La maison dorée de Samarcande
Asie centrale : Kazakhstan - Kirghizistan - Ouzbékistan (Episode V)
Qu'y a t'il de plus beau que les montagnes ? Peut être les montagnes...
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Vestiges du passé

Mercredi 05 août 300m


La journée commence fort mal quand un Hollandais aux allures de Sting me spolie de la douche au mépris des lois intangibles de l'antériorité. En recomptant nos billets, Jacques nous certifie, que Mubinjon pratique le change clandestin à un taux très personnel !

N ous partons visiter les alentours de Boukhara en allant tout d'abord au Palais d'été du dernier Emir situé à dix kilomètres de là. Un bus puis un taxi nous y conduisent. On dit que l'emplacement a été choisi en disséminant des dépouilles de moutons et en choisissant l'endroit où la carcasse a le moins pourri. Un énorme portail multicolore débouche sur un agréable jardin irrigué de minuscules canaux. A l'intérieur, chaque pièce imite un univers particulier hérité des constructions européennes et orientales avec un net penchant pour le kitsch et le clinquant. Cette architecture décadente montre le long déclin de l'émirat par rapport aux constructions originales de la vieille cité. Nous pouvons néanmoins admirer de superbes plafonds et une pièce remplie de miroirs à l'instar de la galerie des glaces.

Nous sacrifions une pastèque sur l'autel de la soif avant de regagner la cité en bus. A la fois aliment et boisson, l'arbouss constitue notre nourriture de base. Nous n'y restons que le temps de changer de bus en direction du Mausolée de Baha Ah Din Naqchband, Saint patron de Boukhara. Le lieu isolé, à l'écart de la ville, se compose de plusieurs bâtisses et d'un grand cimetière. Les pèlerins soufis, puis bientôt Jacques pratiquent plusieurs circumbulations (tawaf) autour de la chambre funéraire qui abrite la tombe du saint comme l'atteste le tugh coiffé d'une queue de cheval. Par un accès de dévotion, Jacques se courbe sous le tronc d'un mûrier qui assure une longue descendance… Ce pèlerinage était très réputé, et plusieurs visites au sanctuaire valaient un séjour à La Mecque.

Au retour nous flânons dans la vieille ville à la recherche de souvenirs. L'imposant gabarit des luisants samovars de cuivre empêche toute tentative d'achat. J'entame, sans succés, une discussion de marchands de tapis avec ... un marchand de tapis Afghan qui fréquenta dans sa jeunesse le lycée français de Kaboul. Manquant de cash, je ne peux conclure une transaction qui aurait pu aboutir avec une carte bancaire. Les ardents rayons solaires nous rabattent finalement Jacques, Alain et moi vers les bains turcs qui datent du XIII siècles. Ils se composent de plusieurs niches embrumées où quelques raccords d'eau en caoutchouc, seules concessions à la modernité, permettent de remplir d'énormes bassines d'eau chaude ou d'eau froide. A l'écart du temps, à l'abri de la poussière et des rayons solaires, nous jouissons d'une pause réparatrice. Nous dégustons une bière, des petits gâteaux et du thé en philosophant avec le maître des lieux.

Mais voici l'heure de quitter la ville. Nous repassons chez Mubinjon pour faire une dernière fois le change. Apparemment nous le réveillons puisqu'il semble de mauvaise humeur. Il rejoint sa chambre en bougonnant pour nous livrer une liasse de soums. Devant son ire, nous n'osons vérifier la somme sous ses yeux. Dans le bus qui nous mène à la gare Jacques compte, recompte et s'esclaffe : ce vieux grigou de Mubinjon nous a encore possédé d'un billet de cinquante soums !

La confusion règne à la gare, il nous semble de plus en plus problématique de pouvoir prendre un train de nuit. Deux fonctionnaires renvoient Jacques et Nathalie d'un guichet à un autre sous l'œil d'un policier qui ne nous inspire guère confiance. La solution vient de Jacques qui se met à discuter avec le propriétaire d'un bus. Nous montrant fièrement son véhicule dont il est le promoteur, Ibrahim nous vante sa vitesse et nous promet une arrivée à Tachkent dans la matinée suivante. Devant le manque d'alternative nous acceptons le marché. Nous partons le soir. Le bus s'arrête de temps en temps, et des paysans chargent de gros sacs dans la soute. En pleine nuit, le bus s'arrête. On nous réveille. Ibrahim et son associé veulent nous offrir une collation ! Visiblement très fiers de pouvoir converser avec des occidentaux, ils tiennent à faire de nous des invités de marque. Tandis que la plupart des gens du bus grignotent un en-cas, on dresse une table pour nous, avec déférence. Tel un chef de caravane antique, Ibrahim étale son pouvoir sur la route. Le repas, copieux et arrosé abondamment de vodka, cimente l'amitié franco-ouzbèke. Bien que musulmans, nos hôtes nous imposent le plus puissant des somnifères pour le reste de la nuit, à l'instar des banquets de Tamerlan. Je ne me souviens plus de grand-chose, si ce n'est du dernier geste des croyants remerciant Allah à la fin de repas.

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