Les chemins de Kathmandou
Népal (Episode IV)
On peut y aller en marchant beaucoup ou en rêvant beaucoup
Carnet de bord
La carte
Les photos

Les Annapurnas
Le Panthéon
Voir Kathmandou

Bestiaire
Telex
Les chansons

Write / Escribir / Escrieben Ecrire

Récits/Home

Free counter and web stats

La déesse vivante

Jeudi 8 janvier

Nous profitons de la matinée pour revisiter le Durbar Square de Kathmandou. Un sâdhu à la face peinte s’offre à nos objectifs contre une poignée de roupies. Je ne pensais pas le saint homme si vénal. Un chien errant lèche les offrandes faite à un Ganesh qui reste de marbre. La solidarité animale joue à plein. Nous décidons de passer voir le palais de la Kumari, cette déesse qui se réincarne une petite fille. Sa désignation représente l’une des coutumes népalaises les plus extraordinaires.

Choisie une fois tous les dix ans, quand la Kumari régnante atteint la puberté, la nouvelle déesse vivante est une fillette âgée de trois à cinq ans. Elle doit réunir rien moins que 32 qualités d’ordre physique, esthétique et spirituel considérés comme les signes manifestes de la réincarnation. Parmi ces traits : des yeux bleus ou noirs à fleur de tête, des dents blanches, une langue petite et sensible, une voix sonore, des bras longs et menus, des mains douces et délicates, et une chevelure droite bouclant légèrement du coté droit.

Mais pour devenir vestale suprême, la possession de ces qualités ne sauraient suffire. Il y a aussi une épreuve à franchir sans faillir : marcher sur des têtes d’animaux décapités dans une salle éclairée à la lueur vacillant des lanternes et habitées de démons masqués hurlant et bondissant ! Enfin elle doit reconnaître, parmi différentes parures les habits de la précédente Kumari.

L’élue est installée dans un temple où ses pieds ne doivent pas toucher terre. On la vête de souries et de splendides brocards ; elle a ses dames de compagnies ; elle est servie comme une reine et croule sous les parures et les bijoux ; elle est coiffée d’une tiare ; elle est la divinité gardienne du Népal. Cloîtrée dans sa prison dorée, elle n’en sortira qu’à sa puberté. Etrange destin que celui de cet enfant dieu.

Le palais de la Kumari est un bâtiment carré avec une cour intérieure décorée de superbes fenêtres en bois sculptés. Nous rangeons nos appareils photos, puisqu’il est interdit de photographier la Kumari. Des pellicules voilée accrochées à une porte sont là pour rappeler la règle au profane. Nous fixons le balcon du deuxième étage sans succès. Un guide népalais accompagné de deux touristes nous rejoint. Le guide frappe à une porte, glisse discrètement une obole à une femme puis nous fait signe de patienter. Quelques minutes après, une fillette apparaît au balcon. Agée de 8 ou 9 ans, superbement maquillée la déesse vivante de Kathmandou nous fait face. Nous opinons du chef en signe de respect.. La Kumari nous toise brièvement, puis disparaît sans un sourire dans les recoins de son palais.

Les avis divergent sur cette apparition divine. Nathalie et Delphine, qui étaient pourtant les plus intéressées par l’histoire de la Kumari, n’ont vu en elle qu’une petite fille gâtée et imbue sa personne. Au contraire Christian et moi l’avons trouvée pleine de grâce. Détachement hautain ou dignité liée à sa fonction ? Je dois dire que cela ne doit pas être facile pour elle d’être obligée de se montrer ainsi au grès des visites des dévots et touristes. Il faut dire qu’elle est aussi considérée comme un oracle éprouvé. Vénérée quotidiennement par les visiteurs elle distribue, des conseils et des présages dans de nombreux domaines, et en échange elle reçoit des présents et des dons en espèces. Chacun de ses gestes est interprété comme une augure. Ainsi nous nous interrogeons sur la signification de la deuxième apparition de la Kumari avec cette fois ci, une banane à la main !

