escribir / Escrieben Ecrire

Récits/Home

Free counter and web stats

L'auberge rouge

Dimanche 27 juillet 2700m


Cette journée marque la fin de notre trek. Ce soir nous coucherons au bord du lac Issyk-Kûl. Cette pensée nous sert de motivation pour la longue déclivité qui nous attend. Pour la première fois, un soleil radieux nous accompagne. Nous suivons le cours d'un ruisseau qui diminue à vue d'œil au milieu des alpages. La régularité de la pente et la largeur du défilé ne nous permet pas de mesurer notre progression. Nous n'avons pas l'air d'avancer malgré les longues heures de marche. Pour la première fois, nous distinguons le sommet blanchi par la neige, des parois qui nous entourent. Nous nous accordons une pause, le temps de ramasser les nombreux champignons des près qui tapissent l'herbe, en vue d'un repas du soir qui s'annonce plantureux. Nous apercevons le haut du col de Sarybulak que nous atteignons après une dernière rampe caillouteuse. Nous voilà enfin, culminant à 3200 mètres sur la frontière naturelle entre le Kazakhstan et le Kirghiztan.

Le spectacle nous coupe le souffle. J'avais beau être préparé à contempler un immense lac en contrebas, le lac Issyk Kul est bien autre chose. S'étalant quelques 1500 mètres plus bas nous ne pouvons en saisir tous les contours. Il s'agit d'une véritable mer intérieure dont nous ne voyons qu'une extrémité. Au loin de l'autre côté luisent au soleil les monts enneigés de l'Alataou Kirghize, siège de nombreux cinq mille et six mille mètres. Ce panorama me rappelle le lac Titicaca, autre lac d'altitude entouré de géants dont Issyk-Kûl serait le dauphin. De l'est, deux gros bras d'eau se jettent dans le lac. Bien que situé à 1600 m d'altitude ce lac ne gèle jamais. Nous voici donc, les pieds dans la neige, sous un soleil de plomb à contempler des eaux où nous nous baignerons ce soir.

La pente, beaucoup plus abrupte de ce côté ci, favorise une descente rapide. Nous improvisons un rapide pique-nique pour descendre de plus belle. Des tapis de fleurs recouvrent le versant sud. Nous pressons le pas, car nous avons rendez-vous avec un véhicule qui doit nous convoyer jusqu'à la ville de Karakol dans la plaine. Alors que nous touchons au but, Jacques se tord la cheville lors du passage d'un gué. Heureusement nous ne sommes plus loin. Des troupeaux de moutons apparaissent. Aux jumelles, je distingue un véhicule tout terrain au milieu d'un pré.

Un chauffeur Kalmouk, coiffé d'un typique couvre chef kirghize en feutre, à l'allure de chapeau tyrolien, le kolpak, nous conduit vers le bas. Je le baptise aussitôt le "fangio des montagnes" à son style tout à fait personnel à trouver la meilleure trajectoire pour assouvir sa science du pilotage. Il oscille entre les moutons, les clôtures et les ruisseaux à la recherche de la piste qui l'a mené jusqu'ici. Un deuxième gaillard, chauve, à l'épaisse moustache de jais, Igor, l'accompagne. Il s'agit à l'évidence d'un personnage d'importance, un peu inquiétant, qui n'ouvre la bouche que pour donner un ordre bref au chauffeur. Dans la plaine, une longue route rectiligne longe la côte nord du lac. Cela n'empêche pas notre fangio, lors d'une bifurcation, de prendre un virage "à la Alesi" en "faisant gravier". Il s'en excuse aussitôt prétextant qu'il avait oublié qu'il fallait tourner ici.

Nous nous trouvons devant le sanatorium, sorte de station balnéaire à mi-chemin entre un club de vacance et une caserne. Première surprise, on ne peut pas entrer. Comme c'est dimanche, le gérant n'est pas là. Commencent alors les palabres. Igor, visiblement contrarié, part directement chez le directeur pour régler l'affaire. Nous en profitons pour visiter le camp. Il se compose de pavillons à l'allure de baraquements de conscrits. Des haut-parleurs antiques beuglent des variétés locales. La plage semble agréable, l'eau chaude. Des enfants jouent sur un pédalo géant. Nous sachant Français, des Kirghizes nous interpellent et font du signe de la main le chiffre trois, chiffre mythique du football français en disant "Zidane, Zidane". Eh oui, l'impact de la coupe du monde reste immense, même ici ! Une heure plus tard, Igor revient. Nous ne pouvons pas dormir ici, d'après le règlement, car c'est dimanche. Ennuyé, il nous invite à dormir chez lui.

Auparavant il nous dépose le long d'une plage afin de nous baigner dans les eaux purificatrices. La tiédeur des eaux (18 ) nous permet de profiter d'un agréable moment au milieu des moutons que fait boire un berger à cheval. Ce site n'en finit pas nous étonner, et nous pouvons voir, amarré dans un port un petit chalutier. Il faut savoir que ce lac, aux confins de l'Union Soviétique servait de base de test des torpilles de l'Armée Rouge. Il commence à se faire tard lorsque nous reprenons la route. Après un arrêt au bazar pour prendre pastèques et vodka, nous arrivons chez enfin chez Igor.

Igor nous fait signe de l'attendre, le temps d'attacher son chien, une énorme bête agressive d'une race indéterminée. Pour éviter de passer devant ses deux chiens pourtant en laisse, il nous invite à grimper par la fenêtre, ce que nous faisons volontiers, ses cerbères nous intimidant vraiment. Parlant peu, Igor nous semble énigmatique et un peu inquiétant. Pendant que sa femme et Elmira concoctent le repas avec nos champignons, Jacques surprend le fils aîné, en train de ranger précipitamment des armes qui gisaient sur un lit, suite aux ordres de son père. Nous commençons à nous demander où diable avons nous atterri, d'autant plus que lors du repas celui ci nous assomme de rasades que nous devons impérativement honorer au nom des nouvelles amitiés kirghizes, kalmoukes (comme Djorkaeff nous précise t-on) et russes (car Igor est Russe) avec une vodka de son cru qui vieillit dans une bouteille remplie de racines suspectes. Les langues se délient et Igor nous raconte des blagues sur les Tchoukchas qui jouent le rôle des Belges dans les histoires françaises. Nous rions par politesse, au nom de l'amitié Russe, et aussi sous l'emprise de son mystérieux élixir. Un jeune Russe, Sacha, nous rejoint, arborant une ceinture militaire digne d'un champion du monde de boxe, doublée curieusement de bretelles. Il nous accompagnera comme porteur pour la randonnée de demain. Comme il a apporté sa guitare nous finissons la soirée par nos désormais classiques chants.

Nous nous installons dans le salon où nous allons dormir à six. Auparavant, Jacques jette un coup d'œil sous le lit pour examiner les armes dissimulées par le garçon. Il éclate de rire en mettant à jour les jouets du fils d'Igor ! Nous pouvons désormais dormir sur nos deux oreilles, rassurés de ne pas passer la nuit dans l'auberge Rouge !

Retour/Previous page Suite/Next page