D'une vallée à l'autre
Mercredi 30 juillet 2400m
Nous
repartons avec en tête l'ascension de la journée, une passe à
3600 mètres ce qui implique un même dénivelé que la veille
soit 2000 mètres cumulés, dont 1000 positifs. Nous petit
déjeunons d'une bouillie aux champignons de la veille en
admirant le lever de soleil sur un mont enneigé. Si les
matinées ensoleillées réchauffent nos coeurs, nous redoutons
l'orage de l'après midi surtout à ces altitudes. Nous nous
amusons à constater que la bourrasque kirghize, comme pour
marquer sa différence, survient un termps plus tard que les
nuées kazakes. Nous comprenons ainsi la couleur verte de ces
montagnes en plein été. La grimpée s'improvise en remontant le
cours d'un torrent. Sans partie plane où se reposer, nous
pouvons maudire le moindre gramme d'équipement inutile apporté
jusqu'ici. Askar avec sa guitare ne semble souffrir d'aucun
remords à cette surcharge pondérale. Le sommet en vue, une
pluie glacée tombe sur notre groupe accélérant notre
progression. Il s'agit de bien choisir sa trace entre les plaques
de neiges et les parties sableuses où le pied dérape à chaque
écart.
Nous
franchissons la passe Telety sans marquer de pause et pénétrons
dans cette troisième vallée. Qu'il est étrange de constater de
tels lieux déserts pour nous Européens. Dans un moment de
délire nous nous plaisons à imaginer l'aménagement de ce site
pour des touristes fortunés nous assurant des revenus
confortables pour le reste de notre vie... Le franchissement d'un
torrent nous sort de notre rêverie. Cette fois ci, nous ne
pouvons même pas nous déchausser tant le bouillonnement des
eaux est peu engageant. Nous aidons Askar au jet de troncs à
travers la barrière liquide. Askar inaugure une figure de style
pour passer de l'autre côté. Nous parvenons néanmoins à
franchir l'obstacle de manière peu orthodoxe.
La
descente de la vallée ne présente plus de difficultés
majeures. Nous en profitons pour déclencher une bataille de
vesces de loup en nous jetant ces boules blanches qui explosent
lors des impacts. Le campement est tout trouvé. Il s'agit d'une
ferme composée de deux yourtes, d'un enclos à chevaux et d'un
bâtiment en dur qui abrite des toilettes communautaires (six
trous contigus...) aux dimensions démesurées pour cet endroit
désert. Nous plantons nos tentes au pied d'une petite retenue
d'eau. Une paysanne trait des juments sous les yeux du garçon
qui lui amène les seaux. Askar et Elmira s'en vont dans la
yourte présenter leur hommage. Alain en profite pour leur
demander de nous rapporter du komos, boisson emblématique
kirghize fabriquée à base de lait de jument fermentée, qui
rend, dit-on, les hommes forts et les femmes belles. Ils
reviendront bredouille à notre grand dam.