La condition de Kumari n’est pas éternelle. A sa puberté, la déesse vivante redescend sur terre et devient une simple citoyenne népalaise quoique fort riche. Elle est désormais libre de se marier si elle trouve un mari, ce qui n’est pas toujours facile ; en effet, il est dit que l’homme qui prend la virginité d’une Kumari mourra jeune !

Nous quittons la Kumari et le Durbar Square pour effectuer une visite de courtoisie à l’agence Sunny River Adventure. Nous rencontrons « grand père » que nous félicitons pour l’organisation de notre séjour à Bardia. Ce dernier nous offre le thé de l’amitié avant de nous laisser ses cartes de visite. Nous déjeunons rapidement à l’Helena restaurant puis prenons la direction de Patan. Une fois n’est pas coutume nous empruntons des moyens de transport différents. Jacques et Nathalie hèlent un rickshaw tandis que les autres montent dans un tricycle à moteur que nous baptisons "cafard vert". Nous faisons la course dans les rues surchargées de Kathmandou. Sur le plat le tricycle à pédale , plus maniable, se faufile plus facilement parmi le flot de véhicules. Cependant l’escalade de la butte finale est fatale à l’attelage de Jacques et Nathalie, puisque les passagers sont obligés de descendre afin de pousser le rickshaw. Coincé sous notre bâche verte à l’odeur l’essence, nous dépassons les piétons non loin de l’entrée de la cité.

A la différence de Kathmandou, à la fois hindouiste et bouddhiste, et de Bhaktapur, essentiellement de confession hindouiste, Patan est une ville surtout bouddhiste, comme en témoignent ses nombreux monastères. Le plus grand d’entre eux est le Kva Baha. Pour y entrer il faut se délester de tout objet en cuir. Nous laissons ainsi à la réception, montres, chaussures, ceintures. Rien qu'en pénétrant dans la cour intérieure, on comprend pourquoi ce monastère s’appelle aussi le « Temple d’or », car on aperçoit tout de suite plusieurs statues dorées, ainsi que le triple toit de cuivre doré de la pagode principale. Ce temple, aux fenêtres de bois richement sculptées, abrite une divinité majeure pour les bouddhistes. La galerie qui fait le tour de la cour, est ornée de lampes à huile et de moulins à prières dont certains sont plus hauts qu’un homme.

Presque en face du Temple d’or se trouve un temple à cinq toits au sein duquel se déroule une bruyante cérémonie. Nous sentant un peu étrangers au milieu de cette foule de dévots nous ne nous attardons pas et rejoignons le Durbar Square.

Le Durbar Square de Patan est plus ordonné que ceux de Kathmandou et Bhaktapur, il s’articule autour de deux axes perpendiculaires. Les constructions les plus brillantes sont le temple de Krishna reconnaissable à sa forme octogonale, la magnifique statue de Garuda qui repose au sommet d’un pilier et le temple Khali. Ce dernier est plus célèbre par les cérémonies qui s’y déroulent que par son architecture. En effet, on y décapite, une fois l’an, 108 buffles d’un seul coup. Les deux énormes éléphants de pierre du Bisnwa Mandir nous rappelle irrésistiblement le Teraï. Le plus remarquable reste la merveilleuse perspective des lieux. Au bout de l’allée principale se découpent les sommets enneigés de l’Himalaya. c’est la première fois depuis le début de notre voyage que l’on aperçoit de façon si nette la silhouette de ces géants. Christian et moi nous perchons sur la terrasse d’un immeuble pour profiter du coucher de soleil sur les montagnes.

Nous profitons de notre dernière soirée népalaise pour effectuer les derniers achats. Jacques et Nathalie sont toujours à la recherche d’un tapis à leur goût tandis que Fred retourne à sa boutique de livres favorite. Nous choisissons, encore une fois de dîner à la Dolce Vita, en raison, non pas de sa cuisine, mais de son poêle douillet.

Précédent/Back Suivant/Next

Kazakhstan | Route de la soie | Sibérie | Turquie |