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Sources chaudes
Dimanche 4 janvier
Les cinq japonais,
arrivés tard dans la nuit sont déjà levés. Il faut une bonne
dose dinconscience, qui sied à la jeunesse et aux nippons,
pour randonner sans guide, la nuit, en hiver dans les montagnes
népalaises. Si nous navions pas été là, le lodge aurait
été fermé et ils auraient du passer la nuit à la belle
étoile par -5° Celsius. Jen profite pour pratiquer mon
japonais. « bonjour, ça va, il fait froid, où allez vous »,
ça tombe bien mon vocabulaire embryonnaire colle parfaitement à
la situation. Avant de repartir nous leur conseillons la plus
grande prudence pour la traversée du couloir davalanche.
Le fait de revenir
sur ses pas rend cette partie de la randonnée plutôt monotone.
Le chemin est une succession de montés et de descentes entre
2300 m et 1800 m daltitude. le morceau de bravoure reste la
très pénible ascension vers Chomrong, qui compte plus de mille
marches.
Nous déjeunons de
nouveau à la Lucky guest house. Sur la terrasse, la vue est
toujours aussi somptueuse. Au loin le Machapuchare, Le Huinchuli,
lAnnapurna Sud nous paraissent un peu plus familier. Un peu
comme un parent de province que lon naurait pas vu
depuis longtemps, ils semblent proches et lointains à la fois.
Un parfum de nostalgie flotte dans lair. Les Russes ont il
retrouvé le corps de leur ami ? En consultant la carte je
maperçois que le trek atteint presque les 120 km .
Jacques, jaloux de mon délicieux désert, « un banana filter
with custard », commande un autre coca. Il règne une ambiance
de fin de randonnée où chacun pense à son prochain repas,
forcement plantureux, et bain brûlant qui le précède. Je
cherche le propriétaire des lieux pour lui rendre les lunettes
de soleil que je lui avait empruntées pour le trek. A ma grande
surprise il me donne la réponse à la question que je lui avait
posée il y a près de trois jours lorsque je lui demandais
sil avait un message à transmettre à Mohan Gurung à
Paris : "tu lui diras bonjour de ma part".
Le vent se lève.
Un drapeau de prière flotte sur fond de Machapuchare. Il est
temps de partir. Nous changeons sensiblement ditinéraire
par rapport à laller. Nous allons éviter Gandhrung pour
plonger directement vers la rivière. Les cultures en terrasses
ont façonné la paroi en un escalier cyclopéen. La pente,
vertigineuse, esquinte nos rotules Chaque marche est une épreuve
en soi. Au pied de la rampe nous croisons trois Coréens chargés comme des mules, à
lagonie. A leur teint livide, je doute quils arrivent
à Chomrong avant la nuit.
Nous arrivons en vue du village de Jhinu. Les filles veulent
continuer le plus loin possible pour se rapprocher de la douce
Pokhara. Christian et moi devons insister lourdement pour
sarrêter aux hot springs une cinquantaine de mètres en
contrebas. Judicieuse idée. De la montagne sécoule une
source chaude qui remplit une espèce de lavoir moussu.
Leau, délicieusement brûlante, régénère nos muscles
meurtris. Nous barbotons ainsi tous les six pendant près de
1h30. Vers la fin les deux italiens du M.B.C et leur guide nous
rejoignent. Ces derniers séchangent une sorte de cigarette
à lépaisse fumée acre. Il est temps de partir. Je
ressorts des flots avec un ah de ressuscité.
Chakra Pani, gai
comme un pinson, nous écorche les oreilles avec une ritournelle
énervante appelée Pokhara, Pokhara. Propres et délassés nous
remontons vers la New Hot Springs guest house pour dîner de
délicieuses pizzas. les photos de rhinos et déléphants,
qui décorent la salle commune, nous rappelle Bardia. Notre guide
connaît la chanson Sangeeta que nous écoutions dans le Teraï.
Comme souvent en Inde cest la bande originale dun
film. A en croire les gestes explicites de Chakra Pani la dite
Sangheeta est une jeune femme shabillant très court, dans
un pays où montrer ses cheville relève dune audace folle.
Demain, si tout va bien nous devrions dormir à Pokhara. Point de
souris cette nuit, détranges rêves peuplent néanmoins
nos pensées.