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L’Himalaya
Lundi 29 décembre

A hôtel minable, nuit agitée, les 850 roupies pour 7 étaient encore beaucoup trop pour ce infâme taudis. Nous reprenons la route à 7h00. Nous bifurquons vers le nord en direction des montagnes. Le relief s’accentue et le minibus a du mal à gravir la pente. L’altimètre de Christian commence à frétiller. En quelques dizaines de km nous passons de 150 à 600 m. Les forêts ont laissé place aux cultures et aux pâturages. Après trois heures de route les premiers contreforts se dessinent à l’horizon.

"D’énormes chaînes de montagnes sombres s’appuyaient les unes sur les autres pour monter toujours plus haut. Leurs derniers sommets, s’enfonçaient dans une masse gigantesque de nuages, posés sur eux comme un interdit, un espace sans limites et sans formes que le monde des hommes ne devraient pas franchir. Au dessus de leurs lents bourgeonnements démesurés s’élançait un univers de transparence blanche et blême, dentelé, aigu, irréel, léger comme un rêve et écrasant de puissance, qui occupait la moitié du ciel : l’Himalaya !"

Nous arrivons à Pokhara aux alentours de midi. De riches demeures appartenant à des Gurkhas, ces mercenaires de l’armée des Indes célèbres sur les champs de batailles du monde entier, jalonnent l’entrée de la ville. Si Kathmandou avait le caractère grouillant des capitales, Pokhara révèle une âme provinciale. La circulation semble fluide, les gens moins pressés et le soleil plus présent. Nous posons nos affaires à l’hôtel Baba Lodge où après une rapide négociation nous faisons descendre les prix de moitié. Les chambres sont très confortables et ont même la télé, le tout pour $ 8. Nous déjeunons de médiocres pizzas et de poulet tika. La situation géographique est remarquable. De l’autre coté de la route se niche un ravissant petit lac dans lequel se reflète la majestueuse silhouette du Machapuchare, la montagne en queue de poisson . Ce sommet, l’un des plus prestigieux du Népal, est sacré. Son ascension est interdite et ses 6997 m restent jusqu’à présent inviolés. Ce pic aux arrêtes saillantes semble déchirer le ciel, même les nuages ont peur de l’approcher. Le gérant de l’hôtel jette un froid en nous apprenant qu’il neige là haut. Nous avions prévu initialement d’effectuer le trek qui mène au camp de base de l’Annapurna à plus de 4000 m d’altitude. Ne pas y aller serait une grosse déception.

Nous avons l’après midi pour décrocher un permis de trekking et de préparer la logistique de l’expédition. Mohan Gurung, un Népalais que j’avais rencontré chez Décathlon à Paris, m’a recommandé une agence de trek tenue par un de ses amis. Le front de lac est un endroit très touristique. Les boutiques de souvenirs succèdent aux restaurants et aux agences de voyages. Un rapide coup d’oeil permet de constater que les prestations sont plus ou moins équivalentes. Nous arrivons à l’agence Tridevi Travel où je me montre ma lettre de recommandation. L’accueil est cordial mais pas aussi chaleureux que je l’aurais souhaité. Première bonne nouvelle la route de l’Annapurna est ouverte malgré la neige. A notre grande surprise les prix annoncés sont prohibitifs. Apparemment le gérant nous prend pour des pieds tendres. Dans son devis il nous alloue un porteur chacun, et les prix de ses lodges semblent les plus élevés que nous ayons vu au Népal. Nous nous donnons le temps de la réflexion en ne réglant que les 450 roupies du permis de trekking. Nous profitons de la présence de la Grindlay bank pour refaire le plein de cash. Nous passons l’après midi à musarder dans les boutiques qui longent le lac Phewa . Beaucoup sont tenues par des réfugiés tibétains. Des bronzes, des tapis, de la soie, des articles religieux, le choix ne manque pas .Ici tout rappelle que Pokhara reste la "Mecque du trek".

Les restaurants suisses, autrichiens ou italiens abondent, les magasins d’escalades et les agences de trek ont pignon sur rue. Chemin faisant nous rencontrons un des toulousains de l’avion. Nous échangeons nos premières impressions avec enthousiasme. Il nous apprend qu’un accident a eu lieu à l’aéroport de Dacca. J’espère que nos familles ne s’inquiètent pas trop.

Le soleil décline dans le ciel himalayen. Notre opinion est faite. De retour à l’agence nous négocions la présence d’un seul guide, pour l’hébergement nous improviserons sur place. Nous sommes à la fin de la saison et il n’y a pas de raison que nous ne trouvions pas de logements corrects à des prix décents. Malgré les ricanements du gérant nous maintenons notre choix. Beau joueur il nous octroie un porteur dans le forfait pour quelques roupies de plus. Le prix du porteur et du guide est, de façon saugrenue, indexé sur le nombre de marcheurs. C’est à dire que plus il y a de trekkeurs plus le cachet du guide est important. En Europe on accorde plutôt des réductions au plus grand nombre. Nous sommes présentés à notre guide Lal Bahadur, un solide gaillard avec un grand bonnet qui masque en partie son regard. L’homme a l’air franc et loyal il fera un merveilleux premier de cordée j’en suis convaincu. Nous profitons du téléphone de l’agence pour passer un coup de fil rassurant en France.

Le soir nous dînons dans un restaurant proche de l’hôtel. Grillades de buffles, purée de pommes de terre à l’ail, salade de tomates, nous découvrons au fur et à mesure ce qui se cachait derrière les énoncés sibyllins du menu. Nous trinquons à la santé du roi du Népal dont c’est l’anniversaire aujourd’hui. Sa résidence secondaire se trouve à quelques encablures d’ici. Peut être est ce lui que nous avons aperçu tout à l’heure dans une énorme Mercedes noire. L’altimètre indique 900 m, gageons que demain l’aiguille se dirigera vers la droite du cadran.

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