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Un peu plus près des étoiles
Lundi 30 décembre

C’est un bonheur de dormir dans un bon lit confortable. La sale nuit de la veille est oubliée. Le panorama de la terrasse de l’hôtel est toujours aussi grandiose. Baignée dans la brume argentée du début de matinée, le lac Phewa semble merveilleusement tranquille et beau. Il est encore imprégné d’une atmosphère d’ancienneté et de mélancolie, un peu comme un paysage vu dans la jeunesse et dont le souvenir remonte en mémoire. De l’autre coté le Machapuchare se cache encore derrière un voile cotonneux.

Nous avons rendez vous à l’agence à 11h00. Après un solide brunch à la terrasse d’un restaurant nous allons faire les courses. Une polémique éclate entre Jacques et Fred sur le nombre de bouteilles d’eau à emporter. Fred, échaudé par la cuisine népalaise insiste pour prendre de l’eau minérale, il les confiera à notre porteur. Chacun fait d’abondantes provisions de barres chocolatées. Contrairement à nos précédentes randonnées nous n’aurons pas à nous charger de la nourriture. L’homme feu et l’homme eau seront réduits au chômage . Le versant sud de l’Himalaya est habité jusqu’à 3000 m et nous pourrons nous approvisionner auprès de la population. Le couchage lui aussi sera assuré dans des lodges. Théoriquement nos sacs à dos s’en trouveront délestés d’autant.

A l’agence, à notre surprise, on nous présente un autre guide que la veille. La femme du premier ayant accouchée ce jour, Chakra Pani Bhanadari le replace au pied levé. C’est un élégant personnage de type indou , à la silhouette aussi élancée que sa moustache . Le porteur se nomme Hostha. Sa petite taille et ses traits chinois contrastent avec la physionomie du guide. Le porteur n’a pas d’équipement spécifique, mais aux dires du gérant il y est habitué. Nous lui louons un sac à dos que Fred s’empresse de remplir de bouteilles d’eau.

Nous quittons Pokhara à bord de deux taxis remplis à ras bord. Après une heure de route nous arrivons dans un village de tentes à flanc de falaise qui semble suspendu entre la route et le vide. Quelques échoppes permettent d’équiper Hostha de tennis en remplacement de ses sandales peu appropriées à la haute montagne. Nous descendons les escaliers de pierre jusqu’à la rivière Modi Khola et au village de Birethenti. L’altimètre de Christian indique 1200m . Nous faisons tamponner nos permis de trekking au check point. La randonnée et l’himalayisme sont des activités très réglementées au Népal. C’est une source de devises non négligeable pour le pays. L’argent ainsi récolté sert à l’entretien des parcs et à la reforestation.

Le chemin serpente entre les rhododendrons pour suivre le cours de la rivière. Au cours d’une pause, notre guide, visiblement sûr de son effet nous apprend qu’il est brahmane, la plus haute caste hindouiste. C’est la caste des prêtres et des dirigeants. Leurs privilèges découlent de leur pureté rituelle. Rien qu’à son équipement on peut deviner qu’il s’agit d’un personne aisée. Il est vêtu de gore tex de la tête aux pieds, avec un superbe casquette rouge en guise de couvre- chef. A coté le porteur aux sandales légères et à l’anglais balbutiant fait figure de paysan mal dégrossi.

Le sentier bifurque à gauche pour gravir la pente par des marches directement taillées dans le roc. Chakra Pani, aux semelles de vent, et au sac léger, caracole en tête. Derrière c’est la débandade et l’on assiste à des scènes curieuses. Nathalie se déleste dans la montée aux dépends de Jacques, Fred confie son sac lourd à Delphine. Seul Christian garde le contact avec le guide. L’ ascension est ardue, et je fais des poussettes pour aider les deux benjamins. Le porteur tout sourire dehors ferme la marche. Les pauses sont de courtes durées car nous devons arriver à Gandhrung avant la nuit. La route sur laquelle nous sommes relie deux gros villages. Le trafic se fait à dos de mulets voire à dos d’hommes. Des porteurs avec des charges impressionnantes nous démoralisent par leur aisance. Les cultures en terrasses ont sculpté la pente en un gigantesque escalier. Au bout de trois heures de marche nous apercevons au loin les premières chaumières de Gandhrung. Il était temps le soleil décline et les troupes sont fourbues. L’altimètre indique la cote 2000. Nous avons gravi les 800 m de dénivelé en quatre heures, c’est plutôt une bonne performance.

Gandhrung est un village gurung caractéristique avec ses maisons tout en longueur. Apparemment les possibilités de logement ne manquent pas. Chakra Pani choisit le plus éloigné au grand dam de Delphine et Fred. Le Trekker’s Inn est un lodge à la propreté impeccable. Les chambres sont rustiques mais fonctionnelles. Nous dînons autour du poêle qui diffuse une chaleur bienvenue. C’est une nouvelle manière agréable de randonner, pas besoin de cuisiner un brouet tiède, ni de monter la tente dans le froid et le noir, c’est un trek trois étoiles. D’ailleurs le lodge a été classé "lodge of the year 94, 95, 96". Le prix de 100 roupies la chambre, est trois fois moins élevé que celui facturé par l’agence Tridevi. Nous ne regrettons vraiment pas notre choix d’indépendance.

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