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Embrouille à Dacca
Lundi 22 décembre


06h30 l’avion se pose à Dacca, Bangladesh. Quelle étrange sensation, si un jour quelqu’un m’avait dit que je poserai le pied sur le sol bangladeshi j’aurais eu du mal à le croire. D’après de ce que nous avons pu en voir la ville à l’air noyée dans un dédale de petits canaux et de rivières. L’atmosphère est moite. Cela change des brumes parisiennes. Un vrai parcours du combattant semble nous être promis à l’arrivée. Il va falloir attraper la correspondance vers Kathmandou avec un jour de retard. Il n’est pas évident qu’il y ait un vol par jour en direction du Népal. Après renseignements un fonctionnaire nous informe de l’existence de la connexion désirée, le seul problème est qu’il faudra répartir les passagers en transit en deux avions distincts avec également deux heures de décalage entre les vols. Bien entendu c’est la cohue, chacun désirant faire partie du premier charter. L’autorité du fonctionnaire au guichet va être mise à rude épreuve. Le voilà qui discute avec véhémence avec les passagers, tient plusieurs conversations simultanément, doit faire face à l’ire d’un vieux paysan barbu, le tout sous les yeux de quatre de ses collègues visiblement oisifs et, bien décidés à le rester. Fatigués, nous nous retirons de la foire d’empoigne. Un petit-déjeuner nous est servi, piètre consolation de l’interminable attente qui se profile.

La salle de transit ressemble à ces salles de classes d’un collège des années soixante qui aurait mal vieilli. Le lino lacéré dispute au siège bancal en plastic moulé orange la palme du mauvais goût. L’unique boutique propose deux trois paires de chaussures et un walkman taiwanais pour quelques takas. Les hommes, quasiment tous barbus, portent des jupes sur leur pantalon. Certains nous dévisagent. Ils ont raison car Delphine et Nathalie n’ont pas la pudeur de porter le voile. L’embarquement d’heureux voyageurs vers Kuala Lumpur nous offre une diversion bienvenue. Dehors un chantier digne du siècle dernier commence à s’animer. Des femmes portent sur leur tête les gravas qu’une excavatrice fumante et pétaradante extrait à grand peine. A l’intérieur la seule réjouissance provient du spectacle de ce préposé au téléphone assoupi entre ses deux énormes appareils oranges. Je crois bien qu’en sept heures ses combinés n’ont pas sonné une seule fois. Sans doute les a-t-il débranchés pour profiter au mieux de sa sieste.

Vers 13h00, alors que l’interminable embarquement pour Kuala Lumpur se poursuit, le fonctionnaire du guichet énumère enfin le nom des heureux élus du premier vol pour Kathmandou. Coup de chance ou faveur divine nous figurons sur la liste magique, en compagnie également d’un curieux Mister Bean, dont l’évocation du nom déclenche l’hilarité générale. Deux heures plus tard l’infranchissable barrière himalayenne apparaît derrière le hublot : le voyage commence réellement ici. L’air est doux mais le plafond est bas et nous ne voyons plus les montagnes que nous avions survolées. A peine sommes nous sortis de l’aéroport que nous sommes assaillis par les commis des chauffeurs de taxis. Un officiel nous dirige vers la guérite des véhicules accrédités. Trop cher, décrète Jacques qui semble bien décidé à faire jouer la concurrence. Christian et Fred se font alpaguer par des coursiers pressants. En fin de compte nous embarquons dans deux taxis pour la modique somme de 200 roupies que Jacques règle en dollar. Christian, sur les conseils d’un de ses collègues marié avec une Népalaise, a choisi le Marco Polo guest house comme pied à terre. Central, pas cher et propre sont ses qualificatifs. L’aéroport se trouve à 20 minutes du centre ville. La conduite se fait à gauche ce qui n’empêche pas les véhicules les plus hétéroclites de se croiser du coté le moins encombré de la chaussée. Piétons, camions, vélo, rickshaw , voitures, charrettes se disputent férocement le maigre ruban de bitume. La vallée est verdoyante, de nombreux potagers poussent entre de petits immeubles inachevés.

