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La déesse vivante
Jeudi 8 janvier
Nous profitons de
la matinée pour revisiter le Durbar Square de Kathmandou. Un
sâdhu à la face peinte soffre à nos objectifs contre une
poignée de roupies. Je ne pensais pas le saint homme si vénal.
Un chien errant lèche les offrandes faite à un Ganesh qui reste
de marbre. La solidarité animale joue à plein. Nous décidons
de passer voir le palais de la Kumari, cette déesse qui se
réincarne une petite fille. Sa désignation représente
lune des coutumes népalaises les plus extraordinaires.
Choisie une fois
tous les dix ans, quand la Kumari régnante atteint la puberté,
la nouvelle déesse vivante est une fillette âgée de trois à
cinq ans. Elle doit réunir rien moins que 32 qualités
dordre physique, esthétique et spirituel considérés
comme les signes manifestes de la réincarnation. Parmi ces
traits : des yeux bleus ou noirs à fleur de tête, des dents
blanches, une langue petite et sensible, une voix sonore, des
bras longs et menus, des mains douces et délicates, et une
chevelure droite bouclant légèrement du coté droit.
Mais pour devenir
vestale suprême, la possession de ces qualités ne sauraient
suffire. Il y a aussi une épreuve à franchir sans faillir :
marcher sur des têtes danimaux décapités dans une salle
éclairée à la lueur vacillant des lanternes et habitées de
démons masqués hurlant et bondissant ! Enfin elle doit
reconnaître, parmi différentes parures les habits de la
précédente Kumari.
Lélue est
installée dans un temple où ses pieds ne doivent pas toucher
terre. On la vête de souries et de splendides brocards ; elle a
ses dames de compagnies ; elle est servie comme une reine et
croule sous les parures et les bijoux ; elle est coiffée
dune tiare ; elle est la divinité gardienne du Népal.
Cloîtrée dans sa prison dorée, elle nen sortira
quà sa puberté. Etrange destin que celui de cet enfant
dieu.
Le palais de la
Kumari est un bâtiment carré avec une cour intérieure
décorée de superbes fenêtres en bois sculptés. Nous rangeons
nos appareils photos, puisquil est interdit de
photographier la Kumari. Des pellicules voilée accrochées à
une porte sont là pour rappeler la règle au profane. Nous
fixons le balcon du deuxième étage sans succès. Un guide
népalais accompagné de deux touristes nous rejoint. Le guide
frappe à une porte, glisse discrètement une obole à une femme
puis nous fait signe de patienter. Quelques minutes après, une
fillette apparaît au balcon. Agée de 8 ou 9 ans, superbement
maquillée la déesse vivante de Kathmandou nous fait face. Nous
opinons du chef en signe de respect.. La Kumari nous toise
brièvement, puis disparaît sans un sourire dans les recoins de
son palais.
Les avis divergent
sur cette apparition divine. Nathalie et Delphine, qui étaient
pourtant les plus intéressées par lhistoire de la Kumari,
nont vu en elle quune petite fille gâtée et imbue
sa personne. Au contraire Christian et moi lavons trouvée
pleine de grâce. Détachement hautain ou dignité liée à sa
fonction ? Je dois dire que cela ne doit pas être facile pour
elle dêtre obligée de se montrer ainsi au grès des
visites des dévots et touristes. Il faut dire quelle est
aussi considérée comme un oracle éprouvé. Vénérée
quotidiennement par les visiteurs elle distribue, des conseils et
des présages dans de nombreux domaines, et en échange elle
reçoit des présents et des dons en espèces. Chacun de ses
gestes est interprété comme une augure. Ainsi nous nous
interrogeons sur la signification de la deuxième apparition de
la Kumari avec cette fois ci, une banane à la main !
La condition de
Kumari nest pas éternelle. A sa puberté, la déesse
vivante redescend sur terre et devient une simple citoyenne
népalaise quoique fort riche. Elle est désormais libre de se
marier si elle trouve un mari, ce qui nest pas toujours
facile ; en effet, il est dit que lhomme qui prend la
virginité dune Kumari mourra jeune !
Nous quittons la
Kumari et le Durbar Square pour effectuer une visite de
courtoisie à lagence Sunny River Adventure. Nous
rencontrons « grand père » que nous félicitons pour
lorganisation de notre séjour à Bardia. Ce dernier nous
offre le thé de lamitié avant de nous laisser ses cartes
de visite. Nous déjeunons rapidement à lHelena restaurant
puis prenons la direction de Patan. Une fois nest pas
coutume nous empruntons des moyens de transport différents.
Jacques et Nathalie hèlent un rickshaw tandis que les autres
montent dans un tricycle à moteur que nous baptisons "cafard
vert". Nous faisons la course dans les rues surchargées de
Kathmandou. Sur le plat le tricycle à pédale , plus maniable,
se faufile plus facilement parmi le flot de véhicules. Cependant
lescalade de la butte finale est fatale à lattelage
de Jacques et Nathalie, puisque les passagers sont obligés de
descendre afin de pousser le rickshaw. Coincé sous notre bâche
verte à lodeur lessence, nous dépassons les
piétons non loin de lentrée de la cité.
A la différence
de Kathmandou, à la fois hindouiste et bouddhiste, et de
Bhaktapur, essentiellement de confession hindouiste, Patan est
une ville surtout bouddhiste, comme en témoignent ses nombreux
monastères. Le plus grand dentre eux est le Kva Baha. Pour
y entrer il faut se délester de tout objet en cuir. Nous
laissons ainsi à la réception, montres, chaussures, ceintures.
Rien qu'en pénétrant dans la cour intérieure, on comprend
pourquoi ce monastère sappelle aussi le « Temple
dor », car on aperçoit tout de suite plusieurs statues
dorées, ainsi que le triple toit de cuivre doré de la pagode
principale. Ce temple, aux fenêtres de bois richement
sculptées, abrite une divinité majeure pour les bouddhistes. La
galerie qui fait le tour de la cour, est ornée de lampes à
huile et de moulins à prières dont certains sont plus hauts
quun homme.
Presque en face du
Temple dor se trouve un temple à cinq toits au sein duquel
se déroule une bruyante cérémonie. Nous sentant un peu
étrangers au milieu de cette foule de dévots nous ne nous
attardons pas et rejoignons le Durbar Square.
Le Durbar Square
de Patan est plus ordonné que ceux de Kathmandou et Bhaktapur,
il sarticule autour de deux axes perpendiculaires. Les
constructions les plus brillantes sont le temple de Krishna
reconnaissable à sa forme octogonale, la magnifique statue de
Garuda
qui repose au sommet dun pilier et le temple Khali.
Ce dernier est plus célèbre par les cérémonies qui sy
déroulent que par son architecture. En effet, on y décapite,
une fois lan, 108 buffles dun seul coup. Les deux
énormes éléphants de pierre du Bisnwa Mandir nous rappelle
irrésistiblement le Teraï. Le plus remarquable reste la
merveilleuse perspective des lieux. Au bout de lallée
principale se découpent les sommets enneigés de
lHimalaya. cest la première fois depuis le début de
notre voyage que lon aperçoit de façon si nette la
silhouette de ces géants. Christian et moi nous perchons sur la
terrasse dun immeuble pour profiter du coucher de soleil
sur les montagnes.
Nous profitons de
notre dernière soirée népalaise pour effectuer les derniers
achats. Jacques et Nathalie sont toujours à la recherche
dun tapis à leur goût tandis que Fred retourne à sa
boutique de livres favorite. Nous choisissons, encore une fois de
dîner à la Dolce Vita, en raison, non pas de sa cuisine, mais
de son poêle douillet.