La maison dorée de Samarcande
Asie centrale : Kazakhstan - Kirghizistan - Ouzbékistan (Episode V)
Qu'y a t'il de plus beau que les montagnes ? Peut être les montagnes...
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Yourte et Yaourt

Lundi 28 juillet 1600m


Nous partons pour Karakol, faire des provisions pour le deuxième trek dans les hauteurs kirghizes intitulé sobrement TKR1. Nous allons nous balader le long des crêtes situées au sud du lac. Ce sera plus dur que la première randonnée puisque Rinat nous a adjoint Sacha le porteur. Ce grand Russe plutôt maigre, ne semble pas très bavard. Notre fangio kalmouk s'en donne à cœur joie dès que la route s'élève, et nous voilà derrière brinquebalés comme de la vulgaire marchandise. Lors d'un chaos, j'ai le malheur de m'asseoir sur une motte de beurre toute aussi étonnée de se trouver en si mauvaise posture. Le passage de ponts de fortune au-dessus de furieux torrents terrifie Nathalie qui ne veut pas voir ça. Nous sommes soulagés d'en avoir enfin fini avec ce rallye en atteignant le petit village de Pokrovska. Les hommes arborent leur fier couvre-chef et nous gratifient d'un salut courtois. Nous immolons notre pastèque avec l'impressionnant coupe-choux de Sacha (vestige de la Wehrmacht nous assure t-il) pour nous assurer la bienveillance de la Montagne, avant de franchir un ruisseau pied nu. Ce ne sera pas la dernière fois.

Après avoir dépassé quelques yourtes nous avons maintenant le sentiment de cheminer dans une partie sauvage. Contrairement au Kazakstan nous ne nous attendons pas à rencontrer d'autres groupes de randonneurs. Le sac de Askar, toujours aussi impressionnant, se voit maintenant surmonté d'une guitare. Sacha, diminutif d'Alexandre, trace la route loin devant, semblant chronométrer ses performances pour des raisons qui nous dépassent

Lors d'une pause à côté d'une yourte, une femme en sort nous apportant comme don, un seau de yaourt ! Quel délice, nous qui étions en manque de laitage. Askar lui offre quelques victuailles en échange. La vie simple de ces gens n'a d'égale que leur gentillesse. En été, ils vivent comme éleveurs, en conduisant moutons, vaches et chevaux dans les vallées d'altitude. Ces Kirghizes aux yeux bridés me font penser à des chinois mais en plus grands. Nous croisons des petits de huit ans sur des superbes chevaux noirs, un vieux fusil en bandoulière, des marmottes sanguinolentes sur les flancs de l'animal. Tout nous rappelle que le grand Kubilaï, lui même, importait en son empire, ces montures célestes.

Nous entamons une sévère montée qui doit nous amener à plus de 3000 mètres. Comme nous quittons la forêt, nous pouvons contempler les premiers monts enneigés, des cinq mille sans aucun doute. Elmira nous fait découvrir des edelweiss qui tapissent les versants. Vers 3200 mètres nous bivouaquons sur la seule portion plane que nous ayons pu trouver ici après avoir fait fuir les vaches qui en avaient pris possession. L'eau du ruisseau en contrebas me semble vraiment trop loin pour y faire un brin de toilette ou de vaisselle. Ce sera peut être pour demain.

Le froid devient vif la nuit tombée, et nous nous regroupons derrière un gros rocher à l'abri du vent. De la vodka et des chansons nous réchauffent. Désormais comme chaque fois nous échangeons un "Leningradom" contre un "Comme toi". Pour finir Elmira, Askar et Sacha nous gratifient d'un hymne soviétique qui avait pour qualité de faire chanter ensemble une Tatar, un Kazakh et un Russe. Une belle musique, acquiesçons-nous.

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