Les chemins de Kathmandou
Népal (Episode IV)
On peut y aller en marchant beaucoup ou en rêvant beaucoup
Carnet de bord
La carte
Les photos

Les Annapurnas
Le Panthéon
Voir Kathmandou

Bestiaire
Telex
Les chansons

Write / Escribir / Escrieben Ecrire

Récits/Home

Free counter and web stats

Retrouvailles
Lundi 5 janvier

Je fixe l’ Annapurna Sud sur ma pellicule velvia. Le soleil levant colore le sommet d’un rouge sang d’une pureté rare. La lumière du petit matin est toujours la plus limpide. J’ai la mauvaise surprise de réveiller nos deux guides. Nous leur avions pourtant précisé la veille que nous souhaitions partir le plus tôt possible. C’est dans le caractère népalais de ne jamais dire non. Point contrariant le gurung, le sherpa ou le newar ne veut pas décevoir son interlocuteur en lui répondant non. Il préfère entortiller la vérité que décevoir.

Nous partons à 9h00, bien plus tard que prévu. La végétation est devenue tropicale. Le chemin, à flanc de colline, suit le tracé des terrasses . Au bas d’un vallon, nous nous trouvons nez à nez avec un buffle d’eau. Heureusement la bête est farouche et c’est elle qui fait demi tour. Le pays gurung est fertile et verdoyant. Les terres connaissent trois récoltes par an, riz, blé et maïs. Nous traversons de nombreuses cours de ferme à l’odeur caractéristique. Après deux heures de marche Nathalie laisse échapper un cri blasphématoire : "la vache !". En effet elle vient de s ‘apercevoir qu’elle a oublié sa montre soviétique (un souvenir de Moscou) au lodge. Réflexion faite elle estime son bijou ne mérite pas quatre longues heures de marche.

Nous faisons halte dans un tea shop pour midi. En attendant la cuisson de nos tibetan bread nous avons l’heureuse surprise de retrouver nos alpinistes russes. T-shirt délavé, baskets usagées ils ont perdu leur aspect surnaturel de l’A.B.C. Je m’aperçois que Rinat, qui m’avait laissé l’impression d’un géant est en fait plus petit que moi ! L’altitude peut jouer bien des tours. La poignée de main est sobre et le sourire sincère. J’ai la sensation de retrouver des amis de longue date. Apparemment ils n’ont malheureusement pas retrouvé le corps de leurs amis. Arrivés en hélicoptère ils repartent à pied comme de simples touristes. Leurs sacs sont d’une taille incroyable, leur barda doit bien peser dans les 30 kg. Marcher dans ces conditions ne doit pas être facile d’autant plus qu’ils ont conservés leur bas de combinaison. Ils doivent étouffer de chaleur la dessous. Rinat nous explique qu’ils doivent rentrer sur Kathmandou pour des formalités administratives ainsi qu’une cérémonie au stupa de Swayambunath. Il nous demande l’adresse de notre hôtel à Kathmandou, afin que l’on se retrouve là bas autour d’une bonne table. Ne connaissant pas précisément notre programme des prochains jours, nous lui indiquons l’adresse du Marco Polo au cas où.

Les quatre Kazakhs repartent d’un pas lourd mais terriblement efficace. Je suis impressionné par leur descente. Ils nous ont rattrapé malgré notre jour et demi d’avance. Les reverrons nous ? La serveuse nous apporte enfin nos plats, vivement Pokhara que nous mangions un repas digne de ce nom. Depuis une semaine nous avons droit à la même carte ! Nous rejoignons le lit de la rivière Modi Khola que nous traversons à Newbridge. A partir de là le sentier suit la rivière jusqu’à Birethanti. Soudain Chakra Pani accélère le pas, il a vu quelque chose. En effet au loin nous apercevons nos amis russes. Excité comme une puce notre guide semble vouloir faire la course avec eux. Nous traînons les pieds devant cette vanité de mauvais goût. En fin de compte ce sont eux qui s’arrêtent pour faire une pause. Nous les dépassons avec un large sourire, le chassé-croisé peut durer longtemps comme ça !

A la mi journée nous atteignons notre point de départ. Nous faisons tamponner une dernière fois nos permis de trek. Nous n’avons pas de peine à trouver des taxis pour nous ramener vers Pokhara. Les chauffeurs trouvent le moyen de se faire la course. Circulant à deux de front, utilisant les bas cotés, ils nous ramènent à la civilisation plus vite que prévu. En début d’après midi nous voici de nouveau sur les rives du lac Phewa. Les adieux avec Chakra Pabi et Hostha sont simples et polis. Nous n’avons pas ressenti la même complicité que dans le Teraï avec les deux Ram. Nous rejoignons nos quartiers au Baba lodge où nous prenons les mêmes chambres qu’auparavant. La douche n’est pas aussi jouissive que prévu, la faute en incombe aux merveilleuses sources chaudes qui nous avaient déjà purifiées en partie.

Le dîner au restaurant le boomerang lui aussi se révèle décevant. Difficile de se réjouir avec une fondue qui n’avait de savoyarde que le nom. Le fromage de yack est plus fade que l’on pourrait l’imaginer. Les lendemains de randonnée sont souvent désenchantés. Le blues des sommets prend souvent le pas sur la joie de retrouver le confort de la ville. Demain, si l’avion veut bien décoller nous devrions dormir à Kathmandou.

Précédent/Back Suivant/Next

Kazakhstan | Route de la soie | Sibérie | Turquie |