Insidieusement notre chauffeur nous dépose devant un autre hôtel que celui nous avions demandé. Avec une feinte surprise il nous déclare qu’il ne connaissait pas le Marco Polo et qu’il a cru bien faire en nous trouvant un autre gîte. Ben voyons cet hôtel doit appartenir à son beau-frère ou quelque chose dans le genre. Christian le remet dans le droit chemin en précisant que celui que nous cherchons se trouve à proximité de l’immigration office dans le quartier de Thamel. Enfin nous arrivons à destination. Nous prenons 3 chambres doubles à respectivement 6 et 8 dollars (pour Jacques et Nathalie). Nous pouvons poser nos sacs et tester si la douche est réellement pourvue d’eau chaude.

Nous décidons de nous renseigner tout de suite sur les moyens de nous rendre dans le parc national de Bardia à l’ouest du pays. Ca tombe bien, la rue adjacente semble bien pourvue en agence de treks. Nous nous divisons en deux groupes. A l’évidence Bardia est beaucoup moins fréquenté que le célèbre royal parc de Chitwan classé au patrimoine mondial de l’Unesco, et nos desiderata étonnent les Népalais. Ces deux parcs se situent dans le Téraï qui constitue le Népal des plaines. Ce sont les sanctuaires des derniers tigres, rhinocéros et éléphants du sous-continent indien. Les photos affichées nous font saliver. Qui ne serait pas séduit par un safari à dos d’éléphant?

Nous nouons des contacts avec Sunny River Adventures et Manakamana Treks and Expeditions. Les prestations sont à peu près comparables. Nous réservons notre décision pour le lendemain. Les Népalais ont l’air de redoutables commerçants, ce qui frappe c’est que rien ne semble impossible, il suffit de suggérer une hypothèse et voilà derechef le voyagiste en train de téléphoner à l’autre bout du pays (ou peut être à l’agence d’en face) pour nous satisfaire. Bien sur les éléphants peuvent être loués toute une matinée, les rhinos ? On les voit à coup sur ! Les tigres ? Le cousin du gérant en a déjà vu un …………

Le quartier de Thamel dans lequel nous nous trouvons est le quartier des touristes. On est bien loin du Kathmandou décrit dans « Tintin au Tibet ». Les boutiques des photographes proposent des appareils dernier cri, le bar d’en face hurle « the Wall »des Pink Floyd, les échoppes d’E mail foisonnent. Néanmoins la rue reste un spectacle à elle seule. Les rickshaws slaloment entre les touristes en chaussures de marche, les commerçants vous offrent leur meilleur sourire, les enfants jonglent de leurs pieds avec une sorte de boule d’élastiques. La sollicitation est permanente. C’est un taxi en quête d’un client, un changeur à la sauvette qui propose des taux défiant toute concurrence, un vendeur d’instruments de musique essayant de vous refiler une sorte de viole, un rabatteur qui vous propose un trek pas cher, et pour finir un quidam qui toutes dents dehors vous vante la qualité de son herbe ! Hasch Sir ? Good one Sir, you could test ! L’accroche dépend du dealer, pour certains c’est « hash » ou tout simplement le sifflement de la dernière lettre « ssssssssss » à la manière d’un reptile. D’autres préfèrent le sibyllin « smoke ». Ah les hippies des 70’s ont laissé leur empreinte nauséabonde. S’il est vrai que le haschich est consommé au Népal ce n’est que marginalement lors de certaines cérémonies religieuses. Les occidentaux décadents ont crée un triste commerce qui n’avait pas lieu auparavant. Officiellement la vente d’herbe est interdite, la réalité est tout autre.

La nuit tombe vite à Kathmandou, et elle est fraîche. Affamés, et ne voulant pas trop prendre de risque pour notre premier jour nous choisissons l’incontournable pizzeria, logique puisque nous sommes descendus au Marco Polo. Le restaurant aurait certainement beaucoup gagné à être chauffé. La faim reste la meilleure des sauces et le menu est convenable pour tous et même excellent pour Jacques, dont l’appétit féroce n’est plus à vanter.

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