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La fête des femmes
Mercredi 7 janvier
La brume qui
enserre le Durbar Square lui confère un
aspect irréel
. La lumière tamisée estampe les pagodes, les rares passants
semblent tout droit tirés dun théâtre dombres
chinoises. Sil est difficile de contempler la perspectives
des lieux, nous pouvons cependant admirer les sculptures des
poutres des temples. Les étais sont ornées dévocations
érotiques dont la plus cocasse reste celle qui représente deux
éléphants, trompes enlacées, en train de copuler dans la
position du missionnaire.
En attendant que
le soleil se lève nous visitons le reste de la ville. La ville
de Bhaktapur est célèbre à juste titre, pour son artisanat du
bois. De nombreuses boutiques proposent des jouets ou des
statuettes en bois. Après deux semaines de promiscuité, chacun
déambule à sa guise dans la cité. Delphine et Fred lient
conversation avec un gamin qui se dit collectionneur de pièces
de monnaie, attendris, nos amis se délestent de quelques pièces
françaises. Quelques instants plus tard, Nathalie se voit
proposée par ce même petit filou, un échange de sa pièce de
cinq francs, contre un billet de 50 roupies.
Derrière le
Nyatapola nous empruntons une rue dallée qui mène au
pittoresque marché aux potiers. Plus à lest de la ville
se trouve le temple à trois étages de Dattatraya. Le portique
dentrée comporte une copie des lutteurs du bas de
lescalier du Nyatapola. La place est bondée. Le pavé est
occupée par une importante procession de femmes en saris
multicolores. Le rouge reste cependant majoritaire Elles
attendent leur tour pour effectuer les offrandes marquant la fin
de leur jeûne. Nous faisons halte à la terrasse dun café
pour goûter le chiya (ce thé népalais infusé avec du lait, du
sucre et des épices), en regardant le spectacle de la rue. La
file dattende progresse lentement. Les dévotes
accomplissent le tour du temple dans le sens cosmique avant de
rentrer à lintérieur déposer le contenu de leur
coupelle. Tout autour du temple brûlent des centaines de petites
bougies à la flamme vacillante. Dans un recoin un sâdhu reçoit
laumône des pèlerins. Une allée latérale conduit à la
célèbre fenêtre du paon, dont la renommée est un peu
surfaite. Nous terminons notre tour de la ville par le Durbar
Square.
La brume
sest enfin dissipée redonnant au lieu ses lettres de
noblesse. Bhaktapur est une ville essentiellement hindouiste et
les représentations animales sont particulièrement nombreuses.
De monumentales statues déléphants font le bonheur des
photographes. Il y a même, et cest rarissimes deux statues
de rhinocéros. Jouxtant le Durbar Square, se trouve le palais
royal aux 55 fenêtres. Chef doeuvre de lart
népalais la porte dorée défend lentrée du temple de
Taleju, dont l'accès est interdit aux non pratiquants. En face,
la statue dun roi Malla dressée sur une colonne de pierre
rend hommage à la divinité.
Nous déjeunons
sur la place en face du Nyatapola. Christian, pour la première
fois, ose commander les mystérieux momo. Ils figuraient bien au
menu dans les lodges de lAnnapurna, mais il avait été
impossible den connaître précisément le contenu.
Cest en fait de délicieux raviolis cuits à la vapeur. La
visite terminée nous navons plus de raisons de nous
attarder ici et nous décidons de rentrer sur Kathmandou. Le
point de départ des taxis se trouve aux alentours dune
élégante pièce deau juste à lextérieur du centre
historique. Nous nous entassons à six dans un taxi. Les 15 km
sont presque aussi épuisants que les 17h du trajet jusquà
Bardia! Sur le bord de la route la plupart des immeubles sont
inachevés ou en travaux ce qui est également le cas du Marco
Polo où nous posons nos pénates. Nous reprenons nos chambres
habituelles sauf que Christian et moi échangeons de pièce avec
Nathalie et Jacques. Les boys de la réception nous reconnaissent
et nous saluent amicalement.
Nous sortons faire
un petit tour dans Thamel. Javais perdu de vue ce qui rend
latmosphère de Kathmandou si particulière, ce mélange de
modernisme et de spiritualité. Pour le moment ce sont plutôt
les désagréments qui refont surface, au premier rang desquels
on trouve la pollution atmosphérique, qui constitue une gène
réelle. Ensuite viennent les sollicitations multiples auxquelles
le touriste doit incessamment répondre. Je mamuse de cette
personne qui porte un T-shirt avec la mention « no rickshaw, no
change, no haschich, no problem ». Nous pensons un instant nous
arrêter dans une de ces officines de textile afin de nous faire
broder, à la manière des himalayistes, le nom du sommet vaincu
sur nos vêtements.
De retour à
lhôtel, nous avons la très agréable surprise de
retrouver nos amis Kazakhs. Les retrouvailles sont émouvantes.
Nous sommes sincèrement très touchés par leur geste de passer
ainsi nous voir. Quatre grands professionnels de la montagne
venant ainsi saluer un groupe de petits randonneurs français,
cela a quelque chose de poignant. Les promesses de montagnards ne
sont pas des mots en lair. Les quelques heures passées
ensemble dans de singulières circonstances ont cimenté une
amitié à limage de la montagne : sincère et sans fard.
Rinat nous réitère son invitation au Kazakhstan, concluant par
ces mots dune désarmante simplicité "My house is
your house". Partant demain ils nont malheureusement
pas le temps de rester un peu plus longtemps.
Nous finissons
notre soirée dans un restaurant italien assez chic, à la
cuisine agréable, "la Dolce Vita".