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Le Baïkal
Mardi 11 septembre
Les intentions d'Elmira restent floues, nous ne savons pas si elle veut rentrer sur Almaty ou non. Je sais qu'elle désirait ardemment revoir le lac Baïkal, mais elle a l'air déçue de la tournure du voyage pour une raison que j'ignore. Après s'être goinfrés de pâtisseries à la cantine de l'hôtel nous repassons à la banque pour changer 100$ et postons nos cartes postales avec la mention "Bons baisers de Sibérie" ! Elmira qui a lhabitude de sarrêter fouiner une heure à chaque librairie quelle croise, déniche un guide du Baïkal que nous acquérons avec des cartes de la région.
Contrairement à une idée reçue, Irkoutsk n'est pas bâtie sur les rives du lac Baïkal, elle s'en trouve éloignée de soixante quinze kilomètres. La solution la plus rapide serait de prendre l'hydroglisseur qui remonte l'Angara jusqu'à Listvianka, mais il est déjà trop tard pour attraper le bateau. Nous nous rendons à la gare routière en quête d'un bus bon marché. Singulièrement la plupart des départs s'effectue en direction du nord et de l'île d'Olkhon. A l'évocation de ce nom, le visage d'Elmira s'illumine. Il ne lui faut pas longtemps pour nous convaincre que ce lieu magique est à découvrir absolument. Un chauffeur, à la casquette vissée sur le crâne nous propose le voyage aller-retour pour 1500 roubles. Après une courte concertation nous acceptons le marché sans avoir pu baisser le prix de manière significative.
Nous voilà embarqués dans un minibus en compagnie d'autres passagers. Il y a là une Bouriate et une amie du chauffeur. La partie orientale du lac Baïkal baigne les rives de la république de Bouriatie, dont la capitale Ulan Ude forme un haut lieu du bouddhisme. Notre Bouriate raconte que ses compatriotes possèdent une technique de chant particulière. Chaque année, un contingent des meilleurs jeunes chanteurs part étudier lopéra en Italie. Chose étrange, leurs facultés vocales sont définitivement altérées sils apprennent à parler Russe ! La vitesse du véhicule rappelle celle du transsibérien. C'est une pitié de rouler sur une large route dégagée à une vitesse faiblarde à soixante dix kilomètres heure. Et dire que ce van est sensé être beaucoup plus rapide que le bus ordinaire. Les paysages campagnards au milieu desquels paissent des vaches n'évoquent en rien l'idée que l'on s'imagine de la Sibérie. Seule la présence d'un convoi exceptionnel transportant des missiles balistiques rappelle que nous sommes en ex URSS. Après une courte pause dans un relais routier, le minibus se dirige franchement vers l'est. Le chauffeur manque de partir sans la Bouriate quil avait tout simplement oubliée.
La nature change sensiblement, les forêts de sapins et de bouleaux aux feuilles dorées envahissent l'horizon. Les pâturages ont disparu. Christian aperçoit un renard furetant à découvert. Bientôt la route devient gravelée, cahoteuse et piégeuse. Un réservoir percé nous fait perdre une bonne heure de trajet, Heureusement, le deuxième est intact. Nous atteignons finalement les berges du lac. Les ombres s allongent démesurément sur un sol rougit par le soleil couchant. En face, à deux kilomètres à peine, lîle dOlkhon barre lhorizon pour former la petite mer. C'est un grand moment d'apercevoir sa majesté Baïkal dans le frimas dune soirée automnale. Je me remémore tous ces cours de géographie qui m'ont donné l'appétit des voyages. A l'époque je n'aurais jamais imaginé me retrouver là, devant le lac le plus profond du monde. Long de six cents kilomètres et d'une largeur de soixante, il constitue à lui seul un dixième des ressources d'eau douce mondiales. Ses eaux sont réputées comme les plus pures du monde et aussi les plus mystérieuses. On pourrait ajouter les plus froides, douze degrés seulement sauf à un endroit un peu au nord, où lon nous jure que lon peut se baigner. Parole de Sibérien.
Un petit quart d'heure de navigation est nécessaire pour atteindre l'île d'Olkhon par un bac. L'obscurité ne nous permet pas d'admirer les paysages de cet endroit unanimement décrit comme paisible et merveilleux. Notre chauffeur nous dépose à Koujir, la capitale de l'île. Nous sommes hébergés chez "Nikita" une maison d'hôtes élégamment agencée. Un sauna rustique mais régénérant délasse nos corps engourdis par la lassitude du trajet.